Le gouverneur de la Banque du Japon, Haruhiko Kuroda, la présidente de la Fed Janet Yellen et son homologue de la BCE Mario Draghi au séminaire de Jackson Hole hier. REUTERS/Jade Barker
La présidente de la Fed Janet Yellen et son homologue de la BCE Mario Draghi ont soigneusement évité le sujet de la politique monétaire lors de leurs interventions au séminaire de Jackson Hole. Cela n'a toutefois pas empêché l'euro de décoller.
Mme Yellen s'est livrée à un plaidoyer en faveur du maintien de la régulation financière mise en place après la crise de 2008/2009 et aujourd'hui menacée par l'administration du président américain Donald Trump. M. Draghi a, lui, mis en garde contre le protectionnisme et également contre les risques d'un affaiblissement de la régulation. Mais il n'a livré aucune indication sur le calendrier qu'il observera pour mettre fin à la politique d'assouplissement quantitatif. Cela a profité à l'euro qui a décollé en passant au-dessus du seuil de 1,19 dollar et grimpant à un niveau qu'il n'avait plus atteint depuis 2015.
Face aux velléités de l'administration Trump de battre en brèche la régulation financière, Mme Yellen a prévenu que « tout ajustement dans le cadre réglementaire devrait être modeste et préserver l'augmentation de la résilience des grandes institutions financières et des banques ». Elle n'a toutefois pas cité spécifiquement le président américain et la politique de son administration.
M. Draghi a, de son côté, rappelé que « nous avons récemment constaté les dangers de l'ouverture des marchés financiers combinée à une régulation insuffisante. » Il a prévenu qu' « avec une politique monétaire très accommodante sur le plan international, les régulateurs devraient se méfier de rallumer les cendres des conditions qui ont conduit à la crise », estimant que « pour les grandes économies, les changements dans la régulation nationale ont des conséquences internationales. »
Optimisme
Les deux banquiers centraux se sont accordés également pour estimer que l'économie mondiale se portait beaucoup mieux et ont fait part de leur optimisme.
« La reprise mondiale s'affirme », a déclaré M. Draghi alors que Mme Yellen a estimé que « nous avons des raisons d'espérer que le système financier et l'économie affronteront moins de crises et s'en remettront plus rapidement ». Elle a toutefois mis en garde contre tout « optimisme excessif » des marchés. Hors les mouvements de l'euro, ces réflexions n'ont pas eu d'impact sur les marchés financiers.
« La présidente de la Fed n'a rien dit dans son discours sur la politique monétaire mais cela a pesé sur le dollar en maintenant élevée l'incertitude sur le fait de savoir si la Fed va ou non encore remonter ses taux d'intérêt cette année », a souligné Joseph Manimbo, analyste chez Western Union.
Le séminaire de Jackson Hole réunit chaque année les responsables des banques centrales. C'est là qu'en 2014, M. Draghi avait indiqué qu'il envisageait de suivre l'exemple de la Fed pour mener une politique « d'assouplissement quantitatif » pour relancer l'économie de la zone euro.
Tant la Fed que la BCE se retrouvent désormais avec des bilans hypertrophiés (4 500 milliards de dollars pour la Fed, 2 300 milliards d'euros, soit environ 2 740 milliards de dollars, pour la BCE) qu'elles doivent, dans le cas de la Fed, réduire et celui de la BCE arrêter d'accroître. Mécaniquement, une telle opération équivaut à un resserrement des conditions de crédit car cela réduit les liquidités disponibles sur les marchés financiers. Dans le cas de la Fed, Janet Yellen et les différentes communications de la banque centrale laissent présager le début prochain de la réduction de son bilan, peut-être dès septembre. Dans le cas de la BCE, Mario Draghi garde ses cartes encore bien cachées, suscitant les interrogations des marchés.
« Avec aucune indication sur un changement de la politique monétaire actuelle, les marchés vont maintenant regarder vers la réunion (de la BCE) du 7 septembre », a souligné dans une note Carsten Brzeski, de ING.
Source : AFP


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