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Idées

La culture, une arme diplomatique pour la France dans la région

Louvre abou dhabi
18/11/2017

La visite d'Emmanuel Macron aux Émirats arabes unis, le 8 novembre, pour inaugurer le Louvre d'Abou Dhabi, projet initié par Jacques Chirac en 2007, rappelle que la diplomatie culturelle est une composante essentielle de la politique étrangère française. C'est au XVIe siècle que la France recommence à s'intéresser au Proche-Orient. La politique française vis-à-vis de l'Empire ottoman, puis du monde arabo-musulman, deviendra une des plus vieilles constantes de sa diplomatie. La Capitulation signée par François 1er avec Soliman le Magnifique aura d'importantes répercussions culturelles et commerciales avec l'essor des échelles du Levant. Cependant à l'époque, c'est l'italien qui fait office de « lingua franca » en Méditerranée orientale. L'expédition de Bonaparte en Égypte débouche sur l'école d'égyptologie française. Sur le plan culturel l'orientalisme, en tant que discipline scientifique, qui était né à l'époque des Lumières avec la création de l'École des langues orientales en 1795, prend un nouvel essor avec la création du Collège de France qui apporte une contribution théorique à une meilleure connaissance de la civilisation et des sociétés musulmanes.

 

« Soft Power »
L'action de la France au Levant correspond à celui d'une politique d'influence fondée sur les principes du « Soft Power » théorisé bien plus tard par Joseph Nye. Celle-ci combine les dimensions économique, religieuse et culturelle à l'action politique proprement dite dont elles sont indissociables. La France fait de la culture l'un des principaux vecteurs de sa politique étrangère. On peut même dire que la diplomatie culturelle est une invention française. À partir de la Monarchie de Juillet, le Quai d'Orsay, en accordant des subventions au système scolaire francophone, en fait un instrument majeur de sa politique. C'est en effet la langue qui apparaît comme mieux à même d'asseoir durablement l'influence française. À partir de l'ère des réformes, l'Empire ottoman adopte le français comme seconde langue administrative et bien sûr comme langue de la diplomatie, ce qui est d'ailleurs le cas partout dans le monde. La Troisième République crée en 1883 le réseau des Alliances françaises ayant pour but de favoriser la propagation de la langue et de la culture françaises dans le monde. En 1901 elle fonde la Mission laïque française ayant pour mission de créer des lycées dont la vocation est d'attirer davantage de non-chrétiens.

Mais son idéologie laïque et la séparation de l'Église et de l'État ne l'empêchent pas de soutenir l'œuvre des missions catholiques en Orient : « L'anticléricalisme n'est pas un objet d'exportation », affirme Gambetta. Même après avoir été évincée politiquement d'Égypte en 1880 par l'Angleterre, la France y conserve une influence culturelle prépondérante, les Anglais étant bien plus soucieux de promouvoir leurs intérêts politiques et économiques que leur langue et leur culture. Au début du XXe siècle, la France jouit dans la région d'une influence culturelle qu'aucune autre puissance ne saurait égaler. L'ensemble de la Méditerranée orientale adopte le français comme langue étrangère de culture et de communication.

 

« Cocacolonisation » culturelle
C'est particulièrement vrai au Liban où le développement des établissements d'éducation francophones permet l'extension du bilinguisme franco-arabe qui constitue une composante importante de l'identité culturelle libanaise. Ces établissements formèrent aussi une pléiade d'intellectuels qui sont à l'origine de la littérature libanaise d'expression française. Après l'accession du Liban à l'indépendance la Quatrième République, soucieuse du maintien de l'influence française, fait du Liban le grand foyer de la francophonie au Proche-Orient. La guerre du Liban lui fit perdre son rôle de porte d'entrée vers la région. Cependant les hommes d'affaires et les cadres libanais établis dans la région y apportent une contribution non négligeable à la présence économique et culturelle française. Sur le plan culturel, même si l'influence et le rayonnement de la France reste considérable, une certaine érosion se fait jour, due à plusieurs facteurs : l'intégration croissante du Liban à son environnement arabe, la progression de l'anglais et l'hégémonie planétaire de la culture de masse américaine auquel la francophonie a du mal à résister. Je me rappelle par exemple les vaines tentatives de l'association des publicitaires francophones d'enrayer le déclin de l'utilisation du français dans les campagnes publicitaires au profit de l'anglais que Jacques Séguéla qualifiait de « cocacolonisation » culturelle. Celle-ci se traduit entre autres par la malbouffe à laquelle répond la diplomatie gastronomique qui fait désormais partie de la mission des ambassades de France. Cependant la progression de l'anglais se fait moins au détriment qu'en complément de la langue de Molière. Et la création de l'École supérieure des affaires à Beyrouth montre que les écoles de commerce américaines n'ont pas le monopole de l'enseignement d'excellence du management, même si l'anglais est devenu la langue internationale des affaires.

L'influence culturelle de la France déborde maintenant le cadre traditionnel du Levant et touche les pays du Golfe où il y a un réel engouement pour la culture française comme en témoigne l'ouverture de l'antenne du musée du Louvre à Abou Dhabi. Même si la France est davantage amenée à inscrire son action dans le cadre de l'Union européenne, il lui appartiendra toujours de jouer un rôle propre dans la région et au Liban où aucun autre pays européen n'a autant d'intérêts et d'être le moteur principal du rapprochement entre les rives nord et sud de la « Mare Nostrum ». Tâche où la « diplomatie douce » a un rôle capital à jouer.

Président de la délégation au Liban de la Renaissance française, association pour la promotion de la francophonie.

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