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Moyen Orient et Monde

Nouvelle tempête de sable entre le Maroc et l’Algérie ?

Maghreb

Les accusations portées par le ministre algérien des AE contre les banques marocaines ont eu l'effet d'une petite bombe sur les relations entre Rabat et Alger.

Pierre DAEL | OLJ
26/10/2017

Dans la longue saga des incidents diplomatiques entre le Maroc et l'Algérie, la dernière en date devrait rester dans les annales. C'est le ministre algérien des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, qui a allumé la mèche le 20 octobre courant en déclarant depuis Alger que « les banques marocaines, on le sait, c'est le blanchiment de l'argent du haschisch ». Des propos vivement condamnés par Rabat et qui ont eu l'effet d'une petite bombe diplomatique, alors que les relations entre les deux pays voisins sont au plus bas depuis quelques années. « Jamais un responsable algérien n'avait fustigé le Maroc avec autant de vulgate et d'approximations diffamatoires », estime Omar Benjelloun, enseignant chercheur en relations internationales et avocat.

Rabat a immédiatement rappelé son ambassadeur à Alger pour « consultation », tandis que les officiels algériens ont préféré ne pas s'exprimer sur la polémique. « Si la déclaration de M. Messahel semble inédite, elle reflète néanmoins parfaitement ce que les officiels à Alger disent tout bas », explique Yahia H. Zoubir, professeur de relations internationales et directeur de recherche en géopolitique à Kedge Business School. Le retour du Maroc dans l'Union africaine, le refus de l'autocritique et les difficultés qu'éprouve Air Algérie face à la Royal Air Maroc auraient alimenté les exaspérations des officiels algériens. « Il justifie son "algérianité" et défend le bilan économique de son pays en fustigeant son voisin », regrette un officiel algérien.

La polémique devrait toutefois assez vite dégonfler. Même si « les Algériens ne présenteront pas d'excuses, c'est loin d'être une première, et les choses retourneront à la normale », estime Yahia Zoubir. Mais les tensions entre Rabat et Alger ne devraient pas pour leur part disparaître, ou même diminuer. Le conflit des frontières constitue toujours le principal obstacle à un rapprochement.
Depuis 1994, et l'attentat terroriste mené par un groupe d'activistes algériens à Marrakech contre des touristes espagnols, les relations entre les deux pays se sont largement distendues. La décision d'imposer un visa à tous les Algériens et la fermeture des frontières ont jeté un froid sur la coopération entre Alger et Rabat. « Les événements de Marrakech ont justement torpillé la réconciliation opérée par le président (Chadli) Bendjedid et surtout le défunt président (Mohammad) Boudiaf, assassiné par des clans hostiles au Maroc », explique Omar Benjelloun.

C'est aussi la question du Sahara occidental qui refait régulièrement surface. Il s'agit du principal litige entre le Maroc et l'Algérie, zone que se disputent les deux États maghrébins. Le premier, qui a sous son contrôle la totalité de la région, accuse le second de financer et d'armer les rebelles du front Polisario qui revendiquent l'indépendance du Sahara occidental. L'Algérie a des prétentions sur la zone, notamment pour l'accès qu'elle peut lui procurer sur l'océan Atlantique. Depuis la bataille d'Isly en 1844 et le traité de Lalla Maghnia, imposé par la France, qui retranchent au Maroc une partie de son territoire au profit de son voisin, les discussions et tensions autour de la question des frontières n'ont jamais véritablement cessé. Preuve en est, la guerre des sables de 1963, une invasion par le royaume chérifien des terres algériennes dont le but était de récupérer les zones et villages contestés. « Il y a chez les Algériens une amertume par rapport à la guerre des sables, notamment chez les décideurs militaires et politiques, que l'on retrouve aujourd'hui », précise Yahia Zoubir.

L'éventualité d'une montée des tensions ne semble pas non plus certaine. « L'Union des peuples résiste à ces tensions à auxquelles viennent s'ajouter aujourd'hui les contraintes géopolitiques qui ont amené les deux pays à se rapprocher et penser, dans les faits, le dépassement de la concurrence froide », estime Omar Bendjelloun. Émettre l'idée d'un rapprochement et de liens économiques et politiques bilatéraux semble toutefois audacieux, estime de son côté Yahia Zoubir, plus nuancé. « Lorsqu'ils le veulent, ils peuvent entrer dans des partenariats économiques. Mais les deux pensent qu'ils n'en ont pas besoin, alors qu'une intégration maghrébine serait dans l'intérêt des deux pays », explique-t-il.

 

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FAKHOURI

Je suis résident au Maroc depuis 6 ans
C'est un pays ou il fait bon vivre pour un retraité, pays en paix et tolérant
J'ai vécu dans beaucoup de pays arabes. Aucun de ces pays ou la liberté est un mot inconnu
Le Roi Mohammed VI est un roi "social". Il fait beaucoup pour améliorer la vie des plus demunis
Et c'est grâce à lui, que les réfugiés syriens parqués par l'Algérie à la frontière ont été accueillis au Maroc. Je me suis rendu au Sud Sahara, tant perturbé par l'Algérie, le Maroc investi beaucoup dans cette région
Les accusations sur les banques marocaines sont irrecevables. Elles sont toutes plus ou moins liées avec des banques françaises.

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