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Moyen Orient et Monde

À Aceh, la charia contestée devant la Cour suprême par des ONG

Indonésie

Le radicalisme religieux des autorités locales choque le reste de l'Indonésie, pays réputé pour son modèle laïc et son pluralisme religieux.

28/11/2017

Des coups de bâtons, des pleurs et des applaudissements. Chaque vendredi, le même rituel se répète dans la province d'Aceh, au nord-ouest de l'Indonésie. Une foule compacte se masse face à la grande mosquée de Banda Aceh pour observer les châtiments infligés aux condamnés. À chaque coup de badine, la foule est en liesse. « Bien fait ! Plus fort ! » s'exclament certains spectateurs tandis que d'autres immortalisent l'évènement en prenant des photos.
En 2 ans, plus de 500 personnes ont été flagellées en public dans la région, selon un rapport de Human Rights Watch publié fin octobre. Inacceptable pour une vingtaine d'associations indonésiennes qui prévoient de présenter une pétition au président de la République Joko Widodo et à la Cour suprême d'Indonésie avant la fin de l'année. Le groupe d'ONG entend montrer que la charia ne respecte ni la législation nationale ni les traités internationaux ratifiés par l'Indonésie. « Le code pénal islamique d'Aceh enfreint une dizaine de lois, notamment la Déclaration universelle des droits de l'homme, la Constitution de 1945, les lois sur la protection de l'enfance, la convention contre la torture ou encore la convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes », souligne à L'Orient-Le Jour Pupsa Dewy, présidente de l'association Solidaritas Perempuan, à l'origine de la pétition. Face aux menaces judiciaires, le représentant de la région au ministère de l'Intérieur Sumarsono a simplement rétorqué que la région était « le balcon de La Mecque » et que cela expliquait certaines « particularités culturelles ».

Islamisation de la société
La région d'Aceh, à partir de laquelle débute l'islamisation de l'Indonésie, est bien connue pour son conservatisme religieux. Elle est d'ailleurs la seule des 34 provinces du pays à souscrire à la loi coranique. Mais le radicalisme religieux des autorités locales choque le reste de l'Indonésie, réputée pour son modèle laïc et son pluralisme religieux. Depuis son indépendance, le pays musulman le plus peuplé au monde sépare clairement politique et religieux. Ce n'est pas le cas à Aceh où les lois inspirées de la charia se multiplient depuis 2014. De nombreuses peines prévoient des sévices corporels. L'objectif ? Pas tant de blesser que d'humilier, selon les autorités locales. Les motifs de condamnation sont divers : adultère, consommation et vente d'alcool, sexe avant le mariage, relations homosexuelles ou encore jeu d'argent. Les punitions s'imposent à la majorité sunnite de la région mais également aux chrétiens, aux bouddhistes, aux hindous, aux soufis et aux chiites. Preuve en est : les catholiques n'ont plus droit au vin pendant la messe. « On compte aujourd'hui 4 temples protestants, 1 église catholique, 1 temple bouddhiste et une salle de prière hindoue mais leur nombre décroît du fait des pressions exercées pour fermer les bâtiments religieux non musulmans », explique à L'OLJ Holti Simanjuntak, correspondant dans la région pour le Jakarta Post.

Crimes sans victime
Il faut dire que la police des vices et de la vertu veille au grain. Des raids basés sur la délation sont régulièrement organisés pour dénicher les hors-la-loi. Les milices interviennent hors de tout processus judiciaire et négligent le droit à la défense des accusés. Ces derniers mois, les agents ont renforcé leur étau de fer. Désormais, câlins, baisers et caresses sont totalement proscrits dans les rues. La « seclusion » (délit de promiscuité) interdit d'être seul avec une personne du sexe opposé autre que son conjoint ou un membre de sa famille. S'ils portent atteinte aux mœurs locales, les enfants de 12 à 17 ans peuvent également être châtiés. « La plupart des condamnés ont commis des crimes sans victime, ils ont simplement porté atteinte aux mœurs », rappelle Andreas Harsono, chargé de l'Indonésie à Human Rights Watch (HRW).
Les femmes sont particulièrement concernées par le code pénal islamique puisque le hijab est obligatoire. Un couvre-feu a été mis en place à 22h et les cafés leur sont interdits en soirée. Cela n'empêche pas les agressions sexuelles d'exploser. Et pour cause : un suspect de viol peut être acquitté s'il prête serment sur le Coran, et les victimes peuvent porter plainte seulement si elles disposent de preuves et de témoins. Pour les Acehnaises qui ont eu le malheur d'enfreindre la « loi de Dieu », la condamnation est double. En plus de se faire fouetter sur la place publique, elles subissent des discriminations. « Ces femmes doivent souvent quitter leur village et leur travail car elles sont stigmatisées », explique Pupsa Dewy.
La communauté LGBT n'est pas en reste. En 2016, deux jeunes lesbiennes étaient emprisonnées puis envoyées une semaine dans un centre de réhabilitation religieuse géré par le gouvernement. En mai dernier, deux homosexuels pris sur le vif recevaient 85 coups de rotin. L'événement provoque un véritable tollé médiatique à l'étranger et ternit l'image du pays dans le monde. Craignant que les investisseurs ne fuient la région, le gouverneur Irwandi Yusuf annonce en juillet que les châtiments corporels n'auraient bientôt plus lieu en public et devant l'œil des caméras, mais en privé. Cela devrait sans doute peser dans le jugement de la Cour suprême. Le procès ne s'annonce en tout cas pas simple. « En juillet 2016 et en avril 2017, les autorités ont déjà rejeté à deux reprises des tentatives d'abrogation de la charia », rappelle à L'OLJ Andreas Harsono pour Human Rights Watch.

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Georges MELKI

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