Nos Lecteurs ont la Parole

Blog à part, #jeneveuxpasmourirsurscène !

par Bélinda IBRAHIM
OLJ
17/01/2018

On croirait rêver ; pourtant le monde entier le fait ! Les « bloggeurs », ou plutôt les « bloggeuses » poussent comme des herbes folles sur instagram. Leurs « followers » se comptent par milliers, leurs clips visionnés par des centaines de milliers, leur compte en banque renfloué jusqu'à déborder, mais sans jamais atteindre la satiété. Il leur faut encore et toujours plus. Leur mérite ? Exhiber leur vie privée. Minute par minute. Prendre des selfies sur fond de paysages de rêve, dormir à Bali et se réveiller en Norvège. En voyageant en classe affaire tous frais payés. La pub se passe désormais de ses supports classiques (papier, télé, radio, etc.). Elle s'est réincarnée en chair et en os. Les marques ont trouvé un accès beaucoup plus direct à leur public en choisissant leurs égéries (largement rémunérées à coups de cadeaux et/ou de chèques à 6 chiffres), parmi les « bloggeuses » les plus actives et les plus suivies sur le Net. Pourvues que ces dernières mettent en valeur leurs produits sur leur anatomie.
Au secours ! Le mot « bloggeuse » est pris en otage, vidé de son sens et de sa substance. Le mot n'y trouve plus sa place. Les mises en scène, en revanche, oui. Aujourd'hui, pour exister, il faut se montrer, faire de la surenchère, s'exposer en permanence, se vivre dans le regard des autres, ces milliers de likeurs qui, en apposant leur caution, flattent l'ego surdimensionné de ces personnes qui vivent via caméras interposées. Toutes les applications vous poussent à partager encore et toujours plus de votre vie privée. Les « stories », les « live » et Cie. Vous devez absolument rendre compte de tout, à tel point qu'assister au concert d'une pop star se fait via votre mobile ! Puisqu'il faut à tout prix mémoriser ce moment, le partager, créer le buzz. Tweeter. Retweeter. Instagramer. Facebooker. Poster des photos de ce qu'on mange, de ce qu'on boit, d'avec qui on dormira. Mais on fera l'impasse sur ce qu'on vomira. Ça restera privé. On ne gardera pour soi que la souillure. Ce qui fait honte. On fera semblant d'être toujours heureux. C'est « Pleasantville » * 2.0. Dans ce cadre en zoom in où tout est lisse, où tout est parfait. Zéro fausse note. Pourtant, la symphonie est discordante. Tout ce beau monde flotte sur des illusions de vies, sur des mirages de connexions/relations tissées entre voyeurs et exhibitionnistes. Les réseaux sociaux portent si mal leur nom : l'agressivité y règne en maîtresse absolue, souvent accentuée par des propos vulgaires et orduriers. Pour exemple, la campagne de #balancetonporc qui trouverait son équivalent féminin, fort équitable, dans le hashtag #balancetapute. Nous vivons dans une ère de délation et de grossièreté à l'image des « grands » dirigeants de ce monde qui rivalisent de bassesse. Ces « parents » référents qui sont censés donner le ton et l'exemple, à coup d'insultes ? ! Exit l'élégance, la courtoisie, les bonnes manières ! Allez, à qui mieux mieux dans cette course effrénée vers la futilité absolue, le néant, le vide sidéral.
Pour en revenir à nos brebis « bloggeusesgaleuses » ce sont bel et bien elles qui font l'unanimité, ce sont même des « influenceuses » propulsées sur le podium de l'idolâtrie. Ce sont elles qu'il faut suivre, imiter, écouter. Il y a le post du matin, celui de midi, du soir et du coucher. Les mises en scène se suivent et se ressemblent : des shootings improvisés dans des salles de bains rivalisant de luxe ; certaines poussent l'ironie jusqu'à se moquer des autres « bloggeuses » alors qu'elles sont de la même trempe : creuse toujours, tu ne trouveras rien, peut-être un peu de pétrole, mais certainement pas d'idées. Je dois vous paraître un tantinet virulente dans ce plaidoyer vitriolé. Il faut dire que j'ai découvert (et je suis encore sur le c. ! ) cette étrange faune assez récemment, au moment précis où j'ai voulu prendre congé de Facebook et consorts, saturée par une plate-forme de plus en plus envahissante. Et là, je réalise que je me suis fait carrément hara-kiri ! Que je suis en train de creuser ma tombe de mes propres mains puisqu'en me mettant à l'abri des regards, je me suicidais pour ainsi dire virtuellement ! Manque de bol, l'accès à mon « wall » est également fermé. Je dois me résigner à mourir dans l'indifférence de mes « friends ». Mais bon, une résolution prise est une résolution à tenir. Plus sérieusement et « blog » à part, ça a au moins le mérite (priceless ! ) de profiter de la vie sans être scotchée à l'écran de son portable.
Quant à ceux et celles qui ne peuvent concevoir leur existence en dehors de la Toile : chantez, dansez, instagramez, followez, likez, tweetez, storysez, statuez... L'implosion de la planète ne saurait tarder, si l'on tient compte de l'effet de serre croisé avec les gaz émis par le ventre affamé, gargouillant et bouillonnant de rage d'une Terre qui tourne à vide et qui n'a plus d'autre choix que de se débarrasser de ses indignes locataires...@bomb(e)A @POTUS @KimJongUn #balancezvosmissilesetfinissonsen !

Bélinda IBRAHIM

* Pleasantville (Gary Ross, 1998) est un film qui met en scène les villes du passé (les années trente à cinquante) qui ne sont que les décors d'un monde virtuel qui emprisonne les héros.

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