Culture

Tarek Haddad à la recherche de l’abstraction du cercle

Rencontre

Quand au talent s'ajoute la bonne fortune, l'artiste est un homme heureux. Sélectionné parmi les diplômés en photographie, le jeune talent a exposé son projet à la galerie Janine Rubeiz.

24/07/2017

Nadine Begdache, propriétaire de la galerie Janine Rubeiz, reçoit un jour une lettre de motivation d'un jeune diplômé en photographie sollicitant son regard professionnel. Il s'agissait de son projet de diplôme. Initiative louable de la part de l'Université Notre-Dame de Louaïzé qui imposait à ses diplômés de postuler à des galeries afin d'y défendre leur projet et espérer ainsi exposer leur travail. Il lui a fallu du cran à ce jeune homme à l'allure timorée et au regard coton pour souhaiter se retrouver sur les cimaises de cette grande galerie libanaise. Mais Nadine Begdache a le flair au cœur, la sensibilité dans le regard et une âme de mécène. De Tarek Haddad elle dira : « Ses propos étaient clairs, le sujet intéressant, l'approche audacieuse, et son travail m'a interpellée, sans compter que cette démarche de la part de l'université était fortement à encourager. »

Quand le regard est doublé d'une réflexion
Et voilà Tarek Haddad, jeune diplômé de 27 ans, dans l'espace ensoleillé de la galerie à Raouché. À son regard étonné de se retrouver à jouer dans la cour des grands s'ajoute celui du visiteur quand il découvre un talent qui a provoqué le destin.
Tarek Haddad est né à Beyrouth en 1991. Après avoir obtenu un BS en computer sciences en 2013, il se lance dans la vie professionnelle et réalise très vite qu'il fait fausse route.
Ayant reçu son premier appareil photo en cadeau, il s'essaye en amateur, quitte son travail et décide de faire un BA en photographie à l'Université Notre-Dame de Louaïzé. Désormais, il se consacre pleinement à cet art sans se soucier des contingences matérielles.
Dans le champ lexical artistique de Tarek Haddad, plusieurs mots reviennent en leitmotiv. Dichotomie, explique l'artiste, « c'est la division de quelque chose en deux éléments que l'on oppose nettement. Pour moi, il s'agit de l'homme et de son rapport à la nature ». Ou holisme : « Un mode de pensée qui permet d'expliquer des faits sociaux élémentaires par d'autres faits sociaux » ou encore utilitarisme : « Une philosophie qui consiste à prouver que plus les personnes sont heureuses, plus la société se porte bien. » Ce jeune homme a t-il toujours été féru de connaissances philosophiques éthiques et religieuses ? « Non, avoue t-il, c'est en construisant mon projet que je me suis approfondi dans des sujets qui m'étaient totalement inconnus. Cela m'a ouvert les yeux. » Des yeux qu'il n'a plus décollés de sa lentille, huit mois durant, avant de livrer un projet abouti.

Objets inanimés, avez-vous un espace ?
Pour cette première exposition en solo, le jeune artiste se distingue par le choix d'un nombre réduit de sujets se concentrant principalement sur la nature et sa relation avec l'être humain. Mais son regard ne s'arrête pas sur un simple champ de blé ou une plage à la tombée de la nuit. Sans aucun trucage, ni retouches, ni aucun procédé de manipulation, il insère des éléments géométriques comme symboles de l'intervention urbaine. Le processus interroge le regard non sans le séduire. Il développe sa démarche en précisant : « Le cercle chez les monothéistes est le cycle de la vie, il fait abstraction de toute forme de hiérarchie ; le triangle renversé est justement cette hiérarchie inversée, peut-être pour placer la nature au sommet ; quand au carré parfait, il représente la dualité. » Pour lui, tout objet qu'il introduit pose une réflexion sur l'ambivalence et la dominance.
Vesica Piscis est le titre de son exposition qu'il explique : « C'est l'intersection de deux cercles de même diamètre dont le centre de chacun fait partie de la circonférence de l'autre. Le nom veut dire, littéralement en latin, la vessie du poisson. Deux mondes, l'humain et le naturel, sont soit ensemble, soit séparés. » Pour matérialiser la place que l'homme laisse à la nature, un chercheur américain tente l'expérience de présenter deux cercles et demande à les réunir. L'espace commun sert à quantifier l'importance de la place de la nature. Tarek Haddad confie que son professeur Noël Nasr l'a motivé, inspiré et poussé sur des chemins escarpés afin de trouver le sien.
À la question qu'on lui pose : « Et si vous deviez choisir une forme pour vous contenir, ce serait laquelle ? » il lance : « Sans hésiter, le cercle. » Alors, on ne peut s'empêcher de penser au halo, celui qui protège et qui lui ouvrira le chemin de la réussite, un chemin qui désormais ne lui est plus inconnu.

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