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Moyen Orient et Monde

Les houthis renforcent leur emprise sur Sanaa

Yémen

Passe d'armes entre l'Iran et l'Arabie saoudite ; le Conseil de sécurité de l'ONU appelle à la reprise du dialogue politique.

OLJ
06/12/2017

Les rebelles houthis, soutenus par l'Iran, ont renforcé leur emprise hier sur la capitale yéménite Sanaa, au lendemain de l'élimination de l'ex-président Ali Abdallah Saleh, leur ancien allié devenu leur adversaire. Selon des sources sécuritaires, les houthis ont pris le contrôle de tous les sites qui étaient tenus par des partisans de Saleh quelques heures après sa mort. La disparition à 75 ans de Ali Abdallah Saleh, l'ancien homme fort du Yémen, tué lundi par des rebelles houthis au sud de Sanaa, a ainsi ouvert un boulevard aux insurgés qui partageaient jusqu'ici le contrôle de la capitale avec lui, estiment des experts. Les combats entre rebelles ont été particulièrement violents. Hier, une porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a donné un bilan d'au moins 234 morts et 400 blessés, depuis vendredi dernier, à Sanaa.
Depuis l'annonce de la mort de Saleh, aucun affrontement majeur n'a eu lieu dans Sanaa, hormis quelques escarmouches dans la partie sud de la ville, le fief de ses partisans. Toutefois, la capitale yéménite a passé la nuit de lundi à mardi sous les bombardements et les survols intensifs de l'aviation de la coalition arabe menée par l'Arabie saoudite. Le palais de la République, dans le centre de Sanaa, a été visé par au moins sept raids aériens. Aucune information n'a pu être obtenue sur des victimes éventuelles de ces frappes.
Tard lundi, un haut responsable houthi, Saleh al-Sammad, a annoncé la fin des opérations de sécurité dans la ville. « Nous annonçons au monde la fin des opérations de sécurité et la stabilisation de la situation » dans la capitale, a-t-il déclaré, selon la chaîne de télévision al-Massira, contrôlée par les insurgés. Il a en même temps confirmé implicitement une campagne de répression contre des proches de Saleh en déclarant avoir ordonné aux services de sécurité de « prendre des mesures contre les saboteurs et tous ceux qui ont collaboré avec eux ». Des rumeurs courent sur des arrestations de plusieurs personnalités de l'administration et de l'armée, jugées favorables à l'ancien président. Des informations non confirmées ont fait état d'exécutions de partisans de Saleh.
Autre signe de la confiance affichée par les rebelles, une manifestation monstre a eu lieu hier après-midi pour célébrer, selon leur chef Abdel Malek el-Houthi, « l'échec du complot ourdi » par Saleh et une frange de son parti, le Congrès populaire général (CPG). Les dizaines de milliers de manifestants, rassemblés près de l'aéroport international dans le nord de la capitale, ont scandé des slogans comme « Sanaa est libre et l'État est toujours debout » ou « les Yéménites forment un seul peuple ».

Circonstances ambiguës
L'ancien président Saleh, qui a survécu à nombre d'attentats et de complots pendant sa longue carrière politique, dont 33 ans au pouvoir, est mort dans des circonstances encore mal éclaircies, lui qui est connu par le soin qu'il a toujours porté à sa propre sécurité. Les houthis ont annoncé sa mort lundi sans la revendiquer. Une information confirmée plus tard par une dirigeante du parti de l'ex-président qui en a fait porter la responsabilité aux insurgés. Une source militaire a indiqué qu'il était tombé dans une embuscade tendue par des houthis au sud de la capitale, tandis que d'autres informations ont fait état de sa mort à la suite de combats dans sa maison.
Hier, on ignorait où se trouvait le corps de Saleh et s'il aurait des funérailles. Depuis les Émirats arabes unis, son fils aîné, Ahmad Ali, a publié une déclaration dans laquelle il affirme que son père est mort dans sa maison « les armes à la main et au milieu de ses camarades ». « Je fais le serment (...) qu'au milieu des blessures, nous allons enfourcher le cheval de bataille pour faire face aux ennemis de la nation », a-t-il dit.
En outre, signe de la dimension régionale et internationale croissante du conflit, l'Iran a déclaré hier matin, par la voix de son président Hassan Rohani, que les Yéménites allaient faire regretter leurs actions aux « agresseurs », dans une allusion à l'Arabie saoudite, le grand rival régional de Téhéran. Le gouvernement saoudien a aussitôt répliqué, disant espérer voir le Yémen débarrassé « des milices terroristes soutenues par l'Iran ». Et dans la nuit, le Conseil de sécurité de l'ONU, réuni hier pour débattre du conflit, a appelé « toutes les parties » à réduire le niveau des violences et « à se réengager sans conditions dans le processus politique conduit par l'ONU pour un cessez-le-feu durable ». Les 15 membres du Conseil sont « unis dans leur profonde inquiétude face à la situation humanitaire terrible et qui continue de se détériorer au Yémen », a ajouté le Conseil de sécurité, jugeant ce pays « au bord d'une famine catastrophique ».

Trêve humanitaire
Un peu plus tôt, le coordinateur humanitaire de l'ONU pour le Yémen, Jamie McGoldrick, avait appelé les différents acteurs du conflit à décider d'une « trêve humanitaire » pour venir en aide à la population à Sanaa. M. McGoldrick a en outre annoncé qu'une équipe de l'ONU allait « très bientôt » se rendre à Riyad pour discuter de ce sujet avec les autorités saoudiennes. Parallèlement, cinq ONG internationales ont elles aussi réclamé la « cessation immédiate des hostilités » au Yémen et un « accès total » aux civils piégés par les sanglants combats dans Sanaa, qualifiant cette situation de nouvelle escalade dans « la crise humanitaire la plus grave au monde ».

Source : AFP

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