Avec le président Jacques Chirac à Lyon, le 28 juin 1996. J. David Ake/AFP
Helmut Kohl, père de la réunification allemande, pilier de la construction européenne et détenteur du record de longévité à la chancellerie après-guerre (1982-1998), est mort hier à 87 ans, suscitant l'émotion de nombreux dirigeants dans le monde.
Il « a été une chance pour tous les Allemands et Helmut Kohl a aussi changé ma vie de manière décisive », a réagi, émue, la chancelière Angela Merkel au sujet de celui qui fut considéré comme son père en politique. « Il restera dans nos mémoires comme un grand Européen, comme le chancelier de l'unité » du pays, a-t-elle dit depuis Rome, où elle doit rencontrer le pape François aujourd'hui. Le quotidien populaire Bild, qui a été le premier à annoncer le décès et dont la direction était très proche de l'ex-chancelier, a précisé qu'il s'était éteint hier matin « dans sa maison de Ludwigshafen », dans le sud-ouest du pays. Selon le journal, il est mort « paisiblement » avec à ses côtés sa seconde épouse, Maike Kohl-Richter. « Il n'allait pas bien depuis plusieurs jours », poursuit le quotidien. En très mauvaise santé et cloué sur un fauteuil roulant depuis 2009, il avait notamment souffert d'un accident vasculaire cérébral et s'était cassé la hanche. Helmut Kohl était l'« essence même de l'Europe », a commenté le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Même réaction du président français Emmanuel Macron : « Artisan de l'Allemagne unie et de l'amitié franco-allemande : avec Helmut Kohl, nous perdons un très grand Européen. »
Colosse
L'ancien chancelier, colosse physique et historique, est le père incontesté de l'Allemagne réunifiée. Il restera dans l'histoire pour avoir forcé la main des dirigeants soviétique et américain Mikhaïl Gorbatchev et George Bush, mais aussi de ses alliés européens, pour que la RDA anciennement communiste rejoigne la RFA en 1990, moins d'un an après la chute du mur de Berlin. Il a aussi permis ainsi la fin de l'occupation militaire de l'Allemagne, imposée par les quatre puissances victorieuses du nazisme depuis 1945, jetant ainsi les bases de l'émergence d'une Allemagne forte sur la scène internationale.
Pourtant, quand à 52 ans il prend la tête en 1982 du gouvernement d'Allemagne de l'Ouest à la faveur d'un changement d'alliance au Parlement, il est moqué pour son côté rustique et provincial – il le sera toute sa vie – et personne n'aurait alors parié que ce fils d'un fonctionnaire du fisc issu d'une famille de la petite bourgeoisie de Ludwigshafen entrerait dans la mémoire collective européenne. Mais le 9 novembre 1989, le mur de Berlin s'effondre et le chancelier conservateur, alors contesté dans son propre parti (CDU), endosse, selon ses propres mots, « le manteau de l'histoire ». Ce catholique pratiquant surprend alors en proposant dès le 28 novembre un plan en 10 points devant conduire à l'unification allemande.
Sa fin de carrière sera moins glorieuse, ternie par le scandale des caisses noires du parti. Il finira par reconnaître avoir recueilli des dons occultes, et Angela Merkel, sa protégée, en profitera pour l'évincer. Selon une biographie non autorisée, il n'a jamais pardonné à la chancelière, disant qu'avant de le rencontrer elle « ne savait même pas manger avec un couteau et une fourchette ». Plus récemment, en avril 2016, Kohl a dénoncé la politique d'accueil de Mme Merkel, qui a permis l'arrivée de 1,1 million de migrants en 2015. Il a aussi reçu le Premier ministre hongrois Viktor Orban, farouche détracteur de la chancelière. Les soubresauts de sa vie privée, étalés dans divers livres et journaux allemands – brouilles avec ses enfants, polémique sur le rôle de sa nouvelle femme, le traitement de sa première épouse malade, Hannelore, qui s'est suicidée en 2001 – ont achevé d'assombrir ses dernières années.
Source : AFP


Washington condamne « l'attaque scandaleuse » imputée à l'Iran ayant visé l'aéroport à Koweït