Lee Jae-yong, l’héritier de l’empire Samsung, premier conglomérat du pays, a été condamné vendredi à cinq ans de prison. Chung Sung-jun/AFP
La chute de l'héritier de l'empire Samsung condamné à cinq ans de prison pour corruption en Corée du Sud va favoriser une réforme des puissants conglomérats du pays et réduire l'emprise de ces géants sur la quatrième économie d'Asie, estiment des analystes.
Lee Jae-yong, vice-président du plus grand fabricant mondial de smartphones, Samsung Electronics, a été reconnu coupable vendredi dernier d'avoir notamment versé des pots-de-vin à l'ex-présidente sud-coréenne Park Geun-hye, emportée par le scandale. Le tribunal de Séoul a explicitement condamné les « liens de corruption » entre dirigeants d'entreprise et politiciens. Ce n'est pas la première fois que ces liens sont rendus publics.
« La trop grande influence financière des conglomérats sur le système politique par le biais de faveurs et amitiés est une préoccupation légitime », a déclaré à l'AFP Robert Kelly, professeur de sciences politiques à l'Université nationale de Pusan.
Samsung est de loin le plus important des chaebols, ces conglomérats sud-coréens contrôlés par des familles qui dominent l'économie, avec des recettes qui pèsent environ un cinquième du PIB de ce pays d'Asie de l'Est. Les chaebols ont contribué au miracle économique de la Corée du Sud, devenue en quelques décennies la quatrième économie d'Asie. À la faveur de leurs liens opaques avec les dirigeants politiques, les chaebols se sont vu accorder des privilèges dans le monde de l'entreprise et ont été protégés de la concurrence étrangère.
« Incarcération sans précédent »
Mais après le récent ralentissement du PIB, les frustrations ont commencé à monter en raison d'une répartition inéquitable des fruits de la croissance. Nombre de jeunes Coréens ont le sentiment que même en travaillant dur, ils ne verront jamais leur situation s'améliorer comme celle de leurs parents. Désormais, les chaebols font figure d'accusés aux yeux d'une opinion publique choquée par leur implication dans des schémas de corruption pour permettre aux familles fondatrices des conglomérats de conserver leur pouvoir.
Lorsque des millions de personnes sont descendues dans la rue pour réclamer le départ de la présidente en raison d'un scandale de corruption, leur colère était dirigée presque autant contre les conglomérats que contre Mme Park. Après la destitution en décembre 2016 de cette dernière, le nouveau président, Moon Jae-in, a remporté une large victoire à l'issue d'une campagne axée sur les réformes.
Le père de M. Lee, président de Samsung, a été précédemment lui-même condamné pour corruption et d'autres délits financiers, et le grand-père de Lee a aussi eu maille à partir avec la justice, mais n'a jamais été emprisonné. Les dirigeants de conglomérat ont bénéficié de tellement de privilèges par le passé qu'ils ne se retrouvaient jamais derrière les barreaux, leurs procès se terminant par des peines de prison avec sursis.
Mais la condamnation à cinq ans de prison ferme du vice-président de Samsung montre que personne n'est épargné. « L'incarcération sans précédent du dirigeant du plus puissant chaebol du pays va servir de catalyseur pour changer l'ensemble de la société », estime Chung Sun-sup, qui dirige le site spécialisé chaebul.com. La décision du tribunal qui a condamné Lee pousse la Corée du Sud vers « une économie capitaliste plus transparente », renchérit Kim Joon-woo, de l'organisation Avocats pour une société démocratique.
Le président Moon projette de réduire la concentration du pouvoir économique entre les mains des chaebols, de limiter les pratiques commerciales inéquitables et de renforcer la régulation. Des promesses de réformes faites par le passé et qui n'ont jamais abouti à de véritables changements, dans la mesure où « aucun politicien n'était vraiment libéré des liens complices avec les chaebols », observe l'ancien député du Parti de la justice, Park Won-wuk. « Mais à la différence de ses prédécesseurs, Moon n'a aucune dette » à leur égard, ajoute-t-il. Et « l'emprisonnement de Lee montre que les choses sérieuses commencent vraiment cette fois-ci ».
PARK Chan-kyong/AFP


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