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La Dernière

Lumi plus roots, plus humain, plus fragile

Électro

Le groupe phare du début des années 2000 sort d'un hiatus voulu de plusieurs années pour offrir un second album, « The Night Was a Liar », en forme de remise en question et de retour aux sources, accompagné d'un concert, le samedi 30 avril, à Ked.

28/04/2017

En juin 2008, pour soutenir la sortie de son premier album Two Tears in Water, Lumi se produisait à Ajram Beach pour un concert très attendu. Pierre angulaire de la scène rock, le groupe était aussi le fer de lance de la jeune scène électronique libanaise. Ayant signé quelques années auparavant chez EMI Arabia, Mayaline Hage et Marc Codsi, les leaders du groupe avaient bénéficié des moyens de production et de promotion d'un groupe international.

Grâce à ce label, ils avaient eu accès à un producteur européen et aux moyens qui vont avec : des concerts partout dans le monde, aussi bien à Barcelone pour le mythique Sonar qu'à Dubaï pour l'ouverture du Virgin en présence de Richard Branson, son fondateur. Ils ne le savaient pas quand ils avaient signé, mais leur sublime premier album allait subir de plein fouet la crise de l'industrie musicale et la remise en cause de son business model.

iTunes et le numérique étaient passés par là et les major coupaient les crédits, moins d'argent pour les jeunes groupes prometteurs, moins de filiales (exit EMI Arabia), moins de promo, bref moins de tout, et bye bye les engagements déjà pris pour des sorties à l'étranger. La machine toussait et les victimes étaient les artistes.

Alors que l'album était promis à des sorties partout dans le monde, à un soutien international, à une tournée, la disparition de leur label arrête tout et les coupe dans leur élan. Ils ne pouvaient seuls retourner la situation. À cette époque, les labels étaient encore la voie obligatoire et aucune alternative n'existait. Le coup est rude pour les deux artistes, et leur attrait pour la musique en prend un coup. Ils se séparent, s'exilent au Canada pour Codsi et à Paris pour Hage.

 

 

 

 

Victoire à la Pyrrhus
Pourtant, leur parcours depuis leur rencontre en 2001 avait été presque un sans-faute. Lors d'une des premières éditions du festival de musique expérimentale Irtijal, celle qui à l'occasion et selon ses termes « faisait des bruits avec sa bouche » rencontre le guitariste, membre des déjà actifs Scrambled Eggs. À la recherche d'un format plus maîtrisé et de vrais textes et mélodies, ils commencent à répéter ensemble et sortent un premier EP contenant 5 titres autoproduits en 2005. Concert au Basement, clip réalisé par Sary Sehnaoui, tout sourit au duo et la machine est relancée. EMI Arabia signe à nouveau et s'engage sur un soutien en forme de victoire à la Pyrrhus qui se terminera avec la sortie du dernier extrait de l'album, Taste of Life, sur un label australien en 2010. Les éditions étrangères promises grâce au contrat avec la major ne verront jamais le jour. Le groupe devient ainsi une victime collatérale de la montée de iTunes.

Chacun de son côté, sur deux continents différents, le duo se remet en cause, réfléchit, se reconstruit. L'attrait pour la musique est toujours aussi fort, le besoin de s'exprimer monte à nouveau, et la nécessité de reformer le groupe fait jour. Marc Codsi devra même faire le coup de la panne à Mayaline Hage pour pouvoir commencer à discuter et retravailler.

2013 est l'année des retrouvailles et du début des intentions. Leur point de départ est clair : ils ne veulent pas rebondir sous le même format des débuts, avec beaucoup de machines et de production. Elle joue maintenant de la guitare, et leur son sera plus brut. Des titres sortent en streaming, plusieurs concerts sont organisés au Liban, dont un dans le cadre de Wickerpark en septembre 2016. Les retours sont bons et la sortie de l'album est programmée pour 2017. Enregistré à Montréal dans les studios Thee Mighty Hotel 2 Tango de leur compatriote Radwan Moumneh, le duo est maintenant produit par Keeward. The Night Was a Liar sonne comme un bilan/perspectives. Très fier de ce qu'il avait réussi, conscient d'avoir été victime de la fin d'une ère, le duo laisse transparaître sa fragilité, ses doutes, et veut repartir sur des bases plus humaines, plus roots, plus ouvertes aussi sur les autres. Il fait désormais face à la réalité, et, comme les années 2000-2010 qui sont terminées, la période qui s'est ouverte est beaucoup moins drôle, plus profonde. Les 8 titres qui composent l'album forment un tout mature et brut. Le concert de Lumi le 30 avril à Ked (La Quarantaine) le montrera. C'est une date charnière dans la carrière du duo, ce qu'on a coutume d'appeler l'album de la maturité.

 

 

 

Pour mémoire

En plein(e) Lumi(ère), enfin !

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