Le groupe brésilien JBS est aujourd’hui le premier exportateur mondial de viande bovine. Yasuyoshi Chiba/AFP
En deux décennies, le Brésil, secoué par un scandale international de viande avariée, est devenu le 1er exportateur mondial de viande bovine et de volaille, au prix d'un fort soutien public, d'une déforestation accrue de l'Amazonie et de contrôles sanitaires variables selon les acheteurs.
Alors que le pays a perdu d'un coup plusieurs de ses principaux marchés à l'exportation depuis la semaine dernière, la crise alimentaire en cours oblige le gouvernement à voler au secours de la filière viande après la découverte d'un réseau de corruption présumé au sein de géants de l'agro-industrie comme JBS et BRF, accusés de certifier et revendre de la viande avariée.
Le secteur doit en grande partie sa fulgurante expansion à la politique des « champions nationaux » menée par le gouvernement Lula dans les années 2000. La Banque nationale de développement économique et social (BNDES), bras financier de l'État brésilien, a débloqué des fonds importants pour soutenir le secteur. La banque a ainsi versé plus de 4,8 milliards de dollars entre 2008 et 2011 aux seuls géants Marfrig et JBS, soit près du quart des déboursements destinés aux industries alimentaires sur la période.
Premier exportateur
Le groupe brésilien JBS est aujourd'hui le premier exportateur mondial de viande bovine. Avec BRF et Marfrig, les deux autres géants brésiliens de l'agroalimentaire, ils maîtrisent « entre 40 et 55 % de la production brésilienne (de viande) et plus de 70 % des exportations », pointe une note diplomatique européenne publiée en 2013.
Il y a eu un développement considérable du système productif, à partir du milieu des années 1990. Entre 1997 et 2016, le pays a triplé sa production de volailles, passant de 4,5 à 13,5 millions de tonnes, selon le Cepea, et en est devenu le premier exportateur mondial, avec 40 % du marché. La production de viande bovine a aussi plus que doublé, à 7,3 millions de tonnes contre 3,3. Dans le même temps, le volume des exportations a quasiment décuplé, à 1,4 million de tonnes contre quelque 160 000 tonnes seulement en 1997. Au total, en 2016, le secteur de la viande a généré 13 milliards de dollars d'exportation, soit 7 % du total des exportations du géant sud-américain.
La fulgurante transformation du Brésil en acteur majeur sur le marché de la viande a-t-elle conduit le pays à négliger les normes sanitaires ? « Plusieurs circuits aux contraintes sanitaires différentes permettent aux filières brésiliennes de respecter les impératifs des importateurs les plus exigeants, comme l'Union européenne (...) mais aussi de limiter leurs coûts pour abonder des marchés beaucoup moins regardants », expliquait néanmoins le rapport européen en 2013. « Condamner tout un secteur est exagéré, mais il est vrai que les investissements dans le système sanitaire n'ont pas suivi l'évolution du secteur », admet aussi le chercheur Sergio de Zen.
Morgann JEZEQUEL/AFP


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