Environnement

Contre le tout chimique, Bio Phyto Collines dégaine ses engrais

Le fondateur de Bio Phyto Collines Gildas Zodome. Photo Beninto.info

Bénin

C'est une niche sur un marché encore embryonnaire en Afrique, et pourtant : le Béninois Gildas Zodome a fondé le producteur organique Bio Phyto Collines au Bénin, et connaît un fort développement continental.

24/06/2017

La part de bio sur le marché des engrais ? « Cela ne représente quasiment rien », dit un expert indépendant des intrants qui préfère garder l'anonymat. Le marché des bio-intrants naturels (fumier, feuilles et compost) représente seulement 2 milliards d'euros au niveau mondial contre 150 milliards d'euros pour le conventionnel, soit à peine plus de 1 % du marché des intrants agricoles.
En Afrique, c'est encore plus vrai qu'ailleurs. Si le continent, tous pays confondus, ne pèse pas plus de 5 % de la consommation mondiale, ce sont plutôt les apports en fertilisants minéraux (azote, phosphate, potasse) qui ont la cote. Les volumes utilisés en Afrique ont bondi de 130 % entre 2008 et 2015 d'après le Centre international de développement des engrais (IFDC).


Les industriels attirés par le potentiel africain
Ce taux de croissance attire les industriels des quatre coins du globe : le groupe de construction Orascom en Égypte, l'américain Monsanto dans le coton burkinabè, le chinois CGC Overseas Construction au Cameroun, le pakistanais Engro qui envisageait d'injecter la bagatelle d'un milliard de dollars dans les engrais au Maghreb, l'Office chérifien des phosphates au Maroc qui produira 2,5 millions de tonnes d'engrais par an pour les agriculteurs éthiopiens...
Les enjeux sont de taille : conduire le train de la révolution verte africaine dans une région encore frappée par la plus forte concentration de sous-nutrition au monde − un habitant sur quatre en Afrique subsaharienne − et une productivité agricole encore loin d'y répondre (jusqu'à 1,8 % du niveau de productivité agricole des pays développés).
Mais derrière cette effervescence, les critiques du tout chimique en agriculture, très présent dans les pays développés, donnent aussi de la voix en Afrique. Arguments à l'appui : le coût de ces intrants, leur difficile acheminement dans des zones rurales reculées, leur piètre qualité fertilisante, encore épinglée par l'IFDC dans un rapport de mars 2013, l'impact sur la santé des exploitants qui souvent pratiquent l'épandage sans matériel de protection, leur responsabilité dans la présence de perturbateurs endocriniens...


L'alternative des bio fertilisants
C'est fort de ce même constat qu'un doctorant de 33 ans à l'Université d'Abomey-Calavi (UAC) de Cotonou a décidé de mettre sur pied sa propre activité de production de pesticides et d'engrais bio, après avoir constaté la récurrence de pathologies parmi les agriculteurs ayant recours à des intrants de synthèse.
« Diarrhées, évanouissements, intoxication... le phénomène est très connu », détaille Gildas Zodome, ancien représentant local à Glazoué (centre sud) de plusieurs institutions publiques d'assistance au secteur agricole, dont le Centre régional pour la promotion agricole du Bénin (Cerpa) et l'Institut national des recherches agricoles du Bénin (Inrab).
Il lui a fallu deux ans pour aboutir aux premiers prototypes, conçus à partir d'un mélange de plantes aromatiques (eucalyptus, graines du margousier – également dénommé neem –, oranger, hyptis...), inspirés par les méthodes de contrôle des ravageurs et de fertilisation utilisées par ses aïeux. Une dizaine d'essences réparties différemment selon les recettes dont il garde jalousement le secret, d'autant plus qu'il les a faites breveter.


Moins cher pour plus de rendement
Testés sur plusieurs exploitations agricoles, auprès de paysans et auprès des chercheurs de l'Inrab, seuls les pesticides et les engrais les plus performants sont désormais distribués. Trois références que l'entrepreneur-agronome fait rayonner hors du Bénin au Burkina – où la société a bénéficié de l'assistance de l'incubateur d'entreprises la Fabrique –, au Niger, à Madagascar et bientôt au Togo.
Une bonne affaire pour les exploitants, assure-t-il. À commencer par le prix : 10 000 francs CFA le sac de 50 kilos (environ 17 dollars). « Les engrais chimiques sont plutôt à 17 000 francs CFA le sac au Bénin (28 dollars environ), voire 12 000 (environ 20 dollars) s'ils sont subventionnés », explique-t-il. Pour les pesticides, les prix se veulent calés sur la concurrence à 5 000 francs le litre (environ 8 dollars).
Et les rendements suivent, d'après Gildas Zodome. « Sur un hectare en riziculture, nous avons mesuré une production moyenne de 4 tonnes de riz avec nos produits, contre 3 tonnes avec des intrants chimiques, et une marge économique bénéficiaire de 50 000 francs CFA plus élevée », assure-t-il.
Bio Phyto Collines compte désormais neuf salariés permanents à Allada, la ville de naissance du fondateur, où elle dispose d'un hectare de culture de plantes aromatiques, le reste étant acquis à l'extérieur auprès de fournisseurs. Avec 400 tonnes d'engrais produites chaque année et 15 000 litres de biopesticides, la société atteint un chiffre d'affaires de 100 millions de francs CFA (168 000 dollars).
Si d'autres sont positionnés sur le même créneau, comme Éléphants verts au Maroc et au Mali ou Safi Organics au Kenya, les possibilités de croissance sont considérables. Bio Phyto Collines espère d'ores et déjà multiplier sa production par cinq d'ici à trois ans.

