Une fonctionnaire baissant le drapeau du G20 après le sommet de Hambourg, dimanche 9 juillet 2017. Christof Stache / AFP.
Le compromis de façade arraché par le G20 sur le commerce (voir page 7) laisse subsister les manœuvres protectionnistes des États-Unis et ne règle en rien les batailles en gestation depuis quelques semaines, notamment sur l'acier européen, estiment des analystes.
« Nous allons (...) continuer à combattre le protectionnisme, y compris toutes les pratiques commerciales déloyales, et reconnaître le rôle d'instruments légitimes de défense sur ce point », clament les principales économies de la planète. Nébuleuse pour les non-initiés, cette déclaration est « typique des compromis du G20 » et sauvegarde l'apparence d'unité, souligne Claudia Schmucker, de l'institut de recherche allemand DGAP.
Deux éléments apparemment contradictoires y figurent : la condamnation de principe « du protectionnisme », qui réaffirme la ligne libre-échangiste de ce forum depuis sa création en 2008 en pleine crise financière ; mais aussi la possibilité de mesures nationales « de protection », une évidente concession au président américain Donald Trump.
« Mascarade »
« C'est une mascarade » qui « signifie que le désaccord persiste », décrypte Thomas Bernes, analyste au Centre canadien pour l'innovation sur la gouvernance internationale (CIGI). La notion « d'instruments légitimes de défense » contre des pratiques « déloyales » est « délibérément évasive » et autorise toutes les interprétations, souligne-t-il. Or, Donald Trump n'a cessé de marteler sa volonté de protéger l'industrie américaine, dès sa campagne électorale, bien au-delà des ripostes antidumping admises de longue date dans les relations commerciales. Une ambition déjà mise en œuvre avec le relèvement des taxes sur le bois canadien et l'ouverture de deux enquêtes pour déterminer si les importations d'aluminium et de certains aciers menacent la « sécurité nationale » américaine. Rarissime, cette procédure datant de la guerre froide peut permettre de relever les droits de douane ou décréter des quotas : sur l'acier, une première décision est attendue le 13 juillet. Mais malgré le poids de la Chine, qui produit la moitié de l'acier de la planète et fait l'objet de mesures européennes antidumping, Pékin est loin de figurer seul dans le viseur de Washington. « Les États-Unis ont déjà fortement limité leurs importations d'acier chinois : l'Europe est donc en première ligne », explique Sébastien Jean, directeur du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii).
D'où la riposte amorcée à Hambourg avant même le début du G20 par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, promettant que l'UE « saurait réagir » en « quelques jours » en cas de surtaxe des importations d'acier. Selon le quotidien Financial Times, l'UE a donc dressé une liste de produits américains susceptibles de sanctions incluant le bourbon du Kentucky, fief électoral du chef de file des républicains au Sénat. « Les Européens sont obligés de répliquer et préparent des mesures politiquement ciblées pour faire comprendre aux soutiens de Trump que ça va revenir dans leur jardin », analyse Sébastien Jean.
Coralie FEBVRE / AFP

