Moyen Orient et Monde

L’extrême droite au cœur de l’État autrichien

Éclairage

Les partenaires européens sont apparus confiants vis-à-vis du nouveau chancelier, Sebastian Kurz.

19/12/2017

C'est d'un nouveau visage que se dote aujourd'hui l'Autriche pour les cinq prochaines années. Le nouveau gouvernement autrichien a prêté serment hier à Vienne, signant l'arrivée au pouvoir d'une coalition formée par la droite et l'extrême droite. Victorieux à l'issue des législatives d'octobre, le conservateur Sebastian Kurz devient chancelier, et à 31 ans le plus jeune dirigeant du monde, huit mois après avoir pris les rênes du Parti chrétien-démocrate (ÖVP). Le FPÖ, Parti de la liberté d'Autriche (extrême droite), arrivé troisième lors des élections, décroche quant à lui trois ministères régaliens – Intérieur, Défense, Affaires étrangères – et un portefeuille de vice-chancelier pour son chef, Heinz-Christian Strache, 48 ans. Ce dernier, adhérent à un parti néonazi durant sa jeunesse, réalise ainsi un coup d'éclat en permettant à une formation d'extrême droite de faire une entrée en force dans le gouvernement autrichien. Il avait récemment comparé l'immigration à une « invasion de masse » et estime que « l'islam n'a pas sa place en Autriche ». L'arrivée à des postes-clefs au sein du gouvernement de politiciens d'extrême droite a provoqué la colère dans les rues de Vienne. Non loin du palais présidentiel, plusieurs milliers de personnes manifestaient contre la présence du FPÖ au gouvernement, rassemblées derrière des banderoles proclamant « Les nazis dehors » ou « Mort au fascisme ».

 

Pas de levée de boucliers
Le chef de l'Etat, Alexander Van der Bellen, un écologiste libéral, a investi le nouveau gouvernement de treize ministres, avec six postes-clés occupés par le FPÖ, en rappelant certaines lignes rouges. Il a appelé la coalition de M. Kurz à « respecter l'histoire autrichienne, (...) ses pages positives comme ses pages sombres », à « respecter les droits des minorités et de ceux qui pensent différemment ». Il s'est dit conscient que certains étaient « sceptiques, voire hostiles » à la nouvelle majorité. Cependant, contrairement à la situation de février 2000, où l'entrée du FPÖ au sein du gouvernement autrichien avait provoqué de vives réactions en Europe, la levée de boucliers n'a cette fois-ci quasiment pas eu lieu. À l'époque, l'alliance de l'extrême droite avec les conservateurs avait entraîné une levée de boucliers et des sanctions contre l'Autriche de la part de ses partenaires européens. Devenus aujourd'hui quasi incontournables, l'arrivée au pouvoir des partis populistes et hostiles à l'immigration ne suscitent plus d'émotion particulière sur la scène européenne. Que ce soit en France, avec l'arrivée de la candidate Front national Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle, en Allemagne où, pour la première fois depuis 1945, une formation issue de l'extrême droite, l'AfD, a fait une entrée en force au Bundestag, ou encore aux Pays-Bas, le Vieux Continent s'est désormais accoutumé à la présence de ces partis autrefois indésirables. « La situation est sans doute différente par rapport au précédent de l'an 2000. Mais la présence de l'extrême droite au pouvoir n'est jamais anodine ! » a toutefois signalé le commissaire européen Pierre Moscovici, socialiste français. Dix-sept ans auparavant, les quatorze autres pays de l'Union avaient décidé de sanctionner Vienne, en suspendant tous les contacts bilatéraux avec son gouvernement dirigé par le chancelier Wolfgang Schüssel. Ils voulaient ainsi manifester leur désapprobation pour une alliance avec un parti aux valeurs jugées incompatibles avec celles de l'Union. Les pays européens avaient cependant fini par lever leurs sanctions sept mois plus tard.

 

(Pour mémoire : Autriche: l'extrême droite en force au gouvernement)

 

 

« Wunderwuzzi »
La chancelière allemande Angela Merkel, dont la politique d'ouverture aux réfugiés avait été pourfendue par M. Strache, a dit souhaiter « une bonne coopération » avec l'Autriche et convié son homologue à Berlin. Après avoir félicité Sebastian Kurz, le président du Conseil européen Donald Tusk s'est quant à lui dit confiant dans « le rôle constructif et proeuropéen » que jouera au sein de l'UE le nouveau gouvernement autrichien. Le porte-parole du gouvernement français a rappelé que le nouveau chancelier « a, à de nombreuses reprises, affirmé son attachement aux valeurs européennes et au projet européen, ce que le programme de son gouvernement reprend ». Le « Wunderwuzzi » (enfant prodige) de la politique autrichienne, a séduit son électorat en maniant un discours de fermeté sur l'immigration, combiné à une image de modernité, évitant habilement tout dérapage raciste. Il s'est par ailleurs porté garant du fait que son gouvernement conservera « une forte orientation européenne », tout en plaidant pour davantage de subsidiarité. Pour rassurer ses partenaires de l'UE, M. Kurz a notamment décidé de conserver la haute main sur les dossiers européens alors que l'Autriche présidera l'UE au second semestre 2018. Il devrait d'ailleurs se rendre dès aujourd'hui à Bruxelles pour rencontrer le patron de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et Donald Tusk. S'il s'est affirmé comme le visage du changement en optant pour une vision plus radicale pour son pays, Sebastian Kurz s'est toujours affiché pour le maintien de l'Autriche au sein de l'UE, mais il est encore trop tôt pour savoir quelle direction choisira de prendre la politique autrichienne. Le durcissement de la politique migratoire, notamment via les restrictions concernant les aides sociales accordées aux étrangers, compte parmi les priorités du nouveau gouvernement. Le haut commissaire aux Droits de l'homme de l'ONU, Zeid Raad al-Hussein, a, dans une interview accordée à l'AFP, déploré l'entrée de l'extrême droite dans la nouvelle coalition autrichienne comme « un développement dangereux », en mettant en garde contre « l'exploitation de la peur » en Europe. De son côté, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré hier qu'Israël boycotterait les ministres d'extrême droite autrichiens, ordonnant aux ministres israéliens de ne travailler qu'avec des fonctionnaires de rang inférieur, selon le Haaretz. En 2000, Israël avait rappelé son ambassadeur et n'avait normalisé ses relations avec l'Autriche que trois ans plus tard.

 

 

Pour mémoire

Le jeune conservateur Sebastian Kurz remporte les législatives

 

Repère

Panorama des mouvements d'extrême droite en Europe

À la une

Retour à la page "Moyen Orient et Monde"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

gaby sioufi

""Pas de levée de boucliers""
""ne suscitent plus d'émotion particulière sur la scène européenne""

faut il les en blamer ?

difficilement , sauf s'il faut reculer 70 ans en arriere lorsque tout ce beau monde- ou presque- avait appuye la spoliation de la Terre palestinienne.

Gros Gnon

« De son côté, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré hier qu'Israël boycotterait les ministres d'extrême droite autrichiens ».

Ah bon? Les extrême droites se boycottent entre elles maintenant?

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Des législatives internes et des enjeux externes

Citoyen grognon de Anne-Marie El-HAGE

Douze à l’heure

Le Journal en PDF

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

X
Déjà abonné ? Identifiez-vous
Vous lisez 1 de vos 10 articles gratuits par mois.

Pour la défense de toutes les libertés.