Lors de son adresse annuelle devant le Parlement, Vladimir Poutine a donné, par ses propos, une tonalité militariste au climat de guerre froide qui ne cesse de s’aggraver entre Moscou et Washington. Mikhaïl Klimentyev/Sputnik/AFP
Le président sortant Vladimir
Poutine a vanté, hier, les nouvelles armes « invincibles » – hypersoniques ou sous-marines – développées par la Russie face aux nouvelles menaces posées par les États-Unis, semblant lancer une nouvelle course aux armements avec Washington.
L’adresse annuelle du président russe devant le Parlement devait poser les bases, surtout économiques et sociales, de ses priorités à deux semaines d’une présidentielle qu’il est sûr de remporter faute d’opposition réelle et qui doit l’emmener aux commandes du pays jusqu’en 2024. Mais après avoir promis des mesures pour lutter contre le cancer, améliorer le réseau routier ou créer des places en crèche, M. Poutine a énuméré pendant près d’une heure les dernières armes haute technologie de la Russie, avec images de synthèse, infographies et vidéos.
Le président Poutine a ainsi présenté de nouveaux types de missiles de croisière avec une « portée illimitée » ou hypersoniques, des minisubmersibles à propulsion nucléaire ou encore une arme laser « dont il est trop tôt pour évoquer les détails ». « Personne ne voulait nous parler, personne ne voulait nous écouter. Écoutez-nous maintenant ! » a-t-il lancé, provoquant une standing ovation des parlementaires réunis dans un bâtiment historique proche du Kremlin. Ces nouvelles armes, a-t-il expliqué, répondent à l’activité militaire des États-Unis, qui veulent déployer leurs boucliers antimissiles en Europe de l’Est et en Corée du Sud, et viennent d’adopter une nouvelle doctrine militaire visant à doter les États-Unis de nouvelles armes nucléaires de faible puissance.
Un parapluie troué
Si M. Poutine a assuré ne « menacer personne » et ne pas prévoir « d’utiliser ce potentiel de façon offensive », ses propos donnent une tonalité militariste au climat de guerre froide qui ne cesse de s’aggraver entre Moscou et Washington, malgré les promesses de réconciliation du président américain Donald Trump. Ils interviennent également alors que les experts s’inquiètent d’une escalade et de l’avenir du traité New Start entre la Russie et les États-Unis sur la réduction des armes stratégiques, bien que les deux puissances assurent respecter leurs obligations. Vladimir Poutine a dit « espérer » que sa démonstration « dégrise tout agresseur potentiel et les gestes inamicaux envers la Russie comme le déploiement de boucliers antimissiles, le rapprochement de nos frontières des infrastructures de l’OTAN ». Il a dénoncé la nouvelle stratégie américaine qui, selon lui, facilite le recours à l’arme nucléaire: en cas d’emploi de la bombe atomique contre la Russie ou ses alliés, « la réponse sera immédiate et avec toutes les conséquences en découlant ».
Selon le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, les armes russes sont désormais capables de « surpasser tous les systèmes antimissiles existants ». « Ce “parapluie” de défense antimissiles se révèle ainsi “troué” », a-t-il lancé. Selon lui, M. Poutine a contrôlé personnellement le développement de ces nouvelles armes.
Le discours aux accents militaires de M. Poutine « est avant tout destiné à un public intérieur », deux semaines avant la présidentielle, estime le politologue Alexeï Makarkine. « Poutine donne des perspectives pour l’avenir, où le système de santé est moderne, les crédits avantageux, les écoles neuves et les missiles performants. C’est un exemple de la puissance dont les gens rêvent et elle est attirante pour les électeurs », explique-t-il.
En soirée, Washington a répondu par le dédain aux déclarations martiales de Vladimir Poutine. « Ces armes sont en développement depuis très longtemps », a déclaré la porte-parole du Pentagone, Dana White. « Nous ne sommes pas surpris par cette déclaration et les Américains peuvent être sûrs que nous sommes pleinement préparés », a-t-elle ajouté, précisant que la nouvelle posture nucléaire publiée en février par les États-Unis « tenait compte » de ces armes russes.
Source : AFP


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