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Moyen Orient et Monde

Audrey Azoulay, nouvelle « patronne » de l’Unesco pour 4 ans

Nations unies

Aidée par les divisions interarabes, l'ancienne ministre de la Culture a coiffé au poteau le Qatari Hamad al-Kawari.

14/10/2017

Audrey Azoulay, ancienne ministre française de la Culture, a été élue hier soir directrice générale de l'Unesco au terme d'une semaine riche en rebondissements et six tours de scrutin dont deux pour la seule journée d'hier. La Française, qui va succéder à la Bulgare Irina Bokova, devient ainsi la seconde femme choisie pour diriger l'Unesco. Une élection qui intervient alors que l'organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture, en proie aux luttes intestines, est particulièrement affaiblie au lendemain du départ surprise des États-Unis et d'Israël.


Alors que la candidate française était arrivée la veille en deuxième position ex aequo avec l'Égyptienne Mouchira Khattab derrière le candidat du Qatar, Hamad el-Kawari qui avait deux voix d'avance, il a fallu un premier tour dans la matinée d'hier pour que Mme Azoulay élimine sa concurrente égyptienne avant d'affronter le Qatari.

 

(Portrait : Audrey Azoulay, femme de gauche et ancienne ministre française de la Culture)


Lors de l'ultime tour d'un scrutin très serré entamé lundi, les 58 membres du conseil exécutif de l'Unesco ont préféré la candidate française au représentant qatari, par 30 voix contre 28. Audrey Azoulay a reçu le soutien de l'Égypte, dont la candidate avait été éliminée sur la dernière ligne droite. Le Caire a néanmoins demandé à l'Unesco, dont le siège se trouve dans la capitale française, « la vérification des violations détectées tout au long du processus électoral », selon un porte-parole du ministère égyptien des Affaires étrangères.


L'élection de la Française est arrivée au terme de cinq jours mouvementés faits d'alliances, mésalliances, retraits et volte-faces. Il y avait dans cette course plusieurs candidats arabes dont la Libanaise Véra el-Khoury Lacoeuilhe, qui s'est retirée jeudi laissant Mouchira Khattab et Hamad el-Kawari dans une chasse voix par voix, alors que l'on aurait pu espérer un arrangement pour qu'un Arabe soit élu à la tête de la prestigieuse organisation onusienne. Au final, c'est donc Mme Azoulay qui a récolté les fruits de cette désunion.


Le candidat du Qatar, qui faisait la course en tête depuis le début malgré la résurgence de vieux soupçons d'antisémitisme relayés par le Centre Simon Wiesenthal Europe, ne faisait pas l'unanimité des pays arabes en délicatesse avec Doha. En juin, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l'Égypte ont en effet rompu leurs relations diplomatiques avec le Qatar, l'accusant de soutenir des groupes extrémistes et de se rapprocher de l'Iran. Ces quatre pays ont imposé un embargo au Qatar, qui a rejeté toutes les accusations à son encontre, y voyant une ingérence dans sa politique étrangère.


La bataille a cependant été âpre pour prendre le leadership d'une organisation déjà fragilisée par ses dissensions et ses difficultés économiques, et à laquelle les États-Unis et Israël avaient porté « un coup dur » avec l'annonce jeudi de leur départ, selon la directrice générale sortante de l'organisation, la Bulgare Irina Bokova. Washington et Tel-Aviv ont voulu ainsi exprimer leur exaspération face à une organisation qu'ils accusent d'être anti-israélienne. Les États-Unis avaient déjà suspendu leur contribution financière régulière il y a six ans. C'est l'admission en 2011 de la Palestine au sein de l'Unesco qui avait entraîné cette interruption des versements de fonds, représentant près du quart du budget de l'agence, par Israël et les États-Unis.

 

(Pour mémoire : Unesco : le monde arabe divisé face à une opportunité historique)

 

 

Restaurer la crédibilité de l'organisation
Soulignant que l'Unesco traversait des temps difficiles, Mme Azoulay a déclaré, après l'annonce de sa victoire, que « dans un moment de crise, il faut plus que jamais s'impliquer, chercher à la renforcer, et non pas la quitter ». Mme Azoulay a répété que la « première chose à laquelle elle s'attacherait », si la conférence générale la confirme en novembre, serait « de restaurer la crédibilité de l'organisation et la confiance des États membres ». L'élection de Mme Azoulay sera soumise le 10 novembre au vote de la Conférence générale qui réunit les représentants des 195 États membres de l'organisation tous les deux ans.
« Félicitations à Audrey Azoulay! La France continuera à se battre pour la science, l'éducation et la culture dans le monde », a twitté le président Emmanuel Macron. Berlin a appelé de ses vœux à « une Unesco forte ». Mais le porte-parole de la chancelière Angela Merkel, Steffen Seibert, a également rappelé que le gouvernement allemand « critiquait aussi depuis quelque temps la politisation (du) travail très important » effectué par l'Unesco « par certains membres ».


Née en 1972, Audrey Azoulay a été ministre de la Culture et de la Communication de la France de février 2016 à mai 2017. Elle a débuté sa carrière en occupant des postes de direction dans le secteur de l'audiovisuel public français et a exercé ensuite la fonction de rapporteur à la Cour des comptes et d'experte en législation pour la Commission européenne dans les domaines de la culture et de la communication.

 

Pour mémoire

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Melki Elias

Saluons, encore une fois, la "performance" des responsables arabes !
Alors que ce poste était promis à un Arabe, ils ont réussi, à cause de leurs sempiternelles querelles, à se ridiculiser, en agissant contre leurs propres intérêts. "La résurgence de vieux soupçons d'antisémitisme relayés par le Centre Simon Wiesenthal Europe..." etc. Evidemment. Mais les Arabes, à vrai dire, n'ont pas besoin d’adversaires ou d'ennemis pour se ridiculiser.

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