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Culture

« Prendre le oud, c’est faire exister le peuple palestinien... »

Rencontre

De passage à Beyrouth pour y donner un concert dans le cadre de LibanJazz, le Trio Joubran annonce une collaboration imminente avec l'ex-Pink Floyd Roger Waters.

13/10/2017

Il y a quelques jours, la Palestine était à l'honneur au MusicHall Waterfront de Beyrouth : les frères Joubran, oudistes de renom, y ont donné un concert (dans le cadre de LibanJazz) exceptionnel à plus d'un titre. En effet, si la virtuosité de leur prestation justifie le qualificatif, c'est surtout qu'ils sont extrêmement rares sur scène en ce moment. Une occasion pour L'Orient-Le Jour de les rencontrer.

Lors du concert, l'aîné des trois frères, Samir Joubran, avait laissé filer un scoop de taille. À la fin du premier morceau, il a pris la parole et raconté, sur le ton de la confidence, que le trio travaille actuellement sur son prochain album, puis il a lâché, l'air de rien, l'info croustillante : le projet se fait en collaboration avec Roger Waters, l'un des membres fondateurs des Pink Floyd.

Les univers sont différents, certes, mais la rencontre n'est pas surprenante. Roger Waters – l'une des légendes du rock, souvent comparé à Mick Jagger et Paul McCartney – s'est fait ces dernières année ambassadeur officieux du BDS (boycott, désinvestissement et sanctions), dont le but est de mettre la pression sur Israël par le biais d'un boycottage de la société civile internationale pour que le pays « honore ses obligations de reconnaître le droit inaliénable du peuple palestinien à l'autodétermination », selon le site officiel du mouvement. Waters est d'ailleurs en ce moment même au cœur d'une tourmente médiatique qui l'accuse d'antisémitisme.

 

(Lire aussi : Pour le Trio Joubran, « être artiste, c’est résister »)

 

« Chez moi partout »
Wissam, le cadet de la fratrie, raconte : « L'information était confidentielle jusqu'à hier, mais Samir a senti que le moment était venu d'en parler publiquement. » Si la nouvelle souligne la dimension engagée dans la démarche du trio, les frères se défendent de faire de la politique : « La fonction de l'artiste n'est pas d'aborder directement les sujets politiques. Mais par la situation de la Palestine, le seul fait de prendre le oud et de promouvoir la culture de notre peuple autour du monde, c'est le faire exister. En cela, il est clair que notre démarche n'est pas neutre. »

Dans cette perspective, leur concert à Beyrouth a été aussi l'occasion d'entendre les textes du poète palestinien Mahmoud Darwich, célèbre pour son travail sur l'exil, notamment. Les frères Joubran accompagnent de leurs ouds la voix de stentor, enregistrée, du poète. Adnane, le benjamin, parle de la genèse de la collaboration : « Nous nous connaissions très bien. Un matin, lors d'un voyage en Égypte, Mahmoud Darwich, préparant le café, nous a demandé de jouer un morceau de Mohammad Abdel Wahab, le célèbre artiste égyptien. Nous avons alors pris nos ouds et c'est ce jour-là que sont nés les morceaux que vous avez entendus lors du concert. »

 

(Lire aussi : Voyages dans le monde du oud avec le Trio Joubran)

 

L'exil, ou plutôt le fait de quitter la terre d'origine, c'est quelque chose que les frères Joubran connaissent. À la question de savoir s'ils ont parfois l'impression de ne plus être chez eux, ni dans leur pays actuel, la France, ni en Palestine, les frères sont catégoriques : « Lorsqu'on doit se déplacer si souvent, on doit cesser d'être un étranger, pour être fort. On porte en soi sa culture, on ne l'oublie jamais, et c'est ainsi que l'on se sent toujours chez nous. » Et l'éloquent Wissam d'ajouter : « Je suis chez moi partout. Je m'exprime comme je veux, je parle comme je veux, je joue comme je veux et je fais des fautes comme je veux. »

Dans la capitale libanaise, les frères Joubran, accompagnés du percussionniste virtuose Youssef Hbeisch, ont fait vibrer le MusicHall. Leur musique a emporté l'adhésion du public. Le concert s'est terminé en apothéose, lorsque les frères ont joué d'un seul oud à six mains. Lorsque les cordes se sont tues, le public, comme un seul homme, s'est levé pour acclamer les artistes. C'est sous un tonnerre d'applaudissements que le Trio Joubran a quitté la scène beyrouthine.

 

 

 

Pour mémoire

Le Trio Joubran, ou quand le verbe se fait musique

 

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