Marine Le Pen protégée par des gardes du corps après avoir été la cible de tirs d’œufs, lors d’un déplacement à Dol-de-Bretagne hier. Stephane Mahe/Reuters
Au lendemain d'un débat télévisé d'une brutalité sans précédent, la campagne présidentielle française touche à sa fin dans un climat tendu, avec une plainte hier d'Emmanuel Macron contre des rumeurs et un accueil houleux pour les deux candidats. Toujours en tête des sondages à la veille de la fin de la campagne et à trois jours du second tour, le jeune centriste proeuropéen a tenu son dernier grand meeting à Albi (Sud-Ouest). Sa rivale Marine Le Pen devait participer à une « fête populaire » dans un petit village du Nord. M. Macron a été accueilli à son arrivée à Albi par une cinquantaine de militants syndicaux qui l'ont interpellé sur une loi controversée libéralisant le code du travail. Mme Le Pen, elle, a été accueillie par des jets d'œufs lors d'un déplacement dans l'ouest de la France, avec des cris de « Dehors les fachos » à l'entrée d'une entreprise qu'elle a ensuite visitée.
Par ailleurs, les insinuations de Marine le Pen, pendant le débat télévisé de mercredi soir, sur « un compte offshore aux Bahamas » que son rival pourrait détenir – allégation massivement relayée par les réseaux sociaux proches de l'extrême droite – ont conduit M. Macron à déposer plainte pour « propagation de fausse nouvelle ». Le parquet de Paris a immédiatement ouvert une enquête, notamment pour faux et divulgation de fausses nouvelles en vue de détourner les suffrages.
Cette accusation était l'une des multiples attaques lancées mercredi soir par la candidate du Front national (FN) lors du seul face-à-face de l'entre-deux-tours, suivi par près de 16,5 millions de téléspectateurs.
« On se salit »
Lors du débat, Mme Le Pen a qualifié son adversaire « d'enfant chéri du système », de « candidat de la mondialisation sauvage », « du communautarisme » et de « la guerre de tous contre tous ». « Parasite », « grande prêtresse de la peur », a rétorqué M. Macron en l'accusant de prospérer sur la colère et sur la détresse des Français. À l'offensive sur tous les thèmes, et notamment sur les questions européennes, l'ancien ministre de l'Économie s'est présenté en défenseur de « l'esprit de conquête français » face à « l'esprit de défaite » incarné, selon lui, par son adversaire.
La confrontation télévisée, dernière grande occasion de convaincre les indécis, a marqué les esprits par sa violence et sa confusion. Selon un sondage d'après-débat, deux tiers des téléspectateurs ont trouvé le centriste plus convaincant, un tiers penchant pour Mme Le Pen – appréciation en phase avec les intentions de vote pour dimanche, à pondérer par la grande inconnue du taux d'abstention.
Marine Le Pen, 48 ans, s'est félicitée hier d'avoir « fait exactement ce que le peuple français attendait d'elle » face au « marquis poudré ».
Si, devant les micros, des responsables du FN ont fait des commentaires positifs sur la prestation de leur candidate, fait assez inhabituel, de sévères critiques ont également été émises dans les rangs du parti, plusieurs de ses soutiens évoquant en privé une débatteuse « très mauvaise » et parfois « incompréhensible ».
Le président socialiste François Hollande a, pour sa part, jugé que « l'ignorance » de Marine Le Pen sur les questions monétaires européennes « ne peut (lui) permettre d'être » présidente.
Alors que le conservateur Jacques Chirac avait refusé de débattre avec Jean-Marie Le Pen avant le second tour de 2002, M. Macron a assumé d'avoir accepté un face-à-face, « même si on se salit un peu » face à l'extrême droite dans ce type d'exercice, selon lui. « On n'arrive pas à tordre le cou à tous les mensonges, mais on en tue quelques-uns », s'est félicité ce novice en politique, qui mène sa première campagne électorale avec un mouvement, En Marche !, « ni de droite ni de gauche », créé il y a à peine un an.
À gauche, nombreux sont ceux qui comme l'ex-Premier ministre socialiste Manuel Valls ont salué sa performance face aux « injures, violences, mensonges, approximations », en appelant « ceux qui hésitent encore, ou veulent s'abstenir », à prendre « leurs responsabilités ». Une pique à destination de la gauche radicale emmenée par Jean-Luc Mélenchon, qui refuse majoritairement de choisir entre « peste et choléra ».
Source : AFP

