À quoi sert la grève ? Les profs sont de moins en moins persuadés de l'utilité d'une quelconque lutte. « Les caisses de l'État sont vides », « Et puis la grève, ça pénalise les élèves... », entend-on. La pression des « épiciers » a malheureusement fait son effet !
« Je vous l'avais bien dit : la grève, ça ne sert à rien », disent certains, un peu à la manière de badauds qui, témoins passifs d'un incendie, ironiseraient devant les ruines fumantes au sujet de ceux qui y auraient jeté leur verre d'eau.
Du coup, le prof protestataire sera adepte des grèves à la japonaise. Il se déclare gréviste pour entrer dans les statistiques (puisque la guerre se mène surtout avec des chiffres), mais il assure quand même ses cours, ou alors il les rattrape une fois la grève terminée. Il est à ce point persuadé de sa haute valeur pédagogique.
Il n'y a guère plus que notre nouveau syndicat pour faire mine de croire en l'efficacité de la grève... Mais sur qui les professeurs pourront-ils alors compter dans leur lutte contre l'injustice et la corruption ?
Le crime, comme le dit Sartre, est toujours triomphant et sublime, toujours content et fortuné, et la vertu comme on la voit également toujours pédante et toujours maussade. L'éducation, pour peu qu'elle soit considérée comme la priorité absolue d'un État, ne devrait jamais être soupçonnée de coûter trop cher. L'éducation ne doit en effet pas être envisagée comme un coût, mais bel et bien comme un investissement.
Effectivement, il n'est pas impensable que, pour attirer les candidats au professorat, qui se font rares, nous soyons rémunérés à la juste valeur de notre tâche. Tâche mineure, il est vrai : nous ne tentons que de relever l'ensemble d'un peuple vers les Lumières.
Nos lecteurs ont la parole - Par Diya Fawaz Wazen
Le règne des « épiciers »
OLJ / le 29 septembre 2017 à 00h00

