Dans un discours, l’ancien ministre Fayçal Karamé, neveu de Rachid Karamé, a souligné le rôle national du Premier ministre assassiné alors qu’il était encore en fonctions.
Le 1er juin 1987, alors que des contacts entre le président de la République de l'époque, Amine Gemayel, et son Premier ministre, Rachid Karamé, étaient en train de s'intensifier pour sortir le pays de la crise politique et sécuritaire dans laquelle il se débattait, Karamé était assassiné à bord de l'hélicoptère qui le transportait de Tripoli à Beyrouth. Le dossier avait été immédiatement déféré devant la Cour de justice, la plus haute instance judiciaire du Liban, qui a finalement émis son verdict presque dix ans plus tard en condamnant une cellule des Forces libanaises et leur chef, Samir Geagea. Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, mais le souvenir de cet assassinat est commémoré chaque année avec des discours qui reflètent l'ambiance générale dans le pays.
Cette année donc, avec l'élection présidentielle et les nouvelles alliances politiques, le ton était donc différent, même si, à la veille (en principe) d'élections législatives, certaines parties cherchent à exploiter ce triste anniversaire à des fins politiques.
Le chef de l'État, Michel Aoun, a tenu en tout cas à rendre hommage à l'ex-Premier ministre assassiné, tout en rappelant que « les Libanais ont fait le choix de l'entente nationale et cherchent désormais à consolider les constantes nationales de coexistence et de modération à travers le dialogue pour régir la vie politique et renforcer leur unité tout en rejetant tous les projets de partition ». Le président Aoun a appelé à préserver cet héritage national que le Premier ministre Rachid Karamé a consacré à travers sa mort. « En restant fidèles à nos martyrs, a-t-il déclaré, nous donnons à nos citoyens une patrie digne d'eux. »
Le neveu de Rachid Karamé, l'ancien ministre Fayçal Karamé, a prononcé un discours pour l'occasion, insistant sur le rôle national du Premier ministre assassiné alors qu'il était encore en fonctions. Il a rappelé ce qu'il avait déjà déclaré à cette même occasion : « Nous ne pardonnerons pas et nous n'oublierons pas », ajoutant qu' « en tant que proches du martyr, en tant que tripolitains et en tant que libanais, nous ne pouvons pas oublier cet assassinat parce que Rachid Karamé appartient à tout le Liban, et surtout à l'État libanais qu'il a voulu protéger avec son sang ». « Rachid Karamé représentait la responsabilité nationale dans ce qu'elle a de plus élevé. L'État qu'il a voulu ne peut être édifié que sur la base de la justice. Nous ne voulons pas de vengeance mais seulement que justice soit faite. » Fayçal Karamé a précisé que lui et le courant qu'il représente n'ont jamais recherché les privilèges politiques et les positions au détriment de leurs convictions. « Notre seul souci est de préserver l'héritage national de Rachid et Omar Karamé, et d'œuvrer pour que les principes qu'ils ont défendus soient consacrés au Liban et dans le monde arabe. » Il a aussi appelé à l'application de la Constitution et à lutter contre les transactions louches pour préserver l'État et les droits des citoyens.
Les principales figures politiques de Tripoli ont aussi voulu participer à l'hommage général à Rachid Karamé. Le ministre du Travail, Mohammad Kabbara, mais aussi l'ancien Premier ministre Nagib Mikati et l'ancien ministre des Finances, Mohammad Safadi, ont ainsi salué les qualités du Premier ministre assassiné et condamné son meurtre. Le mufti de la République, le cheikh Abdellatif Deriane, a aussi rendu hommage à Rachid Karamé et a contacté l'ancien ministre Fayçal Karamé. Le député Kassem Hachem, membre du bloc parlementaire de Nabih Berry, a qualifié Rachid Karamé de « véritable homme d'État », qualité qui, selon lui, est devenue rare de nos jours.

