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Moyen Orient et Monde - Société

Avec le stand-up, les Saoudiens apprennent à rire en public

Aucun des participants n'a abordé ce qui est généralement considéré comme des lignes rouges dans le royaume : sexe, religion et politique.

Le comédien saoudien Nawaf al-Qahtani sur scène, à Riyad. Fayez Nureldine/AFP

Sur une scène à Riyad, des comédiens amateurs se succèdent un à un pour se moquer du monde – et d'eux-mêmes – en proposant au public une forme de spectacle quasi inconnue en Arabie saoudite : le stand-up. La semaine dernière, la foule s'est pressée lors de ce rare festival de comédie organisé par l'Autorité générale du divertissement, le principal moteur des réformes sociales récemment engagées dans ce royaume ultraconservateur.
À travers un festival Comic-Con ou des concerts de musique, y compris d'artistes féminines, cet organisme s'est donné pour objectif de faire oublier la réputation austère du royaume et de familiariser les Saoudiens à un concept novateur : s'amuser en public. « Je suis dentiste au chômage », lance sur scène Battar al-Battar, 26 ans. « Mes prières ont été exaucées, je vois beaucoup d'appareils dentaires dans le public », enchaîne-t-il devant un auditoire souriant. Peu après, un petit homme corpulent tourne en dérision les relations hommes/femmes dans le royaume patriarcal. « J'ai appelé ma fiancée pour lui dire : Écoute, c'est moi l'homme, si j'en bave, tu en baves aussi. Elle a raccroché. Une semaine s'est écoulée, je n'ai pas eu de nouvelles, raconte-t-il. Paniqué, je lui ai envoyé un texto : "En fait, c'est pas moi l'homme, reviens !" » Dans le public, hommes et femmes, assis dans des sections séparées, éclatent de rire.

« Effet purifiant »
Ce festival, sous forme de compétition, ne serait pas inhabituel s'il n'avait pas lieu en Arabie saoudite, davantage réputée pour ses exécutions au sabre et son application rigoriste de la charia. « Les Saoudiens ne sont pas connus pour avoir le sens de l'humour », affirme Yasser Bakr, membre du jury du festival et fondateur du premier club de comédie du royaume. Pourtant, « ils aiment rire, les chiffres ne mentent pas », réplique-t-il, faisant défiler une liste de vidéos humoristiques sur l'application YouTube de son smartphone, chacune avec des centaines de milliers de vues. Le festival se présente comme une rare tentative d'ouvrir au grand public la comédie de stand-up. Car mis à part une poignée de stars locales de YouTube, les artistes saoudiens font face au manque de théâtres, de sociétés de divertissement et à l'absence de sensibilisation du public à toute forme d'art. « Beaucoup de gens pensent que la comédie se résume à des blagues sur le sexe, nous essayons de changer ça, explique Jubran al-Jubran, directeur du festival. L'Arabie saoudite doit cultiver cet art, la comédie a un effet purifiant, elle nettoie l'âme. C'est un soulagement de rire de nos propres problèmes. » Mais lors du festival, le public n'était qu'à moitié amusé par certaines blagues grinçantes ou de bas étage. Aucun des participants n'a abordé ce qui est généralement considéré comme des lignes rouges dans le royaume : sexe, religion et politique. Certains déconstruisent néanmoins subtilement de vieux stéréotypes associés aux Saoudiens, et d'autres osent se moquer des élites. « Quand je suis arrivé à Riyad, j'avais peur qu'ils m'enferment au Ritz », plaisante Rakain al-Zafer, provoquant des ricanements dans le public. L'opulent hôtel Ritz-Carlton est devenu une prison dorée pour des dizaines de princes, ministres et magnats du business arrêtés dans une opération anticorruption sans précédent.

« Détruire l'extrémisme »
Les comédiens sont tous des hommes, mais les organisateurs du festival assurent que des femmes participeront l'année prochaine, malgré l'opposition possible des milieux conservateurs. Le festival s'inscrit dans le cadre de l'ambitieux plan de réformes mené par Mohammad ben Salmane, le puissant prince héritier qui a réduit l'influence de la police religieuse opposée à des événements mixtes.
Devant l'impopularité des réductions de subventions pour contrer la baisse des prix du pétrole, le prince semble vouloir accorder davantage de libertés sociales et développer les divertissements. Les Saoudiens eux-mêmes semblent surpris par ces changements, notamment la décision autorisant les femmes à conduire à partir de juin 2018 et la réouverture des salles de cinéma. La semaine dernière, le compositeur et pianiste grec Yanni s'est produit à Riyad devant un public hétéroclite, accompagné de chanteuses. Autre promesse du prince Salmane : promouvoir un « islam ouvert et modéré » et détruire les idéologies extrémistes. Réagissant à ces propos, M. Jubran déclare : « Nous voulons détruire l'extrémisme à travers la comédie, en faisant rire les gens. »

Anuj CHOPRA/AFP

Sur une scène à Riyad, des comédiens amateurs se succèdent un à un pour se moquer du monde – et d'eux-mêmes – en proposant au public une forme de spectacle quasi inconnue en Arabie saoudite : le stand-up. La semaine dernière, la foule s'est pressée lors de ce rare festival de comédie organisé par l'Autorité générale du divertissement, le principal moteur des réformes sociales récemment engagées dans ce royaume ultraconservateur.À travers un festival Comic-Con ou des concerts de musique, y compris d'artistes féminines, cet organisme s'est donné pour objectif de faire oublier la réputation austère du royaume et de familiariser les Saoudiens à un concept novateur : s'amuser en public. « Je suis dentiste au chômage », lance sur scène Battar al-Battar, 26 ans. « Mes prières ont été exaucées, je vois...
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