Un convoi de combattants prorégime syrien se dirigeant vers Afrine, hier. AFP/George Ourfalian
L’offensive turque contre une milice kurde à Afrine a pris hier une tournure spectaculaire avec le déploiement de forces prorégime syrien dans l’enclave kurde, aussitôt visées par des tirs turcs. L’arrivée des forces prorégime dans une région semi-autonome kurde, qui échappe au contrôle de Damas depuis 2012, marque un développement majeur ajoutant à la complexité de la guerre civile qui ravage la Syrie depuis bientôt sept ans.
Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, des « centaines de combattants ont été déployés » hier après-midi dans la zone de Afrine. « Les forces populaires sont entrées dans le district de Afrine », a affirmé Rojhad Rojava, un responsable de la Défense kurde au sein de l’administration locale. Ces forces, dont l’arrivée imminente avait été annoncée dès lundi par les médias officiels syriens, seront déployées le long de la frontière turque, ont indiqué les Unités de protection du peuple (YPG), la milice kurde qu’Ankara considère comme « terroriste ». La Turquie veut à tout prix chasser les YPG de Afrine à la faveur de son offensive qui est entrée mardi dans son deuxième mois.
Peu après leur arrivée à Afrine, les forces prorégime ont été visées par l’artillerie turque, selon l’agence officielle syrienne SANA. À Ankara, les médias étatiques ont fait état de « tirs d’avertissement » contre ces forces. « Ce soir, des (forces prorégime) ont tenté de se diriger vers Afrine avec quelques pick-up, mais, après des tirs d’artillerie, elles ont été contraintes à reculer. Ce dossier est clos pour le moment », a déclaré à la presse le président turc Recep Tayyip Erdogan.
Menace d’Erdogan
En guise de menace à Damas, M. Erdogan avait pourtant affirmé dans la matinée que son armée « barrera(it) la route » à tout renfort extérieur arrivant à Afrine. Mais les forces loyalistes syriennes s’y sont déployées quelques heures plus tard. M. Erdogan a aussi affirmé que les forces turques assiégeront prochainement la ville de Afrine. Ses plans risquent toutefois d’être contrariés par les derniers développements.
Il n’était pas clair dans l’immédiat si le déploiement syrien s’est fait avec l’aval de Moscou, un allié-clef du régime du président Bachar el-Assad et qui contrôle l’espace aérien dans le nord de la Syrie, un important levier qui peut lui permettre de faire pression sur Ankara.
Moscou a beau avoir tacitement donné son feu vert à l’offensive de Afrine, il n’a pas manqué de manifester déjà sa mauvaise humeur à l’égard d’Ankara en fermant l’espace aérien à ses avions pendant plusieurs jours après qu’un appareil russe eut été abattu dans une zone du nord de la Syrie où des observateurs militaires turcs sont censés faire respecter une zone de désescalade.
La Russie et la Turquie coopèrent étroitement sur le dossier syrien, même si elles soutiennent des camps opposés dans le conflit. M. Erdogan s’est rapproché de Moscou après avoir été excédé par le soutien apporté par les États-Unis aux YPG, devenues leur fer de lance sur le terrain dans la lutte contre les jihadistes du groupe État islamique.
Bien qu’il ait reconnu avoir perdu 32 soldats, Ankara répète à l’envi que l’offensive avance « comme prévu ». Les forces turques ont certes pris à ce jour le contrôle de plus de 40 villages, mais ces localités sont situées pour la plupart dans des zones frontalières du nord de la région de Afrine.
« Comme nous agissons pour éviter de mettre en danger nos forces de sécurité et en tenant compte des civils, il peut sembler que nous avançons lentement », a convenu M. Erdogan.
Quelque 205 combattants pro-Ankara et 209 membres des YPG ont été tués depuis le début de l’opération, selon l’OSDH, qui fait aussi état de 112 civils tués, ce qu’Ankara dément.
Source : AFP