 

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Contre le tout chimique, Bio Phyto Collines dégaine ses engrais - Benjamin POLLE/Jeune Afrique - L'Orient-Le Jour

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Contre le tout chimique, Bio Phyto Collines dégaine ses engrais

Le fondateur de Bio Phyto Collines Gildas Zodome. Photo Beninto.info

Bénin

C'est une niche sur un marché encore embryonnaire en Afrique, et pourtant : le Béninois Gildas Zodome a fondé le producteur organique Bio Phyto Collines au Bénin, et connaît un fort développement continental.

24/06/2017

La part de bio sur le marché des engrais ? « Cela ne représente quasiment rien », dit un expert indépendant des intrants qui préfère garder l'anonymat. Le marché des bio-intrants naturels (fumier, feuilles et compost) représente seulement 2 milliards d'euros au niveau mondial contre 150 milliards d'euros pour le conventionnel, soit à peine plus de 1 % du marché des intrants agricoles.
En Afrique, c'est encore plus vrai qu'ailleurs. Si le continent, tous pays confondus, ne pèse pas plus de 5 % de la consommation mondiale, ce sont plutôt les apports en fertilisants minéraux (azote, phosphate, potasse) qui ont la cote. Les volumes utilisés en Afrique ont bondi de 130 % entre 2008 et 2015 d'après le Centre international de développement des engrais (IFDC).


Les industriels attirés par le potentiel africain
Ce taux de croissance attire les industriels des quatre coins du globe : le groupe de construction Orascom en Égypte, l'américain Monsanto dans le coton burkinabè, le chinois CGC Overseas Construction au Cameroun, le pakistanais Engro qui envisageait d'injecter la bagatelle d'un milliard de dollars dans les engrais au Maghreb, l'Office chérifien des phosphates au Maroc qui produira 2,5 millions de tonnes d'engrais par an pour les agriculteurs éthiopiens...
Les enjeux sont de taille : conduire le train de la révolution verte africaine dans une région encore frappée par la plus forte concentration de sous-nutrition au monde − un habitant sur quatre en Afrique subsaharienne − et une productivité agricole encore loin d'y répondre (jusqu'à 1,8 % du niveau de productivité agricole des pays développés).
Mais derrière cette effervescence, les critiques du tout chimique en agriculture, très présent dans les pays développés, donnent aussi de la voix en Afrique. Arguments à l'appui : le coût de ces intrants, leur difficile acheminement dans des zones rurales reculées, leur piètre qualité fertilisante, encore épinglée par l'IFDC dans un rapport de mars 2013, l'impact sur la santé des exploitants qui souvent pratiquent l'épandage sans matériel de protection, leur responsabilité dans la présence de perturbateurs endocriniens...


L'alternative des bio fertilisants
C'est fort de ce même constat qu'un doctorant de 33 ans à l'Université d'Abomey-Calavi (UAC) de Cotonou a décidé de mettre sur pied sa propre activité de production de pesticides et d'engrais bio, après avoir constaté la récurrence de pathologies parmi les agriculteurs ayant recours à des intrants de synthèse.
« Diarrhées, évanouissements, intoxication... le phénomène est très connu », détaille Gildas Zodome, ancien représentant local à Glazoué (centre sud) de plusieurs institutions publiques d'assistance au secteur agricole, dont le Centre régional pour la promotion agricole du Bénin (Cerpa) et l'Institut national des recherches agricoles du Bénin (Inrab).
Il lui a fallu deux ans pour aboutir aux premiers prototypes, conçus à partir d'un mélange de plantes aromatiques (eucalyptus, graines du margousier – également dénommé neem –, oranger, hyptis...), inspirés par les méthodes de contrôle des ravageurs et de fertilisation utilisées par ses aïeux. Une dizaine d'essences réparties différemment selon les recettes dont il garde jalousement le secret, d'autant plus qu'il les a faites breveter.


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Une bonne affaire pour les exploitants, assure-t-il. À commencer par le prix : 10 000 francs CFA le sac de 50 kilos (environ 17 dollars). « Les engrais chimiques sont plutôt à 17 000 francs CFA le sac au Bénin (28 dollars environ), voire 12 000 (environ 20 dollars) s'ils sont subventionnés », explique-t-il. Pour les pesticides, les prix se veulent calés sur la concurrence à 5 000 francs le litre (environ 8 dollars).
Et les rendements suivent, d'après Gildas Zodome. « Sur un hectare en riziculture, nous avons mesuré une production moyenne de 4 tonnes de riz avec nos produits, contre 3 tonnes avec des intrants chimiques, et une marge économique bénéficiaire de 50 000 francs CFA plus élevée », assure-t-il.
Bio Phyto Collines compte désormais neuf salariés permanents à Allada, la ville de naissance du fondateur, où elle dispose d'un hectare de culture de plantes aromatiques, le reste étant acquis à l'extérieur auprès de fournisseurs. Avec 400 tonnes d'engrais produites chaque année et 15 000 litres de biopesticides, la société atteint un chiffre d'affaires de 100 millions de francs CFA (168 000 dollars).
Si d'autres sont positionnés sur le même créneau, comme Éléphants verts au Maroc et au Mali ou Safi Organics au Kenya, les possibilités de croissance sont considérables. Bio Phyto Collines espère d'ores et déjà multiplier sa production par cinq d'ici à trois ans.

 

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