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Nos lecteurs ont la parole - Par Salim F. Dahdah

Une nouvelle « tour de Babel » s’érige-t-elle à Beyrouth... ?

...« Construite sur une faille, Shinar, qui pour les anciens mettait en relation le monde des hommes avec celui des dieux, les enfers, Babel ressemblait à la première ville biblique édifiée sur la terre de l'errance et où sont nées les premières réalisations des hommes. Tout le monde y avait la même langue et avait entrepris de construire avec cette première agglomération urbaine une tour dont le sommet était censé pénétrer les cieux. Face à cette vanité humaine, Yahvé confondit le langage de ces populations pour qu'elles ne s'entendent plus, il les dispersa sur la terre après que ladite ville ait été le théâtre du crime de Lamech et qu'elle fut détruite par le déluge... » La désolation s'est alors emparée de ces lieux et, depuis, cet endroit est devenu un espace où règnent « le bruit et la confusion... ».
Cette image est emblématique, voire inquiétante, de ce que le peuple libanais subit depuis de longues années sur son territoire. Il semble vivre dans une « tour de Babel ». Aujourd'hui encore, cela transparaît à travers le brouhaha général et les déclarations et agissements de certaines composantes politiques qui cherchent, fortes de leur logistique, à imposer des modes de gouvernance qui leur conviennent et qui ne font pas l'unanimité. Elles utilisent des discours manipulateurs, faux et mensongers pour occulter ou véhiculer leurs idées et leurs objectifs personnels et partisans... L'intérêt public est jeté aux oubliettes et avec lui une vision d'un avenir national, la réhabilitation de l'État de droit et des institutions, la reconstruction d'une économie profondément atteinte et une lutte sans merci qui aurait dû être engagée contre la corruption généralisée qui gangrène toutes les infrastructures nationales.
La politique politicienne prend le dessus, la grogne sociale augmente, car l'État est gravement endetté et ses ressources diminuent comme une peau de chagrin. La jeunesse indépendante et non affiliée à des partis politiques n'a pas droit au chapitre, et toutes les velléités de changement en faveur d'un régime civil et citoyen sont combattues et mises en échec, les nouvelles lois électorales sont étudiées à la mesure des formations actuelles et du système confessionnel existant... Chaque fois que la société civile s'engage dans des mouvements revendicatifs, elle est bloquée et mise hors circuit de nuire ou même de s'exprimer... À cette allure, le pays va droit dans le mur, tous secteurs confondus, malgré les efforts incontestables mais anarchiques et disparates de ceux qui cherchent à faire évoluer les choses positivement...
Quand on cherche à comprendre les causes conjoncturelles de ce blocage politique, force est de reconnaître qu'elles sont probablement la conséquence de l'alliance scellée, il y a plus de dix ans, entre le CPL et le Hezbollah, deux partis qui avaient alors les plus larges assises populaires dans chacune de leur communauté et qui, de ce fait, avaient réussi à imposer, directement ou indirectement, leurs objectifs au niveau national, durant toute la période qui a précédé la dernière élection présidentielle. Mais cette démarche ne peut plus être aussi aisée, maintenant que le chef de l'un de ces deux partis a accédé à la première magistrature de l'État et qu'il se doit d'être l'arbitre de tous au sein de la nation !
Des tiraillements discrets ont vu le jour, ils bloquent indirectement le choix d'une nouvelle loi électorale et sont l'illustration la plus marquante du bien-fondé de cette analyse, surtout après les trois « niets » du président de la République : pas de prolongation de l'Assemblée nationale, pas de prorogation de la loi de 1960, pas de vide constitutionnel. La démocratie par ailleurs qui se doit de donner à chaque citoyen le droit d'opter pour la loi qui lui paraît la plus juste et la plus équilibrée, et de l'exprimer au travers de ses représentants parlementaires, exige de ces derniers, une fois les délais de présentation desdits projets clos, de passer au vote, si naturellement il n'y a pas d'unanimité. Mais cette procédure n'arrive pas à être respectée du fait des effets de l'alliance susmentionnée, d'autant qu'une telle attitude est dans l'absolu anticonstitutionnelle et elle fragilise le régime.
Donc faute de pouvoir amener le Hezb à composition, le CPL aurait dû geler son alliance avec lui et adopter la décision qui aiderait le président à assumer ses promesses. Cette démarche n'ayant pas été prise, le risque de dérapage grave s'est aussitôt profilé et a risqué de dégénérer en confrontations sur le terrain, n'était l'attitude sage, clairvoyante et courageuse du Premier ministre, qui a avisé le chef du législatif qu'il ne participerait pas à la réunion du 15 mai si elle venait à se tenir, provoquant un défaut de quorum. Après le discours du 3 mai de Hassan Nasrallah et son ouverture tactique vis-à-vis du choix d'une nouvelle loi électorale, il faut espérer que les dernières gesticulations parlementaires porteront leur fruit avant la date constitutionnelle butoir, pavant la voie au vote d'une nouvelle loi. Mais il n'en reste pas moins qu'il faut mettre en place, aussitôt après, des modalités de gouvernance pour garantir à l'avenir la stabilité du panorama politique, économique et social du pays du Cèdre, et assurer les conditions indispensables pour rétablir les fondements essentiels du respect de la souveraineté nationale.
Les politiques doivent avoir donc le courage de remettre les pendules à zéro et appliquer, dans un premier temps, la décision de neutralité du Liban à l'égard de la guerre civile qui se déroule en Syrie, adoptée il y a quelques années à l'unanimité, par le Conseil des ministres de l'époque, et bénie par les Nations unies. Pour ce faire, le dossier du retrait du Hezbollah de Syrie au Liban doit être engagé et négocié dans le cadre d'un « package deal » général et national. Ce rôle échoit évidemment au nouveau régime. Il est grand temps que l'accord de Mar Mikhaël évolue d'un accord bipartite vers la construction d'une vision nationale souveraine à laquelle participeront toutes les composantes nationales. Seule une telle initiative permettra d'éviter les retombées inquiétantes du « chaos » ambulant et fatal qui mine la République depuis plus de trente ans, et pourra interrompre les effets graves et destructeurs de la « babelisation » de cette terre message... !

