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Culture

Quand Vincent, Jérôme et Tyrus s’animent

Focus

Dans le cadre du Beirut Art Film Festival (BAFF), trois documentaires abordent la vie de trois peintres aux parcours différents.

Danny MALLAT | OLJ
16/11/2017

Vincent Van Gogh a ramassé une brosse pour la première fois à l'âge de 28 ans. Il n'a jamais vendu une peinture de son vivant, et pourtant, aujourd'hui, il détient le record de la toile la plus chère jamais vendue. Jérôme Bosch se forme à la peinture dès l'âge de 8 ans au sein de l'atelier familial. Célèbre de son vivant, sa renommée s'étend au-delà des frontières de son pays natal. Van Gogh était, dit-on, bipolaire, mais à voir les forces qui ont façonné la vision de Jérôme Bosch, on se pose la question : était-il malade mentalement ou simplement un surréaliste précoce ? Quant à Tyrus Wong, surnommé « l'homme de tête parfait », il a quand même fallu un certain temps au monde pour le reconnaître. Ces trois films animés les racontent.

Mélodrame et couleur
Documentaire de 95 minutes réalisé en 2017 par Dorota Kobiela et Hugh Welchman, Loving Vincent est une nouvelle expérience visuelle singulière et intense. Vincent Van Gogh et son frère Théo entretenaient une correspondance fréquente, assurée par le postier Roulin, qui connaissait et aimait Van Gogh. L'histoire se situe dans les mois qui ont précédé la mort de l'artiste, lorsqu'une dernière lettre envoyée à Théo est retournée. Le film suit alors le parcours d'Armand Roulin, fils du postier, qui enquêtera sur la mort mystérieuse du peintre. D'abord réticent et sceptique, il devient intéressé, puis passionné de découvrir la vérité. Les scènes commencent toujours par une image que l'artiste a lui-même peinte. Le spectateur et amateur de Van Gogh est en terrain connu, sauf que les personnages ne vont pas tarder à s'animer, bouger, parler, pour raconter leurs histoires et leurs impressions, donnant ainsi comme une vue à l'intérieur de la tête du peintre, et permettant de voir le monde à travers ses yeux.
L'histoire est racontée à travers des peintures à l'huile peintes à la main, faites dans le style du propre travail de l'artiste. Dans le genre du cinéma d'animation, c'est un film unique, esthétiquement merveilleux, un vrai festin visuel et une œuvre d'art vivante. Ce projet a nécessité dix ans de travail, plus de 100 artistes, 853 tableaux et 43 200 peintures. Un film certes mélodramatique et noir de par son synopsis, mais débordant de couleur dans un monde en perpétuel mouvement. Des acteurs connus ont été choisis pour les rôles principaux dans une méthode cinématique et une forme d'animation très particulières. Un film adapté à tous les âges, à tous les types de cinéphile, aux amateurs d'art et aux fanatiques de Van Gogh.
Samedi 18 novembre à 17 heures dans les deux salles du Metropolis.

Aphrodisiaque et délicieux
Documentaire de 52 minutes, réalisé par Ève Ramboz et Nathalie Plicot, Jérôme Bosch, le diable aux ailes d'ange est un voyage poétique às travers la vie et l'œuvre de l'un des plus célèbres peintres néerlandais. Les magnifiques œuvres de l'artiste sont animées par Ève Ramboz, spécialiste des effets visuels, qui réussit à plonger le spectateur dans l'imaginaire de ce génie du XVe siècle et à pénétrer dans son univers étrange et fascinant, où foisonnent autant de symboles religieux, ésotériques et païens. Quand l'enfer se mêle au paradis et le satirique à la morale, quand on voit l'humanité corrompue vouée à l'enfer éternel, quand grouillent des personnages caricaturaux issus des bestiaires du Moyen Âge et que des animaux se confondent aux créatures hybrides, et quand le mal côtoie constamment le bien, quand le mysticisme et la pornographie communient dans la même énergie, alors apparaissent les détails des tableaux témoignant des relations de Bosch avec son temps.
L'imaginaire de ce génie continue à intriguer avec une œuvre aux interprétations multiples, aussi fascinante qu'énigmatique. Les œuvres s'animent avec une telle subtilité que le spectateur a l'impression que c'est son regard et son imagination qui les mettent en branle. Celui qui n'a jamais quitté Bois-le-Duc où il est né a laissé le monde venir à lui. Des tortures effroyables de l'Inquisition à la menace islamique après la chute de Constantinople, en passant par la révolution copernicienne, ce créateur et homme de foi à l'imagination débordante et à l'humour grinçant est une leçon d'histoire et le précurseur du surréalisme.
Dimanche 19 novembre à 18 heures.

Le créateur de Bambi
Tyrus, enfin, est un documentaire de 73 minutes réalisé par Pamela Tom. Il relate l'histoire improbable de Tyrus Wong, artiste américain originaire de Guangzhou, qui a surmonté une vie de pauvreté et de racisme pour devenir un peintre célèbre.
Il est venu aux États-Unis en 1920, à l'âge de 9 ans, avec son père qui lui avait dit : « Je t'emmène en Amérique, je pense qu'il y a de meilleures opportunités là-bas. » Enfant, il était plus intéressé par l'art que par l'arithmétique. Malgré son talent artistique, il était difficile pour un immigrant chinois de choisir l'art comme carrière. Il devait être soit serveur, soit coursier. À l'époque, leurs horizons étaient fermés et confinés à Chinatown. Mais le père, convaincu du talent de son fils, emprunte de l'argent pour l'inscrire à sa première année d'école d'art. Après son diplôme, Wong trouve du travail en tant qu'artiste. Déterminé et passionné, il ne tarde pas à s'approprier un style unique, mêlant influences calligraphiques, paysages chinois et art occidental contemporain. Il rejoint par la suite les studios Disney et contribue à la culture américaine. Son intervention sur l'un des films d'animation les plus appréciés de tous les temps, le classique Bambi, est remarquable, et Disney décide que le regard du film serait basé sur les dessins de Wong. Toujours soucieux de subvenir aux besoins de sa famille, il continue à concevoir des cartes de Noël, des cerfs-volants et de la vaisselle californienne peinte à la main. Pamela Tom corrige un tort historique en mettant en lumière cette figure jusqu'ici sous-estimée.
Dimanche 19 novembre, 19h30.

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