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Culture

« Blade Runner 2049 » : Villeneuve s’approprie le mythe de Scott

Blockbuster

Le nouveau film du réalisateur canadien était l'œuvre la plus attendue de cet automne. Excités par les bandes- annonces, le casting et le buzz autour du projet, les fans ne seront pas déçus par cette suite respectueuse, mais libre.

07/10/2017

Sorti en 1982, l'original Blade Runner, la grande œuvre de Ridley Scott, avait vécu un enfer. Pendant le tournage, d'abord : entre les acteurs et l'équipe, personne ne s'entendait. Ensuite, en production, où pas moins de 8 versions ont existé. Enfin, à la sortie, avec un flop aussi retentissant que les attentes étaient importantes : Scott venait de connaître le succès avec Alien, Ford était déjà le héros adulé des 2 premiers Star Wars et allait endosser le cuir d'Indiana Jones, et le scénario tiré d'une nouvelle de Philipp K. Dick ouvrait des thématiques et proposait un univers intéressant. Mais le résultat était trop déprimé, le rythme trop lent, l'atmosphère trop sombre, le film trop en avance.

Reprendre Blade Runner, film devenu culte au fil des ans, était une opération casse-gueule. Mais c'est Ridley Scott lui-même qui a produit cette suite et il fallait la personnalité de Denis Villeneuve pour réussir le pari : prendre le projet à bras-le-corps et faire fi de l'influence de Scott. Très rapidement, Villeneuve lui a gentiment demandé de ne plus venir sur le plateau et de le laisser faire. Grand bien lui a pris, car le pari est réussi, et le film est une véritable œuvre personnelle. Moins neurasthénique que l'original, Blade Runner 2049 est un film compact et immersif, dans lequel le spectateur est littéralement plongé. Expérience visuelle et sensorielle, il doit impérativement être vu sur grand écran. Plutôt que de tout changer, le réalisateur canadien enrichit l'univers créée par Scott et reste dans la même veine. Los Angeles est toujours sous la pluie et la neige, les gens y sont toujours aussi déprimés et habillés de la même manière, et les replicants (robots androïdes) y sont toujours pourchassés par d'autres.

 

Ici, Ryan Gosling
Pari réussi pour le casting : malgré un regard bleu ectoplasmique, l'ancien du club Mickey tire son épingle de chaque rôle qu'il endosse. Après le flic bas du front de Nice Guys l'année dernière, le trader cynique de The Big Short, Ryan Gosling joue ici un replicant à la poursuite d'autres replicants renégats, qui le pousseront à se questionner sur sa nature, son rôle, sa responsabilité. L'histoire de cet épisode est aussi une enquête, une quête, pour retrouver un bébé de 30 ans, enfanté par une réplicante et qui remettrait grandement en cause l'ordre actuel.

Malgré le fait qu'il soit loin d'être transcendant (il a même quelques failles), le scénario offre à Harrison Ford un superbe rôle, bien plus fort que son caméo freudien de Star Wars. Il est ici profondément humain, vieillissant, mais toujours puissant, drôle et attachant, et montre à Gosling qu'on peut transmettre beaucoup d'émotions rien que par un regard. Le miscast, et même le point faible du film, c'est le rôle de Jared Leto, très secondaire dans l'histoire, alors que très présent dans la promo. Il est le créateur omnipotent et effrayant, mais ne montre pas grand-chose de sa puissance.

Pari réussi pour l'image, aussi. Naturaliste malgré la période à laquelle il est tourné, le film vaut au chef opérateur Roger Deakins des louanges qui devraient le mener aux oscars. Sa touche donne à l'œuvre une certaine personnalité et le rend différent de l'original, tout en fumées et lumières, typiques du début de carrière de Scott. Idem pour la musique : en 1982, celle de Vangelis avait aussi joué un rôle prépondérant dans la construction de l'ambiance. Dans le film de Villeneuve, la musique, ou plutôt l'habillage sonore, sont impressionnants, et même si Johan Johannsson, le musicien qui collabore habituellement avec le réalisateur canadien, a été évincé du projet en septembre, on y retrouve sa patte, violente et sourde, tellurique et profonde, vibrante. Hans Zimmer, qui a pris la relève, s'est gardé de ses habituels arpèges, et on l'en remercie. Enfin, la production design du chef décorateur Dennis Gassner est superbe : le décor est construit sur ce qui avait été fait en 1982, et ouvre de nouveaux champs, d'autres horizons, mais toujours avec ce mélange d'industries et d'espaces délaissés, de modernité et de passé laissé à l'abandon, de froideur et d'intérieurs baroques.

La puissance est le maître mot de cette œuvre et de la filmographie de Villeneuve : on ne ressort jamais le même d'un visionnage villeneuvien. Et, bonne nouvelle pour l'industrie française, les automobiles de la police de Los Angeles en 2049 sont des Peugeot...

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