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Liban

Le patriarche Raï en Arabie saoudite « dans deux semaines »

La situation
Fady NOUN | OLJ
03/11/2017

Ce sera « une visite d'un jour » et elle aura lieu « dans deux semaines ». Ce sont les seuls détails fournis par le patriarche maronite, le cardinal Béchara Raï, au sujet de la visite considérée unanimement comme « historique » qu'il doit effectuer en Arabie saoudite, « la première d'un chef religieux chrétien depuis... le Prophète », aux dires d'un historien. Ce ne sera pas, toutefois, la première dans un pays du Golfe. Le patriarche avait déjà effectué une visite officielle au Qatar.

« L'invitation a été transmise oralement » par le chargé d'affaires saoudien, Walid Boukhari, mercredi, a précisé une source informée au siège patriarcal de Bkerké, La date exacte de la visite n'a pas encore été fixée, et son programme, prévisible, n'est pas encore connu. Il va de soi qu'aucune « condition » n'a été posée par les responsables saoudiens à cette visite, a expliqué le chef de l'Église maronite dans un grand entretien accordé en soirée à la LBCI, encore qu'on ne voit pas très bien à quelle « condition » il est fait allusion.

Comme l'a précisé mercredi le diplomate saoudien, cette visite est « inséparable du nouveau cours imprimé au royaume wahhabite par le prince héritier Mohammad ben Salmane », qui a lancé un plan de modernisation à l'horizon 2030, et a commencé à prendre des mesures d'émancipation de la société, notamment des femmes, qui seront autorisées à conduire et à assister aux matches de football dès l'an prochain, sans compter le lancement d'un chantier de construction urbain géant sur la mer Rouge et « le retour à un islam modéré du juste milieu, ouvert sur le monde » qui fera la guerre à tout extrémisme et aura « des relations normales avec les autres religions », comme l'a précisé le prince héritier la semaine dernière.

Le timing de l'invitation est tout à fait remarquable, n'ont pas manqué de confirmer les observateurs, et s'inscrit bien dans le cadre de l'ouverture politique en Arabie saoudite et du come-back diplomatique arabe d'un royaume qui, il y a encore deux ou trois ans, se dédisait et sanctionnait le Liban en le privant d'une aide de 3 milliards de dollars à l'armée, pourtant offerte comme don qu'on ne saurait reprendre.
L'invitation dit quelque chose aussi du patriarcat maronite, et du Liban, exception culturelle et politique et « porte » d'un monde arabe qui s'ouvre à la modernité. Elle pourrait même donner a posteriori la clé du sourire que le Premier ministre affichait sur le selfie qui le montre, au retour de son voyage-éclair à Riyad, avec le ministre saoudien chargé des Affaires du Golfe, Thamer al-Sabhane.

 

(Lire aussi : Les bruits de bottes presque inaudibles au Liban)

 

« Valeur ajoutée »
Le patriarche prendra l'avion pour l'Arabie saoudite chargé de tout ce que le Liban représente comme « valeur ajoutée » dans une région en pleine crise, sinon en pleine reconstitution : celle d'un modèle de convivialité qui lui fait honneur, malgré les « couacs », et d'une « distanciation » qui ne signifie pas indifférence aux grandes causes arabes, mais refus d'appartenance à un axe contre l'autre.
Nul doute aussi que le patriarche Raï, épousant là-dessus les thèses du chef de l'État comme il l'a fait hier soir, n'explique à des hôtes saoudiens que le Liban ne saurait brader ce qu'il a de plus précieux, son unité nationale, en prenant parti pour un axe contre l'autre, et qu'il attend en outre, de ces derniers, l'arrêt de ces appels impossibles à prendre position contre une partie de son propre peuple.

Dans son entretien, hier, il l'a mentionné d'ailleurs directement, en affirmant, comme l'avait également fait le chef de l'État, en début de semaine, que la question du Hezbollah « ne peut être réglée par le Liban seul », mais relève d'un règlement concomitant régional et international. « Non pas que nous devrions attendre le règlement de la question palestinienne, car alors il faudra attendre mille ans », s'est-il dépêché d'ajouter.
Au passage, le patriarche a plaidé avec passion la cause des Libanais ayant fui la bande frontalière, en 2000, et aujourd'hui empêchés de rentrer au Liban, où ils craignent pour leur liberté.
Le patriarche devait confier aussi au journaliste Marcel Ghanem qu'il soulèvera avec ses hôtes la grave question de Jérusalem et de la paix en Terre sainte.

Dans certains milieux, on souhaite au patriarche le courage de soulever la grave question de la liberté de culte en Arabie saoudite, où l'affichage public de la croix est réprimé, pour ne rien dire du culte eucharistique, dans un pays qui abrite 100 000 Libanais, sans compter des centaines de milliers d'ouvriers asiatiques, en bonne partie chrétiens.

Comme de juste, d'ailleurs, le patriarche a reçu hier l'ambassadeur de l'Azerbaïdjan au Liban, Agha Salim Choukrov, qui lui a transmis une invitation officielle à visiter son pays et à participer à un important congrès de la solidarité islamique qui se tiendra en décembre sous la présidence du chef de l'État azerbaïdjanais, Ilham Aliev, et auquel doivent assister quelque 700 représentants de toutes les grandes religions du monde.

 

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Paon Ardent

Je suggere plus simplement de restaurer une des eglises du 7eme ou 8eme siecle, detruites ou en ruines.

Antoine Sabbagha

Au nom de la politique d’ouverture spirituelle, verra-t-on après la visite du patriarche Raï en Arabie saoudite, une Eglise chrétienne pouvant accueillir les fidèles ? Espérons .

Salim Dahdah

Il faudrait espérer que l'Arabie Saoudite, à l'occasion de ce voyage, symbole d'ouverture, annoncera son accod pour la construction de la première Eglise et de surcroit, celle d'Orient...!Quel cadeau ce sera, autant pour le Cardinal Rai que pour les Chrétiens du Monde et plus particulièrement pour ceux d'Orient !

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