La Dernière

Je veux des bonbons

Un peu plus
29/04/2017

Des marshmallows, des fraises tagada, des crocodiles rouge, vert et jaune, des Dragibus, des caramels Mackintosh, des nougats de chez Attié, des Carambars, des soucoupes pleines de poudre acidulée, des coquillages roudoudou, des oursons à la guimauve, des rouleaux de réglisse, des bouteilles cola, des minioursons, des Tic Tac, des Pez, des cocobats, des Smarties, des Cupidon, des Malabar, des ChupaChups, des sabots. Je veux aussi des Kinder Surprise, des Tutti Frutti, des Unica, du Nutella, des Chiclets et des Hollywood chewing-gums.

Le monde régresse, alors tant qu'à faire, que nos plaisirs le fassent aussi. Je veux des plaisirs régressifs. Manger avec les doigts le biscuit roulé au chocolat où on a cassé des 555 de Ghandour et qu'on a mis au freezer pendant la nuit. Manger de la purée avec des œufs durs à l'intérieur et ne pas avoir à penser à l'amidon des pommes de terre, au nombre de calories et au cholestérol qui s'y trouvent. Manger des frites faites maison, à midi et le soir, sans aucune culpabilité, et ensuite, aller courir dans le jardin en me foutant complètement de savoir si mon survêt ne moule pas trop mes fesses ; me foutant totalement de trébucher dans la boue et de salir mon t-shirt Dior We should all be feminists ; me foutant en réalité de tout.

Voilà en fait ce qui nous ferait probablement du bien par les temps qui courent. Ne se poser aucune question d'ordre existentiel, professionnel, économique, sentimental, familial, blablabla. Ne se poser aucune question compliquée à la réponse compliquée. Se demander juste si faire un château de sable serait plus judicieux, un mètre de plus à l'intérieur des terres, au lieu de se demander si les législatives vont avoir lieu. Se demander si, avec ces 5 000 LL que nos parents nous ont données, il était préférable d'acheter un sac de Haribo mchakkal ou 4 KitKat, au lieu de se voir aller à la banque un lundi matin à 9 heures (déjà que c'est dur un lundi matin...) pour payer ses impôts avant la fin avril – impôts qui ne nous apportent strictement rien et qui vont directement dans les poches du chauffeur d'un des politiques qui nous gouvernent. Entendre des cris, des hurlements, des rires, des disputes dans la cour de récréation et pas dans une manifestation. Lire des petits mots doux bourrés de fautes d'orthographe et pas des statuts haineux sur Facebook.
Voilà ce qui nous ferait du bien. Faire de la balançoire, les cheveux au vent, en n'ayant « même pas peur » quand on monte plus haut. Plonger dans la piscine sans avoir froid, ni peur de se mouiller le brushing. Rire aux éclats, sans avoir honte, d'une blague débile parce que c'est notre petit amoureux qui nous l'a racontée. Se disputer avec son meilleur ami et se réconcilier 5 minutes plus tard, sans avoir eu à parler, à essayer de comprendre, à argumenter, à faire la gueule ; tout simplement parce que quand on aime, on ne parle pas.

Sauter dans les flaques et trouver un arc-en-ciel sublime, ailleurs que sur les nouveaux sacs Charlotte Olympia. Porter des pantoufles rigolotes parce que c'est rigolo et pas des mules/charentaises/écrase écureuil qu'une grande marque italienne a lancées et que c'est à la mode. Parce que quand on est petit(e)s, on se fout de la mode. On aime les froufrous et les volants parce qu'on aime les froufrous et les volants. On aime Barbie, quelles que soient ses mensurations; les Matchbox, quelle que soit la marque de la voiture ; les cookies quels que soient les colorants qui s'y trouvent. On aime avoir peur pour de faux devant un film de superhéros, dans une montagne russe, et pas pour de vrai devant les propos racistes d'une fausse héroïne ou en voyant la politique d'un président russe.

Aujourd'hui, j'aurais tellement aimé me casser les dents sur des Carambars, avaler de travers une grosse boule de chewing-gum, écorcher mes genoux, avec toute l'insouciance du monde ; plutôt que de me casser les dents dans un projet inabouti, d'avaler une fois de plus les couleuvres de la corruption, d'écorcher mon cœur et mes principes... avec toute la conscience du monde.

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Eleni Caridopoulou

Ou manger un knefe ....

Aoun Imad

Tres bel article , frais et effervescent !!!!

Imad A. Aoun

Chammas frederico

Faire le vide. Se laisser aller, comme c'est tentant, dans ce monde ou tout fait souci...y compris l'inquiétude de voir "le monde" et nos douces habitudes égoïstes, bousculés par l'arrivée au pouvoir de Marine...
Repli sur soi ou méditation?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

HALLA IYEM EL FOUL EL AKHDAR WILL BAZELLA YIA MADAME ...

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