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Moyen Orient et Monde

Tora Bora, ou la prise d’un symbole

Conflit

L'ancien fief afghan d'el-Qaëda est désormais contrôlé par les jihadistes de l'EI.

Julie KEBBI | OLJ
17/06/2017

« La zone de Tora Bora dans le district de Pachir Agam est tombée aux mains des combattants de Daech (acronyme arabe de l'État islamique) » mercredi, a déclaré jeudi le porte-parole du gouverneur provincial du Nangarhâr, Ataullah Khogyani, à l'AFP. Située dans l'est de l'Afghanistan, Tora Bora est une région montagneuse constituée de nombreuses cavernes. Signifiant littéralement « montagne caillouteuse » ou « poussière noire » en pachto, cette zone a longtemps été le bastion d'el-Qaëda dans la région, et surtout un point de refuge pour Oussama Ben Laden. Ce dernier a été contraint de s'enfuir en décembre 2001, suite à la bataille de Tora Bora qui a opposé les talibans à l'Alliance du Nord et l'OTAN. Par la suite, cette zone montagneuse était tombée aux mains des talibans. Mais en 2015, l'État islamique annonçait vouloir s'établir sur les régions afghanes et pakistanaises, qu'il appelle « Khorasan ». L'organisation a tenté de faire concurrence aux talibans mais ne réussissait à s'installer que dans la province du Nangarhâr, non loin de la frontière pakistanaise.

 

(Lire aussi : Tora Bora, ex-forteresse de Ben Laden, sous contrôle de l’EI)

 

 

Fenêtre d'opportunité
« La prise de Tora Bora est hautement symbolique pour tout ce que cette montagne représente historiquement : de la construction des réseaux de tunnels sophistiqués dans les années quatre-vingt jusqu'à Oussama Ben Laden », explique Mariam Abou Zahab, chercheuse au Centre d'études et de recherches internationales (CERI) et spécialiste de l'Afghanistan. « Elle n'affaiblit pas les talibans pour autant, la prise d'une ville aurait eu un impact plus important », nuance-t-elle toutefois, avant d'ajouter qu'« il n'est pas possible de tenir ce terrain longtemps » de par sa nature montagneuse. Plus médiatisé qu'el-Qaëda, l'EI est relativement peu implanté dans la région. Mais la discrétion de l'organisation cofondée par Oussama Ben Laden offre une fenêtre d'opportunité pour l'EI sur le terrain. « Aujourd'hui, l'EI s'oppose aux talibans et représente une idée et des actions plus radicales et plus universalistes qu'el-Qaëda, totalement absent du conflit en Afghanistan », souligne Karim Pakzad, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et spécialiste de l'Afghanistan.

Mais l'intérêt que représente la région pour les jihadistes reste peu clair. « Il semble qu'avec la perte de terrains au Moyen-Orient, les jihadistes se rabattent sur l'Asie du Sud », estime Mme Abou Zahab. L'organisation « tente de susciter des affrontements confessionnels entre musulmans chiites et sunnites », et multiplie les attaques dans le pays, observe-t-elle. Il y a deux jours encore, l'EI revendiquait un attentat-suicide perpétré contre une mosquée chiite à Kaboul. Faisant huit blessés et quatre morts, la date de l'attaque n'est pas anodine. En ce mois sacré de ramadan, le 21e jour marque pour les chiites la commémoration de l'imam Ali ben Abi Taleb.

 

(Pour mémoire : Attaque de l’EI contre la TV publique dans l’Est, 6 morts)

 

 

« Pas de place pour eux »
Jeudi, les autorités afghanes ont annoncé le lancement d'une offensive contre Tora Bora pour reprendre la zone des mains de l'EI. L'opération avait déjà débuté hier dans le district de Pachir Aw Agam, dans le sud-est de la province du Nangarhâr. « Nos forces de sécurité sont dans le district de Pachir Aw Agam et l'EI sera éliminé dans un futur proche. Nos opérations militaires contre l'EI vont se poursuivre sans délai », a déclaré hier le porte-parole du ministère de la Défense, Dawlat Waziri. Les jihadistes « seront vaincus (...) et leurs soutiens doivent avoir conscience qu'il n'y pas de place pour eux » dans le district, a également affirmé le chef de la police du Nangarhâr, Abdel Rahman Rahimi. « Chasser l'EI uniquement de Tora Bora et ne pas l'empêcher d'occuper d'autres localités ne modifient pas grand-chose », observe Karim Pakzad. « Mais en même temps, laisser les jihadistes progresser à l'Est peut avoir des conséquences catastrophiques », insiste-t-il. L'opération est d'une importance cruciale alors que « l'une des conséquences de l'avancée de l'EI est la méfiance de plus en plus grande envers le gouvernement dont certains dénoncent non seulement son incapacité à assurer la sécurité, mais soupçonnent également des milieux gouvernementaux de complicité avec l'EI », selon le chercheur.

 

 

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