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Culture

Walid Nahas, dialoguiste d’arts

Rencontre

Musique et peinture se répondent dans une fluidité d'émotions organiques sur les murs de la galerie Artspace*, avec l'exposition « Senses in Motion ».

29/05/2017

Né à Beyrouth en 1975, Walid Nahas est avant tout pianiste et compositeur. La France et le Canada l'ont vu grandir et l'ont nourri de leur culture musicale, le Liban en 2008 le fait se tourner vers la peinture, un art qui l'avait interpellé à l'âge de 14 ans. Fasciné par l'art abstrait et en particulier l'expressionnisme abstrait, Walid Nahas devient vite autodidacte et expérimente différents styles. Sa première tentative en solo, Harmonie de formes et de couleurs, occupe les cimaises de la Smogalery en 2012. Il avoue : « Il m'a fallu de nombreuses années pour acquérir la technique que j'utilise aujourd'hui. Mon œuvre est le résultat d'une longue expérimentation sur les formes et les médiums. »

Obsession

Dans l'œuvre de Walid Nahas, la musique, de manière figurative ou non, est très présente. Il s'agit donc ici de questionner cette présence par le biais des mouvements et des couleurs qui accompagnent chaque œuvre, et de tendre l'oreille. L'artiste entreprend de verbaliser les rapports esthétiques que sa peinture entretient avec la musique. Il va même jusqu'à analyser rétrospectivement certaines de ses toiles de sorte à dégager ce qui, à ses yeux, fait résonance avec la musique concernée. Ainsi, telle toile a des couleurs rock and roll, telle autre se laisse éclabousser à la manière démesurée des opéras de Richard Wagner, et Debussy et Chopin murmurent à travers formes et couleurs des sonates aux bleus chatoyants et romantiques. « Rythme, mélodie et harmonie sont les bases de toutes mes œuvres musicales, comme de mes œuvres picturales. Mon approche est plus émotionnelle qu'intellectuelle. Je ne revendique aucune idée mais cherche à véhiculer de l'émotionnel. »

(Pour mémoire : Peindre la musique...)

Dans un premier temps, il s'attarde sur le processus de genèse de ses toiles. « La toile prend son départ par une première goutte de peinture qui me guide, ensuite je fais une recherche entre le son et la couleur, une méthode qui est devenue une obsession depuis des années et qui consiste à essayer de mettre les notes en couleurs sur les toiles et de retrouver le rythme de la musique. » Pour l'artiste, se mettre à l'écoute de la musique est une façon de capter ainsi quelque chose de ce que telle ou telle musique a en propre, d'entendre sa spécificité. « Le spectre de couleurs avec lequel on joue est très proche de la gamme des notes : certaines notes sont dissonantes, d'autres complémentaires. Lorsque je compose un morceau pour piano, j'étudie d'abord les accords et leur progression, ensuite la gamme sur laquelle va s'apposer la mélodie. En peinture, je dessine le mouvement, et la couleur suit. Ce qui m'importe, c'est ce que la toile renvoie à chaque visiteur. Ainsi déposée, elle est la projection d'un monde musical, dans une écoute spécifiquement picturale. »

Katherina, 5 ans...

Tout relève, dans l'œuvre expressionniste de Walid Nahas, de la spontanéité, de la pulsion, voire d'une certaine frénésie. L'importance dans son processus créatif étant de faire appel à tous les sens et à la notion du mouvement qui lui est proprement intrinsèque afin de véhiculer de l'émotion et espérer stimuler tous les sens. Les sens traditionnels et les autres : l'équilibre et le rythme, essentiels dans sa recherche. Il projette le spectateur avec son pinceau et ses crayons dans des lieux qui semblent inaccessibles, mais qui suivent rapidement les méandres des fleuves, plongent dans la profondeur des océans, se noient dans le bleu du ciel et se perdent dans les effusions volcaniques.

L'idée est de suggérer et non de représenter, aussi la couleur est le vecteur idéal qui permet à l'artiste d'exprimer sa sensibilité en toute indépendance du sujet. Sa palette exacerbée offre une vision panthéiste où les couleurs éclatent de mille feux jusqu'à quasiment tacher le regard. Les toiles n'ont pas de titres pour laisser place à l'imaginaire et pour permettre à chacun d'y pénétrer, de poser un regard différent et de se créer son propre univers. Il avoue que la vision qu'il préfère est celle projetée par le regard de sa fille aînée Katherina, âgée de 5 ans. Il se plaît à contempler le monde à travers ses yeux : « Les enfants, dit-il, ont un état de conscience vierge, elle me fascine dans son interprétation de mes toiles, cela m'inspire, me guide et m'ouvre des horizons. Plus j'essaye de démasquer les subtilités entre les deux mondes, le musical et le pictural, plus ce qui s'ouvre à moi est complexe et passionnant. »

Avec Walid Nahas, mouvement de la musique et couleurs du cosmos sont intimement liés et destinés au même combat, celui d'émouvoir.

*Senses in motion, Walid Nahas, à la galerie Artspace, Hamra. Jusqu'au 23 juin 2017.

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