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Idées

Proposition d’ordre du jour pour des négociations américano-iraniennes

Diplomatie
03/11/2017

Le Président américain Donald Trump a décidé de ne pas reconnaître la conformité de l'Iran aux termes du Plan d'action global conjoint (JCPOA), l'accord limitant le programme d'armement nucléaire de l'Iran. En effet, Trump a contesté la décision du Congrès de faire ce qui relève normalement de la responsabilité du pouvoir exécutif : créer la politique étrangère.
Ce que sera cette politique demeure une question ouverte. Alors que le Congrès prépare déjà des sanctions, elles ne constitueront pas par elles-mêmes une stratégie globale sur l'Iran. Au lieu de cela, les États-Unis et l'Iran vont devoir négocier directement sur un éventail de questions non nucléaires.
À ce stade, nul ne peut affirmer que l'Iran manque à se conformer à ses obligations au titre du JCPOA. Même le Secrétaire d'État américain Rex Tillerson, qui ne cache pas son dédain envers l'Iran, se plaint seulement de ce que les dirigeants iraniens violent « l'esprit » de l'accord. Mais le JCPOA met clairement - et délibérément - l'accent sur le ralentissement du développement d'armes nucléaires par l'Iran, pas sur ses ambitions régionales, sur ses programmes de missiles, ou son animosité à l'égard d'Israël.

Intérêts contradictoires
L'administration Trump est également en désaccord sur la question des limites temporelles du JCPOA, dont certaines dispositions - comme les limites strictes sur la recherche et le développement de centrifugeuses avancées - sont en vigueur pour seulement dix ans. Les dénonciations de l'accord par Trump ont alimenté un débat sur la pertinence des limites temporelles, même si les discussions de ce genre échouent souvent à reconnaître que l'Iran a accepté de se conformer aux normes de l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique, notamment à ses protocoles d'inspection avancée. Dans tous les cas, la clé de la prévention contre la récidive après l'expiration des dispositions de caducité du JCPOA va consister à faire évoluer l'Iran vers des politiques de bon voisinage et à s'assurer que ses intérêts économiques l'emportent sur son ambition de devenir une puissance régionale hégémonique. C'est là que les négociations bilatérales entrent en scène.
L'une des raisons pour lesquelles le JCPOA ne couvre pas les questions non nucléaires, c'est que plusieurs autres partenaires et alliés (la Chine, la France, l'Allemagne, la Russie, le Royaume-Uni et l'Union européenne), ont été impliqués et que chacun avait sa perspective et ses objectifs propres. Les puissances régionales avec des sièges aux premières loges aux pourparlers, comme l'Arabie Saoudite, ont également eu beaucoup à dire. Réconcilier les intérêts et les exigences contradictoires de ces acteurs par rapport à l'éventail complet des questions pertinentes aurait été quasi impossible. Des négociations bilatérales entre les États-Unis et l'Iran pourraient cependant permettre aux États-Unis de progresser sur les questions qui sont importantes pour eux et, ce qui est tout aussi important, de mieux comprendre l'Iran moderne.
De telles négociations pourraient probablement commencer par une longue discussion sur les interprétations contradictoires sur les deux côtés de l'histoire de leur relation - en d'autres termes, sur les griefs de chaque pays avec l'autre. Pour l'Iran, ces griefs comprennent le soutien des États-Unis en faveur du coup d'État de 1953 en Iran et les liens de l'Amérique avec le Shah et avec sa police secrète brutale, la Savak. Les États-Unis, quant à eux, vont probablement soulever l'enlèvement en 1979 du personnel de l'ambassade américaine par le régime révolutionnaire naissant et plus récemment, le ciblage de troupes américaines à l'aide de milices chiites dans le Sud de l'Irak. Ces discussions devront comporter des questions détaillées et des réponses précises. Les groupes de travail pourraient être créés pour tenter de créer un récit commun.

Montagne de méfiance
Les négociations devront également couvrir les questions contemporaines, notamment un tour d'horizon des zones troubles. Que fait l'Iran au Yémen, au Liban, en Irak et en particulier en Syrie ? Comment définit-il ses intérêts dans ces pays ? Se considère-t-il, comme l'affirment de nombreux Arabes sunnites, comme un protecteur des Arabes chiites ?
En Irak, les États-Unis ont beaucoup investi pour renverser le régime de Saddam Hussein, puis en soutenant un processus politique qui a produit un gouvernement dirigé par des chiites - un résultat positif, du point de vue de l'Iran. La question clé est alors la suivante : pourquoi l'Iran continue de soutenir des groupes de miliciens qui ont souvent miné le gouvernement irakien ?
En Syrie, l'Iran a agi rapidement pour soutenir le président Bachar el-Assad. Le soutien de l'Iran en faveur d'un gouvernement dominé par la minorité alaouite a clairement affaibli les États arabes sunnites, en particulier l'Arabie saoudite, qui considère avec une grande inquiétude ce « croissant chiite » juste en face de sa frontière du Nord. L'Iran ne peut pas vraiment s'attendre à ce que les Saoudiens soient indifférents à un tel changement dans leur position géostratégique.
Mais l'Iran n'est pas le seul acteur à devoir expliquer sa stratégie face à la Syrie. Les États-Unis ont eux aussi jusqu'à présent mené des politiques qui, pour dire le moins, n'ont pas toujours eu de justification évidente. Il est maintenant temps que les États-Unis jouent cartes sur table. Cherchent-ils un changement de régime, ou vont-ils se contenter des changements politiques que le gouvernement syrien va finir par choisir ?
Et qu'en est-il d'Israël ? Au cours de sa présidence de 2005 à 2013, Mahmoud Ahmadinejad a enflammé l'opinion mondiale à plusieurs reprises en se demandant si l'Holocauste avait vraiment eu lieu. Est-ce que ce genre d'ignorance et de mépris à l'égard du peuple juif persiste chez les dirigeants actuels de l'Iran ?
La dernière question vitale qui doit être prise en compte dans les négociations bilatérales entre les États-Unis et l'Iran est l'activité militaire iranienne, en particulier ses programmes de missiles. L'Iran évoque souvent son droit d'entretenir une armée moderne, avec des missiles sophistiqués, bien qu'à la différence de la Corée du Nord, ce pays n'aille pas jusqu'à revendiquer son droit à détenir des armes nucléaires. Pour déterminer le rôle et les capacités militaires appropriés de l'Iran, des pourparlers directs entre les États-Unis et l'armée iranienne, comme ceux que les États-Unis ont eu avec la Chine, pourraient être de mise.
Les États-Unis ne peuvent pas continuer de fonder leur politique à l'égard de l'Iran - un pays immense avec une population de plus de 80 millions d'habitants, une économie en expansion et une forte influence régionale - sur les sanctions et le vitriol. De même, l'Iran doit retirer ses slogans maléfiques tels que « Mort aux États-Unis » et s'employer plutôt avec les États-Unis à faire avancer ses propres intérêts et ses aspirations. Peut-être que la montagne de méfiance sera finalement trop élevée pour que les deux pays puissent la gravir. Mais si cela permet d'atteindre l'autre versant, cela vaut la peine d'essayer.

© Project Syndicate, 2017.

Christopher R. Hill est un ancien sous-secrétaire d'État américain pour l'Asie de l'Est (2005 – 2009) et doyen de la Korbel School of International Studies de l'Université de Denver.

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