En 2015, le Massachusetts a attiré 28 % du total des investissements de capital-risque dans les biotechs américaines. Dominick Reuter/AFP
De Novartis à Sanofi en passant par Pfizer, les grands acteurs de l'industrie pharmaceutique se pressent à Cambridge (nord-est des États-Unis), en face de Boston, où bat le cœur des biotechnologies appliquées à la santé, stimulé par un terreau médico-scientifique d'excellence.
Autour de Kendall Square, bureaux tout en verre et centres de recherche poussent comme des champignons depuis un quart de siècle. Boston accueille de nombreux instituts de recherche et plusieurs hôpitaux parmi les mieux financés du pays, en pointe dans le cancer, les maladies pédiatriques ou encore les maladies infectieuses.
« Il est difficile d'imaginer un meilleur endroit qu'ici pour des biotechs », estime Anna Greka, chercheuse dans les maladies rares du rein au Broad Institute, un vaste organisme de recherche de Cambridge. « Ici, on raconte en plaisantant qu'on ne peut pas obtenir de promotion dans sa carrière universitaire avant d'avoir fondé sa propre start-up », ajoute-t-elle.
Des liens étroits unissent en effet les centres académiques et les laboratoires industriels de la région, depuis la fin des années 1970 et le début des années 1980, marquées par la double révolution de l'informatique et du séquençage de l'ADN. Le MIT, Harvard et consorts sont alors devenus « le terrain d'essaimage » des jeunes entrepreneurs issus de ces révolutions technologiques, explique à l'AFP Jean-François Formela, partenaire du fonds de capital-risque de Cambridge Atlas Venture. Dans leur sillage sont arrivés des fonds de capital-risque spécialisés dans les sciences de la vie, comme Atlas, Flagship et Third Rock, facilitant l'éclosion de biotechs, ajoute M. Formela, installé à Boston depuis 1993.
Niveau record
En 2015, le Massachusetts, petit État du nord-est des États-Unis, a attiré 28 % du total des investissements de capital-risque dans les biotechs américaines, soit 2,1 milliards de dollars, un niveau record, selon le dernier rapport de MassBio, l'organisation qui fédère l'écosystème local des sciences de la vie. Quelque 425 biotechs étaient implantées dans le Massachusetts en 2015, et plus de 250 rien que dans l'agglomération de Boston, d'après MassBio.
Au début des années 2000, le suisse Novartis a lancé le mouvement de l'implantation de la « big pharma » à Cambridge, une vague ininterrompue depuis : « Les sites de recherche-développement sont en restructuration dans le monde entier, sauf à Boston », assure M. Formela.
Sanofi a pris le train en marche en rachetant en 2011 l'un des enfants du pays, la biotech Genzyme, pour 20 milliards de dollars. Avec 5 000 salariés dans la région, Sanofi Genzyme, spécialisée dans les maladies rares, la sclérose en plaques et désormais aussi l'onco-hématologie et l'immunologie, est le principal employeur du secteur biopharmaceutique dans le Massachusetts. Ce secteur comptait plus de 63 000 salariés en 2015, une hausse de 37 % en dix ans, et la moitié de ces effectifs était dédiée à la recherche-développement, selon MassBio. Quelque 1 645 molécules étaient développées par des biotechs basées dans le Massachusetts en 2015, soit près de 6 % des médicaments en développement dans le monde, toujours d'après l'organisation.
Boston-Cambridge est toutefois concurrencé de près par l'autre grand pôle des biotechs, à l'autre bout des États-Unis : la Silicon Valley, où les géants de l'internet comme Google, Apple et Facebook nourrissent de grandes ambitions dans la santé et où le capital-risque abonde.
Étienne BALMER / AFP

