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Culture - Vient de paraître

Pour ne pas oublier Fathia Ahmad, entre Oum Koulsoum et Asmahan...

La chanteuse d'Égypte et du Levant, objet d'une biographie signée Mouhib Jamil (Dar al-Jadid, 165 pages), a encore le pouvoir de séduire le public avec ses roucoulades, ses soupirs et ses vibratos.

Un petit livre qui exhume le souvenir d'une chanteuse cairote qui eut son heure de gloire, de succès et de déclin au siècle dernier. Grandeur et décadence d'une diva arabe. Une vie tel un roman populaire, un peu à la Ihssan Abdel Koudouss. C'est pour cela que Mouhib Jamil la couche dans un livre (avec un ensemble de photographies très style star des studios Misr, aujourd'hui nationalisés) intitulé en toute simplicité Fathia Ahmad, Moutribat al-Katrein (Fathia Ahmad, la chanteuse des deux rives)*.

Premier opus sur une vedette du chant arabe dans toute ses ramifications populaires et populistes et, on l'espère, pas le dernier... Pas un livre aux grandes vertus littéraires, avec toutefois quelques passages relativement poétiques, mais à l'information sérieuse et étayée d'une documentation fournie.

Fasciné par la voix et le chant de la diva qui fut un moment la rivale d'Asmahan et d'Oum Koulsoum, l'auteur s'est attaché à rassembler ici les souvenirs écrits et oraux (presse et interview), qui ont fait l'essence et la tessiture d'un grand parcours artistique. Car, à l'actif de la cantatrice, d'innombrables collaborations avec la fine fleur des compositeurs arabes de l'âge d'or dont Sayyed Darwiche, Zakaria Ahmad, Ahmad Sabri, Daoud Husni, Riad al-Soumbati, Farid el-Atrache, et la liste est loin d'être exhaustive. Sans parler de plusieurs films égyptiens dont sa voix accompagnait le générique ou les moments phares.

Née (controverse entre 1905-1908) à Kerenfich, dans une famille modeste portée à la musique – ses trois sœurs étaient toutes dans le métier de la scène derrière le micro –, Fathia a été « découverte » par Nagib Rihani. Démunie et encore dans l'enfance, il l'adopte, car emballé par son don de sirène enchanteresse et ses vocalises hors normes. Et la lance.

Actrice, mais surtout chanteuse, elle s'est imposée entre 1927 et 1940, au moment où politique et technologie du son faisaient des changements radicaux dans la société. Surtout arabe. Elle a frayé avec Badiaa Massabni, a été aux côtés de Tahia Carioca, affronté Oum Koulsoum, a voulu semer Mounira al-Mahdia, s'est mesurée à Asmahan. Ce qui n'est absolument pas rien dans les milieux requins et piranhas de l'art égyptien !

Taktouka et tarab
Une vie riche, professionnellement turbulente, pleine de combats féroces dans les coulisses d'un univers aux paillettes empoisonnées qui ne cède rien et ne pardonne guère le succès aux étoiles montantes.
Plus d'une centaine de chansons entre taktouka, dialogues, monologues et poèmes. Le succès était sur disques et sur ondes d'une radio qui entrait en vedette dans tous les intérieurs et les cafés. Et succès à Bilad el-Cham entre soirées de ramadan et festivités de tout acabit dans le tourbillon d'une mode sociétale frivole obsédée par le keif et le tarab.

Et puis brusquement, après un mariage et un divorce, après les combats incessants avec Oum Koulsoum et la querelle avec le directeur de la radio égyptienne, c'est l'approche sournoise et fatale du diabète. Isolement et oubli jusqu'en 1975, l'année où l'artiste, qui savait si bien se maquiller et poser en déesse de la chanson, meurt, solitaire, malade et abandonnée. Ironie du sort et vanité humaine, elle meurt à la même année que l'astre d'Orient Oum Koulsoum, son ennemie jurée.

Voilà donc un livre écrit avec cœur, mais qui ne fait pas vivre, sur le plan littéraire, le personnage de Fathia Ahmad. Il reste un peu crayeux et n'étoffe pas suffisamment le personnage à la fois prestigieux et sans appui réel (sauf celui du public). Néanmoins, sans cet aspect des biographies palpitantes, car innervées de suspenses bien distillés et de détails croustillants, l'ouvrage reste un touchant hommage et le rappel d'une vie. Mais, en complément, on peut offrir aussi aux amateurs du genre une autre surprise: enjamber le temps et les époques en écoutant Fathia Ahmad, pour la (re)découvrir dans ses anciens enregistrements (ô miracle du rayonnement de la technologie) sur YouTube...

*Fathia Ahmad, Moutribat al-Katrein, de Mouhib Jamil (165 pages – Dar al-Jadid) en vente dans les librairies.

Un petit livre qui exhume le souvenir d'une chanteuse cairote qui eut son heure de gloire, de succès et de déclin au siècle dernier. Grandeur et décadence d'une diva arabe. Une vie tel un roman populaire, un peu à la Ihssan Abdel Koudouss. C'est pour cela que Mouhib Jamil la couche dans un livre (avec un ensemble de photographies très style star des studios Misr, aujourd'hui nationalisés)...
commentaires (1)

merci, je viens de mettre youtube, pour l'écouter

Talaat Dominique

09 h 37, le 08 mai 2017

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Commentaires (1)

  • merci, je viens de mettre youtube, pour l'écouter

    Talaat Dominique

    09 h 37, le 08 mai 2017

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