J’ai vu des « au revoir » paisibles comme des promesses et des matins radieux qui chassent les ombres du soir ; j’ai vu le soleil sécher les dernières gouttes de pluie, l’espoir triompher sur la misère, les victoires sur la maladie ; j’ai vu des cœurs brisés, qui reviennent à la vie, alors je n’ai pas vu venir ton départ.
Pas une photo avec toi, pas un écrit de ta main. Moi, forte de cette conviction que ceux que j’aime sont éternels, je n’ai pas cherché à figer dans l’éternité d’une seconde ce qui me semblait acquis pour l’éternité. Pour moi, vois-tu, amie de mes silences, de mes confusions et de mes absences, tu serais toujours là, il suffisait que je revienne pour te revoir…
Tes petites robes fleuries, tes doutes et tes espoirs, les années que j’ai partagées avec toi et tous ces « je t’aime » que j’ai oublié de sortir des tiroirs de mon cœur. Que vais-je en faire maintenant que toi tu n’en as plus que faire ?
Du haut de tes songes, aussi loin que je me souvienne, tu fleurissais des collines et ramenais jusqu’à nos rivages les vagues des océans insondables, tu cultivais l’amour dans l’âme de l’aigle solitaire et parfois, tu me laissais le privilège de te retrouver, aux quatre coins du monde, là où tu avais éparpillé des morceaux de ton cœur. Nous avions souvent la conscience de célébrer des joies identiques, des chagrins pareils, des attentes inédites.
Tu me confiais : « Tu sais, tu ne t’habitueras pas à voir partir tes enfants, moi je ne me suis jamais habituée » ; et pour qu’ils reviennent, tu m’as montré qu’il fallait leur bâtir un havre de bonheur.
Je m’évadais parfois avec toi, t’écoutais construire des rêves et lire entre les lignes de l’âme, comme seuls savent le faire les gens vrais, ceux qui n’ont pas peur d’aimer, ceux qui n’ont pas honte d’avouer leurs joies, leurs peines, leurs espoirs, leurs déceptions, ceux que l’on préserve dans notre vie comme une richesse parce qu’ils donnent au monde une valeur que sans eux il n’aurait pas... Et tu écrivais, avec des mots simples et doux comme des rires d’enfant, à l’encre des larmes et des rayons de soleil, tu accrochais aux mots la sensibilité de ton cœur, tu avais repoussé les frontières de l’impossible et démontré qu’il n’est jamais trop tard pour rêver, et surtout que les rêves sont faits pour se réaliser, à n’importe quel moment du parcours.
Vivre nos rêves, donner pour être plus riches, aimer et oser le crier très fort, pleurer d’amour, jeter son cœur à la face des autres, tu y crois comme on croit au soleil... Je ne parlerai pas de toi au passé parce que je sais que là où tu vas, tu continues à écrire, à rêver et à aimer, et je te lirai encore, dans le nuage furtif, je te lirai dans le soleil qui se déroule comme un tapis de chaleur sur le sommet des collines endormies, dans les embruns doux que la mer ramène, dans les rires des enfants, dans chaque mère qui serre contre elle son enfant qui revient au pays, je te relirai…
Il y aura toujours pour toi une place dans mes pensées, toi qui as été pour moi le premier visage, le premier sourire, pour des matins plus beaux, dans le collège qui retient ton souvenir dans ses moindres recoins, tu m’as accompagnée très souvent dans les chemins de traverse, tu m’as écoutée, tu m’as bercée de ta vision si fraîche et pure, alors je te promets de t’accompagner de mes prières, amie de mon cœur, pour ton dernier voyage.
Je pleure la dame exceptionnelle qui parcourait la vie avec classe et élégance, mais l’artiste, la charmeuse de mots, l’écrivaine éprise de beauté et de littérature, elle, je ne la pleurerai pas parce qu’elle sera toujours là, merveilleusement éternelle !
Bassima BAKHOS
Ancienne collègue
Agenda - Hommage À Tania Honein
Tania... Te revoir !
OLJ / le 12 février 2018 à 00h00


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