De gauche à droite, Najah Wakim, notre collaboratrice Scarlett Haddad, Georges Corm et Sayed Frangié.
La signature de l'ouvrage de Sayed Frangié, L'Histoire n'attend pas, à l'Unesco a été l'occasion d'une véritable discussion sur la situation actuelle en général dans le cadre d'un débat autour du livre auquel ont participé les anciens ministres Georges Corm et Albert Mansour ainsi que l'ancien député Najah Wakim, en présence de l'auteur. C'est surtout M. Wakim qui a fait l'événement en dénonçant violemment le climat confessionnel exacerbé qui règne actuellement et qui pourrait mener, selon lui, à une nouvelle guerre civile qui, sous prétexte de défendre les droits des chrétiens, les éliminera tout à fait de ce pays.
L'ouvrage est une compilation d'articles publiés par le penseur-journaliste Sayed Frangié dans différents médias et exprimant une réflexion profonde sur d'importants événements régionaux et locaux. Cela commence par l'accord Sykes-Picot puis la proclamation du Grand Liban, et finit par le « printemps arabe » en passant par le système confessionnel libanais qui empêche l'édification d'un État rassembleur ainsi que par la liberté de presse et l'apparition des nouvelles technologies de l'information.
Georges Corm et Albert Mansour ont loué l'ouvrage et les qualités d'historien de l'auteur, qui rapporte non seulement des faits avec une grande objectivité mais donne aussi en même temps des clés de compréhension dans le cadre d'une projection sur l'avenir. M. Mansour a qualifié l'auteur de « compagnon de lutte » (dans le cadre notamment du Mouvement national au début de la guerre libanaise), alors que Georges Corm a estimé qu'il avait été un peu injuste envers l'ère chéhabiste laquelle reste, selon lui, la seule tentative d'édifier un véritable État au Liban, alors que souvent, on n'en retient que les atteintes aux libertés de la part du Second bureau.
L'auditoire, essentiellement formé de personnalités de la mouvance « nationaliste » selon les classifications en vigueur avant 2005, écoutait avec ravissement l'exposé de ces positions qu'il n'était pas loin d'approuver et qui rappelait à de nombreux présents des souvenirs précieux.
Mais lorsque le tour de l'ancien député Najah Wakim est arrivé, l'atmosphère a totalement basculé. Avec son franc-parler habituel et son langage un peu cru, l'ancien député a déclaré que le Liban est actuellement à la veille d'une nouvelle guerre civile, sous le prétexte de « redonner leurs droits aux chrétiens ».
Profitant de l'ouvrage de Sayed Frangié et des sujets de fond qu'il soulève, il a dressé un tableau assez noir de la situation. Il a rappelé par exemple que « le président fort » dans l'histoire moderne du Liban a entraîné le pays dans une vague de turbulences. C'était vrai pour le mandat du président Camille Chamoun qui s'est terminé par la révolte de 1958, celui du président Sleiman Frangié, en pleine guerre civile, et enfin celui du président Amine Gemayel qui s'est aussi terminé dans le sang. Selon lui, le discours confessionnel actuel ne peut que porter préjudice aux chrétiens et monter contre eux les Libanais des autres confessions. Il a précisé que dans le climat actuel de tensions confessionnelles dans la région et de radicalisation religieuse, l'attitude des parties chrétiennes qui affirment vouloir récupérer les droits de la communauté est non seulement illogique mais aussi dangereuse.
Pour Wakim, le véritable ennemi des chrétiens « est le petit Daech qui se cache en eux ». C'est contre lui qu'ils doivent lutter. Quant à lui, il s'est déclaré druze lorsque les druzes sont attaqués, sunnite lorsque les sunnites sont attaqués, chiite lorsque ceux-ci sont attaqués, etc. La chrétienté, selon lui, est une ouverture et elle n'a aucun intérêt à se radicaliser et à se replier sur elle-même. Selon lui, les chrétiens n'ont aucun intérêt à adopter des thèses extrémistes car cela pourrait renforcer les courants islamistes radicaux et plonger le pays dans de nouvelles confrontations sanglantes, sur fond d'instabilité, voire de chaos régional. Au contraire, les chrétiens devraient, selon M. Wakim, être les promoteurs de l'État civil, le seul en mesure de les protéger et de renforcer leur présence dans le pays. Sinon, ils montreraient qu'ils n'ont rien appris du passé.
Najah Wakim a été vivement applaudi par les présents et même si certains ont estimé qu'il allait trop loin dans sa vision pessimiste, tous avaient le sentiment qu'il fallait tirer une sonnette d'alarme pour sortir de la radicalisation des positions politiques qui est en train de mener le pays dans une impasse constitutionnelle et peut-être existentielle. Bref, il s'agit d'un point de vue qui détonne (et qui étonne) dans le paysage politique actuel.
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JE ME RAPPELLE QU,ELEVE D,APPARTENANCE NASSERIENNE IL A ETE ELU POUR RIGOLADE...
21 h 18, le 04 mai 2017