Liban

Geagea et Joumblatt critiquent une confusion étatique

Festival de la Victoire

« Nous avons besoin d'une enquête », ironise le chef des FL.

OLJ
14/09/2017

Place des Martyrs, la scène dont l'aménagement était presque terminé en prévision du festival de la victoire – celle de l'armée contre les jihadistes du groupe terroriste État islamique dans les jurds de Qaa et de Ras Baalbeck – n'existe plus. L'événement était supposé avoir lieu ce soir, mais il avait été reporté comme on le sait mardi par les ministères organisateurs, la Défense et le Tourisme, qui avaient invoqué de nébuleuses « raisons logistiques ».
Quoi qu'il en soit, non seulement le motif avancé pour justifier ce surprenant « report » n'a convaincu personne, mais il continue de donner lieu à diverses interprétations politiques, ce qui a fait dire hier au leader des Forces libanaises, Samir Geagea : « Nous avons maintenant besoin d'une enquête pour déterminer les raisons pour lesquelles le festival a été annulé. » « Les Libanais attendaient pourtant cet événement pour célébrer la victoire de l'armée et de la logique de l'État qui a fini par prévaloir », a-t-il écrit sur son compte Twitter.
Dans l'entourage des deux ministères, on a essayé d'expliquer le report par la volonté d'attendre le retour du président Michel Aoun de New York, où il doit prononcer le discours du Liban à l'Assemblée générale de l'ONU, qui s'est ouverte hier. M. Aoun doit se rendre à la fin du mois aux États-Unis. Mais le démantèlement de la scène et le fait qu'on n'ait pas fixé de nouvelle date pour le festival confirment que celui-ci a été annulé et renvoie une triste image de l'État à qui nul n'aurait pourtant rien reproché s'il n'avait pas décidé de marquer d'une façon ou d'une autre la victoire de l'armée dans sa bataille contre les terroristes de l'EI, comme l'avait fait le Hezbollah, vendredi dernier, à Baalbeck. Dans ce contexte, le chef du PSP, Walid Joumblatt, a critiqué « une confusion sans pareille ». Sur son compte Twitter, le leader druze a ainsi écrit que ce report « reflète une déroute et l'absence d'une vision claire dans la gestion des choses les plus simples au niveau de l'État ».
Même si très peu de personnalités ont commenté le « report », dans différents cercles politiques, on n'a pas hésité à lui conférer une dimension politique, qui a poussé des sources militaires à préciser, à travers l'agence locale al-Markaziya, que les forces régulières n'étaient aucunement concernées par ce festival, ni au niveau de l'organisation ni au niveau des préparatifs, et encore moins au niveau du report.
L'explication la plus répandue au sein des milieux du 14 Mars est que ce serait les forces gravitant dans l'orbite du Hezbollah qui auraient conseillé aux organisateurs d'ajourner les célébrations, après l'appel du chef des FL à une participation massive. Samir Geagea avait mobilisé ses partisans et les Libanais, moins de deux heures avant l'annonce du « report », pour « saluer une armée qui a prouvé qu'elle était capable de protéger les frontières du Liban aussi bien face aux terroristes que contre Israël ». Ce serait surtout le risque que l'événement, qui coïncide avec le 35e anniversaire de l'assassinat du président Bachir Gemayel (le 14 septembre 1982), se transforme en plébiscite pour les forces hostiles au Hezbollah, et surtout pour « la République forte » à laquelle Bachir Gemayel aspirait et sur laquelle Samir Geagea insiste, qui aurait motivé l'ajournement de l'événement.
Dans une interview à al-Markaziya, Nabil Nicolas, membre du bloc parlementaire du Changement et de la Réforme, a assuré que ce sont des « considérations logistiques » qui ont motivé l'ajournement de l'événement, les organisateurs ayant réalisé que « le délai prévu pour les préparatifs du festival était trop court ».
Parallèlement, des sources toujours citées par l'agence ont évoqué des risques de sécurité justifiant le report ; des risques liés à l'infiltration, parmi le public, d'éléments armés dans la mouvance de l'EI qui pourraient se venger de la victoire de l'armée, alors que de nombreux officiels auraient été présents, ou à des clashes éventuels entre les participants qui appartiennent à différentes mouvances politiques, surtout si la commémoration de l'assassinat de Bachir Gemayel avait été évoquée. Des explications balayées dans les cercles du 14 Mars où l'on rappelle que l'élément sécuritaire est souvent brandi comme un épouvantail pour justifier toute sorte de décisions impopulaires ou illégales, comme les deux prolongations des mandats de la Chambre.

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