 

...« Construite sur une faille, Shinar, qui pour les anciens mettait en relation le monde des hommes avec celui des dieux, les enfers, Babel ressemblait à la première ville biblique édifiée sur la terre de l'errance et où sont nées les premières réalisations des hommes. Tout le monde y avait la même langue et avait entrepris de construire avec cette première agglomération urbaine une tour dont le sommet était censé pénétrer les cieux. Face à cette vanité humaine, Yahvé confondit le langage de ces populations pour qu'elles ne s'entendent plus, il les dispersa sur la terre après que ladite ville ait été le théâtre du crime de Lamech et qu'elle fut détruite par le déluge... » La désolation s'est alors emparée de ces lieux et, depuis, cet endroit est devenu un espace où règnent « le bruit et la...
commentaires (3)

Ayant voulu s'égaler à Dieu, il devint semblable aux bêtes…. (Panégyriques des Saints)

Nadine Naccache

09 h 21, le 14 juin 2017

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Commentaires (3)

  • Ayant voulu s'égaler à Dieu, il devint semblable aux bêtes…. (Panégyriques des Saints)

    Nadine Naccache

    09 h 21, le 14 juin 2017

  • DEJA TOUT LE PAYS EST UNE TOUR DE BABEL !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    11 h 43, le 12 juin 2017

  • Très bel article, Mr Dahdah. Cependant, ne pensez-vous pas qu'avec trop de conditions idéalement à remplir et les "si" celui-ci faisait ceci et l'autre faisait cela, et que le président de la République devrait geler son alliance avec le Hezbollah, on mettrait Paris dans une bouteille! Soyons réalistes, nos amis CPL n'ont même pas réalisé qu'ils se sont jetés dans la gueule du loup par leur alliance contre nature, par simple mégalomanie de leur chef qui ne voyait pas plus loin que son nez! Disons-le franchement, le pays est entre les mains d'une milice d'allégeance purement théocratique iranienne, surarmee, qui tient tout le monde en laisse, selon un plan régional qui n'a que faire de la souveraineté Libanaise, ni du citoyen moyen, avec possibilité de foutre la pagaille et la terreur à tout moment et à museler n'importe qui veut changer le statu-quo ambiant... À commencer par le Président: pensez-vous qu'il a les mains libres? Rappelez-vous ses 100 premiers jours de grâce: le monde rêvait d'un changement drastique et il s'était permis certaines positions nationalistes, seulement pour se faire rappeler à l'ordre... Pensez-vous qu'il oserait remettre en cause l'alliance de Mar Mikhaïl? Les conséquences risqueraient de lui coûter très cher ainsi qu'au pays... À moins d'un changement drastique dans la politique régionale et des alliances, ce qui n'est pas pour demain. En attendant, malheureusement, la tour de Babal ne peut que perdurer.

    Saliba Nouhad

    03 h 36, le 12 juin 2017

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