Signe de l’âpreté des combats à Afrine, les forces pro-Ankara ont réussi lundi à prendre le contrôle de la colline stratégique de Barsaya, avant de la perdre quelques heures plus tard. Des pick-up surmontés de mitrailleuses gravissaient les routes de terre à flanc de colline, alors que le bruit des tirs retentissait sans discontinuer. Khalil Ashawi/Reuters
L’armée turque et ses alliés syriens ont lancé, hier, plusieurs assauts dans le nord de la Syrie dans le but de briser les lignes des Unités de protection du peuple (YPG), une milice kurde honnie par Ankara mais soutenue par Washington.
Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), de violents affrontements se sont de nouveau déroulés dans la région d’Afrine, bastion des YPG. « La résistance des Kurdes et les combats sont très violents sur trois fronts : nord-est, nord-ouest et sud-ouest d’Afrine », a indiqué le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane. Depuis samedi, plus de 80 combattants des YPG et des groupes rebelles syriens pro-Ankara ont été tués, ainsi que 28 civils, la plupart dans des bombardements turcs, selon l’OSDH. Pour sa part, Ankara dément avoir touché des civils. L’armée turque a affirmé en outre avoir tué 260 miliciens kurdes appartenant aux YPG et combattants du groupe État islamique.
Depuis le début de l’opération, au moins deux civils ont été tués dans des tirs de roquettes contre des villes frontalières turques. Des projectiles sont encore tombés hier sur Kilis. Toujours selon l’OSDH, les forces pro-Ankara, appuyées par l’aviation et l’artillerie turques qui pilonnent la région d’Afrine, ont repris deux villages du canton. Signe de l’âpreté des combats, les forces pro-Ankara ont réussi, lundi, à prendre le contrôle de la colline stratégique de Barsaya, dans le nord d’Afrine, avant de la perdre quelques heures plus tard. Des pick-up blancs surmontés de mitrailleuses gravissaient les routes de terre à flanc de colline, alors que le bruit des tirs retentissait sans discontinuer, selon un correspondant de presse.
Face à l’offensive, les autorités du canton de Jaziré, l’un des trois territoires contrôlés par les YPG en Syrie (avec Afrine et Kobané), ont appelé hier la population à prendre les armes pour se défendre. « Nous décrétons la mobilisation générale et nous invitons (...) notre peuple à défendre Afrine », ont indiqué dans un communiqué les autorités de Jaziré. « C’est une invitation pour tous les Kurdes en Syrie à prendre les armes », a précisé un responsable média des YPG à Afrine, Rezan Hedo. Tous les centres des Forces démocratiques syriennes (FDS), coalition de combattants kurdes et arabes syriens dominée par les YPG, « sont prêts à recevoir tous ceux qui veulent défendre Afrine et à leur fournir des armes », a-t-il souligné. Les réservistes sont appelés à rejoindre leurs centres, a-t-il ajouté. « Nous plaçons la communauté internationale face à sa responsabilité morale. Nous invitons le Conseil de sécurité (de l’ONU) à adopter une résolution sérieuse et ferme pour empêcher l’agression du gouvernement turc sur Afrine », souligne par ailleurs le communiqué.
« Pour nous, les États-Unis ont une obligation morale de protéger la démocratie et le système démocratique dans cette région » , a renchéri Sinam Mohammad, représentante de la fédération kurde syrienne (Rojava) à Washington.
Jusqu’au dernier terroriste
La Turquie, qui a enterré hier son premier soldat tué dans les combats, a indiqué avoir perdu deux autres militaires dans le cadre de cette opération meurtrière pour les deux camps. « Grâce à Dieu, nous allons sortir victorieux de cette opération, ensemble avec notre peuple et l’Armée syrienne libre », a déclaré M. Erdogan lors des funérailles du premier soldat tué. Hier aussi, le Premier ministre turc Binali Yildirim a souligné que « cette opération se poursuivra jusqu’à ce que le dernier terroriste soit éliminé ».
Plusieurs pays ont exprimé leur préoccupation face à cette opération, qui survient alors que les violences ont repris de plus belle en Syrie ces dernières semaines, avec des bombardements du régime sur la Ghouta orientale, à l’est de Damas, et à Idleb, dans le nord-ouest du pays. « La violence à Afrine trouble ce qui était jusque-là une zone relativement stable de Syrie », a ainsi déclaré hier le secrétaire américain à la Défense, James Mattis, appelant Ankara à « faire preuve de retenue dans ses opérations militaires comme dans sa rhétorique ». Le président français Emmanuel Macron a lui aussi exprimé sa « préoccupation » à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, a indiqué hier l’Élysée dans un communiqué, après un entretien téléphonique entre les deux chefs d’État. L’Union européenne s’est dit « extrêmement inquiète », lundi, tandis que le Qatar, proche d’Ankara, a exprimé hier son soutien à l’offensive. Lundi, le Conseil de sécurité de l’ONU s’était réuni pour discuter de l’escalade en Syrie, mais sans émettre de condamnation.
Aujourd’hui, le président américain Donald Trump doit s’entretenir par téléphone avec le président Erdogan, a annoncé le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, qui a rencontré son homologue américain, Rex Tillerson, hier à Paris. Les pourparlers sous l’égide des Nations unies, qui piétinent, reprennent demain à Vienne. Moscou est de son côté à la manœuvre avec une initiative de paix associant l’Iran et la Turquie, qu’elle espère concrétiser le 30 janvier à Sotchi.
Source : AFP

