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Moyen Orient et Monde

L’UE cherche encore une réponse face à la crise migratoire

Éclairage

L'Italie, submergée, en est arrivée à menacer ses voisins européens de fermer ses ports.

Julie KEBBI | OLJ
06/07/2017

L'Italie tire à nouveau la sonnette d'alarme sur la question migratoire. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : le pays enregistre déjà 80 000 arrivées sur ses côtes en provenance du continent africain pour le début de l'année 2017. Un nombre d'autant plus impressionnant que, en l'espace d'un an, le taux de ces migrants a augmenté de près de 20 % par rapport à l'année passée, à la même période. Samedi dernier, le haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, a déploré la tournure que prend la gestion des flux migratoires. « Nous sommes seulement au début de l'été, et sans action collective rapide, nous ne pouvons nous attendre qu'à davantage de tragédies en mer », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse. Le ministre de l'Intérieur italien s'est également manifesté, demandant aux autres pays membres de l'Union européenne d'ouvrir leurs ports et expliquant au quotidien Il Messagero que le pays faisait face à « une énorme pression ».

L'Italie, submergée, en est arrivée à menacer ses voisins européens de fermer ses ports. Face au bouillonnement grandissant de Rome sur la question, les ministres de l'Intérieur français, allemand et italien se sont rencontrés dimanche dernier pour réfléchir à une « approche coordonnée » de la crise.

 

Une situation familière
Le phénomène n'est pas nouveau mais rappelle l'épisode critique de 2015. Cette année-là, une vague de migrants accoste sur les rives européennes, faisant des milliers de morts parmi ceux n'ayant pas réussi à atteindre les côtes continentales. Au total, un million de migrants auront franchi les frontières européennes par voie terrestre ou maritime, soit une hausse de 43 % par rapport à l'année précédente. Au mois de juin 2015, l'Italie enregistre un taux record à l'époque, ayant accueilli plus de 50 000 migrants depuis le début de l'année. L'opération Triton de l'agence européenne Frontex (chargée, entre autres, de coordonner les politiques sur les frontières extérieures de l'Union européenne), lancée en 2014, n'avait pas permis de canaliser les flux de migrants, au grand dam du gouvernement italien.

De nombreuses mesures s'ensuivent, notamment avec l'accord passé entre l'UE et la Turquie en mars 2016. L'objectif est de mettre un point d'arrêt aux flux de migrants (en majorité syriens) depuis la mer Égée à destination des côtes grecques. En plus des contrôles renforcés à la frontière turque, tout « nouveau migrant irrégulier » se voit renvoyer en Turquie par cet accord s'il ne peut se qualifier pour obtenir le statut de réfugié. La stratégie fonctionne : 3 500 migrants atteignent les côtes grecques entre 2016 et 2017, contre 200 000 l'année précédente. Mais elle n'est pas exempte de conséquences, la fermeture des voies maritimes par la Turquie renvoie les migrants vers l'Italie, transitant par la Libye, seule voie restante en Méditerranée.

« Les politiques n'ont pas donné de résultats significatifs car elles sont souvent une réponse à court terme pour l'opinion publique sur la lutte contre l'immigration irrégulière, sans s'attaquer aux causes du départ ni aux solutions plus durables en termes d'accueil et de statut qui pourraient être proposées », explique Catherine Wihtol de Wenden, directrice de recherche émérite au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). « Dans un monde globalisé, l'idée de pouvoir endiguer les flux est chimérique », observe Pierre Berthelet, chercheur spécialisé sur la sécurité en Europe à l'Université Laval au Québec.

Selon le chercheur, « nous avons de mauvaises réponses (aux crises) car la question est mal posée ».
Mais pour les États membres, les politiques menées n'ont pas été totalement dépourvues de résultats, permettant de « tarir » les flux vers la Turquie, précise Yves Pascouau, chercheur associé à l'Institut Jacques Delors et au European Policy Center. Seulement, « avec pour seul consensus la régulation des frontières, les États membres ne sont pas parvenus à établir une politique de gestion des flux migratoires dans la configuration actuelle », observe-t-il.

 

(Lire aussi : Le président Macron face aux défis migratoires : en marche vers la continuité ?)*

 

 

Tirer les leçons de 2015
Bruxelles a annoncé mardi la mise en place d'un « plan d'action » de la Commission européenne, présenté au Parlement à Strasbourg. Il y est prévu de « renforcer les capacités libyennes grâce à un projet de 46 millions d'euros » et de renflouer l'aide envers l'Italie « grâce à une enveloppe supplémentaire de 35 millions d'euros prête à être immédiatement mobilisée ». D'autres mesures pour une meilleure coordination et l'entraînement des gardes-côtes libyens sont aussi annoncées. Un « code de conduite pour les organisations non gouvernementales » a également été suggéré suite à la rencontre lundi entre les ministres de l'Intérieur français, allemand et italien. La rapidité des réactions européennes contraste drastiquement avec celles de 2015. « Les dirigeants européens ont tiré la leçon de la crise sans précédent de cette année-là, souligne Pierre Berthelet. Aujourd'hui, il y a une volonté d'agir en amont dans l'épicentre de la crise qu'est la route de la Méditerranée centrale avec un souhait de solidarité sécuritaire », note-t-il.

Mais de nombreux défis attendent l'UE sur la question. À la différence de 2015, les migrants ne sont pas en majorité des réfugiés mais des migrants économiques en provenance d'Afrique sub-saharienne. Dans cette perspective, les solutions pour répondre à la crise ne peuvent être les mêmes dans un contexte déjà complexe où le dialogue entre les pays du Vieux Continent s'avère difficile sur cette thématique particulièrement sensible. « La grande difficulté pour les États membres se trouve dans l'immense diversité des partenaires qui bordent la Méditerranée », affirme M. Pascouau.

Faisant référence au plan d'action de Bruxelles, le chercheur explique que « la seule solution rapide est d'opter pour des mesures de financement et de soutien opérationnel sur le terrain ». « Mais en parallèle des solutions quotidiennes, il est nécessaire d'engager une réflexion sur la possibilité d'une coopération régionale sur la question migratoire », insiste-t-il. Et l'opinion publique, les ONG et les politiques nationales de chacun sont autant de facteurs à prendre en compte. « Ce cadre de réflexion doit mettre la totalité des acteurs déterminants autour de la même table, de manière à les amener au dialogue et que chacun accepte d'entendre ce qu'il ne veut pas entendre », afin d'arriver à un consensus, estime le chercheur.

 

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M.V.

l'UE des gogos généreux , aura au moins une certitude ...il n'y aura pas de crise migratoire en sens inverse ...! vu que celle-ci devient exponentielle...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

AVEC L,ACCUEIL QU,ILS FONT, TOUS LES PAYS EUROPEENS VONT ETRE SUBMERGES ! L,AFRIQUE ET LE M.O. VONT DEMENAGER CHEZ EUX... SI SIMPLE QUE CA ! IL FAUT Y METTRE UN FREIN...

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