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Êtes-vous sûrs que tout va bien ?

Théâtre
28/10/2017

Everything is just fine (Tout va très bien, prenez une grande inspiration), performance trilingue (arabe, suisse allemand et anglais) écrite et jouée par Yara Bou Nassar et Annalena Frölich à Station Beirut, questionne la capacité du corps humain à assumer toutes sortes d'anxiétés et de petites violences quotidiennes.
Dès les premiers instants, le duo libano-suisse donne le ton... de la confidence. S'adressant directement au public, les deux actrices racontent de manière décontractée les quelques troubles obsessionnels et compulsifs qui les torturent au quotidien. Sourires (de compassion ?) dans la salle. Après cette brève mise à nu en guise d'introduction, les actrices endossent leurs rôles. Celui de femmes vivant, pour une durée déterminée, dans un monde parallèle et expérimental, surveillées constamment par l'œil des caméras. Le décor, aux allures blanchâtres d'hôpital, et l'attitude robotique des comédiennes donnent alors à la pièce l'aspect d'un jeu de simulation vidéo SIMS, où le joueur doit tenir son personnage en vie en le lavant, le nourrissant et le divertissant.
À cette ambiance sordide et parfaitement incarnée par Bou Nassar et Frölich, s'ajoute une musique profonde et électrique, jouée en live par le talentueux musicien et compositeur Paed Conca, qui installe un rythme régulier, puis rapide et angoissant au fil des séquences.

Souriez, vous êtes filmées
Les deux cobayes informent les caméras de leur état de santé et de leurs états d'âme. Au début, elles déclarent de manière sereine qu'elles se sentent bien, pas de douleur, ni d'angoisse, aucun problème à signaler. Puis, le discours change, et leur manière de s'exprimer aussi. Si l'une persiste à affirmer que tout va bien même lorsque son corps subit quantité de désagréments, l'autre manifeste davantage de mal à se contenir et exprime librement douleurs et anxiétés. La pression monte, le mal-être des deux personnages devient presque palpable. Déambulant dans leur univers de manière automatique, affichant une expression neutre, elles véhiculent la tension à travers les gestes, les corps et la danse.
« Souvent, on dit que tout va bien, mais on ne le pense pas vraiment », remarque Yara Bou Nassar à l'issue de la représentation, « il y a toujours cette pression, surtout aujourd'hui avec tous ces réseaux sociaux, où l'on doit avoir l'air d'aller bien, alors que l'anxiété quotidienne est en train de miner notre corps et notre moral ».
Cette pièce, qui mêle éléments autobiographiques et témoignages recueillis suite à plusieurs ateliers de travail, a pour but de mettre le doigt là où ça fait mal, sur les violences, directes ou latentes, du quotidien. « La violence, ce n'est pas uniquement la guerre et les armes, elle est souvent plus subtile que cela, et l'on ne s'en rend pas forcément compte. Cela affecte pourtant notre manière de marcher, nos mouvements, notre sommeil, notre santé, etc. », dit-elle.
Voilà donc un spectacle qui arrive à bouleverser le public de façon particulièrement ingénieuse autour d'un problème universel et extrêmement personnel à la fois.

* Station Beirut, Jisr el-Wati, jusqu'au 29 octobre, à 20h30.

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