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Moyen Orient et Monde

Avec Wauquiez, la droite française s’éloigne du centre

Décryptage

Élu à la tête de Les Républicains dimanche dernier, l'homme fort doit maintenant tenter de rassembler sa famille politique.

12/12/2017

Avec près de 75 % des voix, le président de la région Auvergne Rhône-Alpes s'est largement imposé dès le premier tour dimanche à la tête de Les Républicains (LR). L'ancien ministre français de l'Enseignement supérieur occupait déjà la tête de ce parti par intérim depuis 2016, suite à la démission de Nicolas Sarkozy. Élu sans grand suspense face à Florence Portelli (16,11 %) et Maël de Calan (9,25 %), il peut toutefois se targuer d'un taux de participation plus élevé que prévu, avec près d'une centaine de milliers de votants parmi les adhérents.

« Aujourd'hui, Laurent Wauquiez est le patron des Républicains avec une participation record qu'aucun observateur n'espérait », a déclaré hier Nadine Morano, députée européenne LR et partisane de la ligne dure incarnée par Laurent Wauquiez. « Dans l'état où nous étions à cette sortie des élections présidentielle et législatives, mobiliser 100 000 adhérents (...) est une victoire », a-t-elle ajouté.

Le grand succès de cet homme à l'ambition débordante et au CV brillant, qui a mis les thématiques identitaires au cœur de sa campagne, met en avant la radicalisation de l'électorat de droite ainsi que sa volonté de renouveler son effectif politique. « C'est le début d'une nouvelle ère pour la droite », a déclaré Laurent Wauquiez lors de son discours d'investiture. « La droite est de retour (...), nous allons tout renouveler avec des nouveaux visages », a-t-il précisé, comme pour mieux surjouer l'idée d'une rupture avec ses prédécesseurs à un moment où la scène politique française reste marquée par le « dégagisme ». Le nouveau chef de la droite française entend incarner la « droite décomplexée », non seulement pour répondre aux attentes du noyau dur de son parti, qui s'est largement mobilisé en sa faveur, mais aussi pour se démarquer du président Emmanuel Macron, qui occupe un vaste espace au centre et lorgne sur une partie de l'électorat de droite.

S'il a très clairement gagné son pari, Laurent Wauquiez doit toutefois faire face aux nombreuses dissensions que son élection suscite au sein de son parti. « Il a utilisé un discours très à droite pour l'emporter chez les Républicains et va devoir réorienter son discours vers l'électorat du centre et du centre droit pour pouvoir espérer un rassemblement », affirme à L'Orient-Le Jour Stéphane Rozès, politologue français.

Plusieurs ténors du parti ne sont clairement pas prêts à le suivre, comme Valérie Pécresse, présidente du conseil régional d'Île de France, ou Xavier Bertrand, président du conseil régional des Hauts-de-France. Xavier Bertrand a annoncé hier sur France 2 qu'il quittait « définitivement » Les Républicains, au lendemain de l'élection de Laurent Wauquiez. « Je ne reconnais plus ma famille politique, alors j'ai décidé de la quitter », a expliqué le président de la région Hauts-de-France, en dénonçant des « dérives » de LR.

 

(Pour mémoire : France : LR exclut ministres et Constructifs, une décision à confirmer)

 

Séduire l'extrême droite
Au-delà de l'affirmation de son leadership auprès des cadres du parti, c'est la survie du parti LR qui est en jeu pour le nouveau chef de la droite. Les accusations et les doutes de nombreuses personnalités politiques envers les positions de Laurent Wauquiez, notamment sur l'immigration et l'Europe, amènent les partisans d'une ligne plus centriste à s'interroger sur sa proximité avec les idées de l'extrême droite. « Il y a dans son entourage des gens, Patrick Buisson, Guillaume Peltier, qui ont théorisé ce rapprochement avec le FN. Quand j'entends Laurent Wauquiez affirmer que la droite est identitaire, il va dans ce sens », déclarait sur RMC Maël de Calan, candidat battu à la présidence du parti. Des accusations réfutées de nombreuses fois par le candidat, puis par sa probable future vice-présidente Virginie Calmels, qui a assuré ne « jamais faire d'alliance avec le Front national ».

Mais le nouveau président des Républicains déclare ouvertement vouloir s'adresser aux électeurs du FN dans le but « de les ramener vers une droite qui les a déçus par ses lâchetés », dans la continuité de ce qu'avait réussi à faire Nicolas Sarkozy en 2007. Emmanuel Macron occupant le centre, Laurent Wauquiez semble être en effet dans l'obligation de séduire une partie de l'électorat de l'extrême droite s'il veut parvenir à s'imposer sur le devant de la scène. Toujours sous le choc du débat de l'entre-deux tours, complètement manqué par sa présidente Marine Le Pen, le FN paraît plus fragile qu'il ne l'était au cours de ces dernières années.

 

(Pour mémoire : France : Wauquiez prend ses distances avec Sens commun à propos du FN)

 

Cela pourrait permettre au nouveau patron de LR de s'imposer comme la principale opposition à Emmanuel Macron dans le pays. « Laurent Wauquiez veut que la droite représente une alternative crédible surtout sur les questions européennes », affirme à L'OLJ Olivier Rouquan, politologue et analyste de la vie politique française. Le libéralisme économique assumé par le président oblige toutefois le candidat de la droite à se démarquer sur des questions identitaires ou sécuritaires, quitte à perdre une partie de ses alliés. Le président de l'UDI (centre droit), Jean-Christophe Lagarde a déjà exclu toute alliance avec M. Wauquiez. « L'autre point important va être de garder le contrôle des collectivités locales. Les Républicains ont eu des succès lors des élections dans le quinquennat précédent, et l'objectif va être de conserver ces succès. Laurent Wauquiez a beaucoup misé sa campagne sur ce point », poursuit Olivier Rouquan.
Les prochaines élections européennes de 2019 pourraient avoir valeur de test pour le chantre de « la nouvelle droite » qui compte bien se poser comme la principale alternative à M. Macron.

 

Pour mémoire

France : Pécresse met en garde contre une scission de LR avec Wauquiez

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Yves Prevost

Refonder la droite française. Qu'elle cesse d'être "la plus bête du monde". Qu'elle tienne un discours clair et constant, et non plus opportuniste et lié à des fins électorales. Un travail de titan! Wauquier est-il l'homme de la situation? Ses nombreux louvoiements permettent d'en douter.

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