Le président de la République recevant hier des délégations scolaires à Baabda. Photo Dalati et Nohra
Après avoir martelé, quelques heures avant la diffusion de l'entretien télévisé avec le Premier ministre démissionnaire, que toute position qui serait prise par Saad Hariri lors de l'interview qu'il devait accorder à la chaîne du Futur à partir de Riyad, « ne reflète pas la réalité » étant donné « la situation mystérieuse dans laquelle il se trouve », le chef de l'État Michel Aoun est revenu hier sur sa position, exprimant un soulagement après avoir pris connaissance de la teneur de l'entretien accordé à notre collègue Paula Yacoubian.
Selon notre correspondante à Baabda, Hoda Chédid, M. Aoun s'est dit « rassuré de voir que sa campagne diplomatique en direction des puissances extérieures a porté ses fruits », précisant que « M. Hariri peut désormais retourner au Liban dans les deux ou trois jours qui suivent ».
Le président a confié qu'il n'a reçu à ce jour qu'un seul appel de lui, effectué juste après la démission, le 4 novembre. Lors de cet échange, M. Hariri lui avait signifié qu'il retournait à Beyrouth dans les deux ou trois jours qui suivraient et qu'il discuterait avec lui de toutes les appréhensions qui avaient conduit à sa démission. Mais le Premier ministre démissionnaire n'est pas rentré depuis.
Devant ses visiteurs, le chef de l'État a cependant dit avoir retenu trois points positifs dans la prestation télévisée de M. Hariri : tout d'abord, sa prise de position relative à la démission que M. Hariri a insisté vouloir inscrire dans un processus constitutionnel, ayant souligné qu'il comptait la présenter personnellement au chef de l'État.
Une position qui conforte le président dans son approche consistant à refuser de reconnaître la démission faite hors du Liban, de manière à ne pas créer de précédent.
Le chef de l'État s'est également dit rassuré quant à l'annonce faite par M. Hariri au sujet du compromis politique à l'origine du sexennat qui serait toujours de vigueur et sur sa déclaration concernant son attachement à la relation personnelle et politique qui le lie au président.
Ces repères positifs n'écartent toutefois pas la crainte que continue d'éprouver M. Aoun quant à un retour réel et effectif de M. Hariri et de sa famille au Liban, la présence de sa famille étant désormais considérée à Baabda comme un vrai gage de sa liberté.
Quoi qu'il en soit, poursuit notre correspondante qui cite des sources proches du palais présidentiel, personne ne sait à ce stade quelle sera la suite des événements à son retour et quelles en seront les conséquences.
Une chose est sûre : M. Hariri ne reviendra pas sur sa démission pour le simple fait que s'il le faisait, il confirmerait ainsi que la démission avait effectivement été annoncée sous la contrainte. Par conséquent, le scénario le plus probable est qu'il présente sa démission en bonne et due forme dès son retour pour permettre aux consultations parlementaires de prendre leur cours. Il serait alors de nouveau désigné et chargé de former un gouvernement, sauf qu'il ne pourra y inclure le Hezbollah cette fois-ci s'il veut s'en remettre aux directives de Riyad, tout en sachant que le Hezbollah à son tour ne voudra rien d'autre qu'un gouvernement politique au sein duquel il siégerait.
Saad Hariri se retrouverait ainsi dans une impasse réelle et devrait se contenter d'expédier les affaires courantes en attendant que se décante la situation. Selon les observateurs, le Premier ministre démissionnaire est conscient des difficultés qui l'attendent à son retour, s'il aura lieu, et des nouveaux enjeux en cause. Il aurait même insinué en direction de la possibilité de continuer à expédier les affaires courantes jusqu'à l'échéance des prochaines législatives prévues en mai prochain, une échéance qui n'est pas très loin en définitive, sachant que les différentes parties politiques sont déjà engagées sur la voie.
Par ailleurs, le chef de l'État a reçu un appel de son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, qui lui a assuré le soutien de la Turquie à la souveraineté, à l'indépendance et à la stabilité du Liban.
Pour sa part, le président du Parlement, Nabih Berry, a déclaré devant ses visiteurs que le « renoncement de Saad Hariri à sa démission est chose équitable ».

