Alstom-Siemens, une fusion qui s’aligne sur la volonté de rapprochement France-Allemagne d’Emmanuel Macron. Sébastien Bozon/AFP
Le gouvernement français cherchait hier à rassurer sur l'avenir d'Alstom et de ses salariés en France au moment où le groupe négocie son rapprochement avec les activités ferroviaires de l'allemand Siemens. Les deux groupes industriels pourraient annoncer la fusion de leurs activités d'équipementier ferroviaire sous peu, à l'issue du conseil d'administration d'Alstom et du conseil de surveillance de Siemens. La perspective de la perte du contrôle d'un fleuron de l'industrie française, qui passerait sous pavillon allemand, suscite des craintes pour l'emploi, relayées par des élus et des syndicats. « Dans l'hypothèse d'un rapprochement, l'État veillera à une chose : que ce soit un mariage entre égaux, la valorisation respective des deux entreprises étant très proche », a promis le secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie, Benjamin Griveaux. Il a également fait état d'un « certain nombre de garanties, notamment en termes d'emploi et de gouvernance, (qui) seront inscrites dans les termes de l'accord ».
Alstom emploie 32 800 salariés, contre 27 100 pour Siemens Mobility (la branche rail). Le niveau d'emplois en France sera maintenu pendant quatre ans, le nouvel Alstom siégera en France et sera dirigé par l'actuel PDG du groupe, Henri Poupart-Lafarge, selon des informations publiées par Les Échos. « Les garanties, c'est vite changé. Siemens sera là pour gagner de l'argent », a réagi auprès de l'AFP Daniel Dreger, de la CGT (deuxième syndicat chez Alstom). Ce rapprochement est à la fois « une nécessité » pour lutter contre la concurrence chinoise, mais il « inquiète » car « il y aura de la casse sociale à moyen terme », estime la CFE-CGC d'Alstom, premier syndicat du groupe.
« Une nouvelle alliance »
Derrière ce rapprochement, plane l'ombre de CRRC, le géant chinois qui pousse la porte de l'Europe, et « pourrait s'appuyer sur l'acquisition d'un constructeur européen », selon Benjamin Griveaux. Une alliance entre Alstom et les activités ferroviaires de Siemens donnerait naissance au numéro deux mondial – en volume – pour le matériel ferroviaire roulant, et au numéro un pour la signalisation. Mais les élus Front de gauche d'Île-de-France Mobilité estiment « qu'un tel scénario n'a rien de l'Airbus du ferroviaire vanté dans la presse », puisqu'il ne repose sur aucun contrôle public. L'État français, qui détient actuellement 20 % du capital d'Alstom via des actions prêtées par Bouygues, a jusqu'au 17 octobre pour exercer son option d'achat. Les élus Front de gauche s'inquiètent par ailleurs de « restructurations potentiellement très dangereuses pour l'emploi industriel en France ».
La présidente LR de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, a quant à elle demandé le respect des « engagements de production en France qui ont été pris au moment des commandes », hier sur CNews. Le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung suggérait pour sa part que le canadien Bombardier, qui discutait avec Siemens et réunit aussi son conseil d'administration hier, pourrait s'inviter dans un deuxième temps en apportant au nouveau groupe ses activités ferroviaires.
Cette décision est également très politique, alors qu'Emmanuel Macron montre depuis son élection une volonté de rapprochement avec l'Allemagne, et présentait le même jour ses propositions sur l'avenir de l'Union européenne.
Un rapprochement entre ces deux groupes avait déjà été étudié en 2014 mais avait échoué, Alstom préférant céder ses activités énergie à l'américain General Electric et recentrer son activité sur le ferroviaire.
Source : AFP


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