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Victor el-Kik : authenticité et humanisme

Hommage
18/03/2017

Victor el-Kik occupait dans la vie du Liban et du monde arabe durant plus d'un demi-siècle une place rayonnante sur les plans universitaire, culturel et associatif.
S'il me fallait sonder les profondeurs peu connues, et généralement étouffées, du patrimoine arabe en matière de valeurs démocratiques, s'il me fallait retrouver les sources arabes et islamiques du pluralisme, porter un regard prospectif sur l'avenir, je n'avais personne d'autre en priorité que Victor el-Kik.
Sa culture était aussi encyclopédique que modeste, discrète et dénuée de toute préciosité ou de tout académisme de façade. Elle baignait dans un humanisme universel où les notions de progrès et de tradition se diluaient dans une authenticité qui pénètre l'intelligence, le cœur et l'âme.
Éducateur né, il pressentait avec spontanéité que l'éducation est par essence relation et qualité relationnelle. On ne pouvait connaître Victor el-Kik et sortir indifférent, indemne, de sa présence, sans s'interroger sur la substance des choses et des êtres.
Il fut fidèle compagnon de la Fondation libanaise pour la paix civile permanente durant plus de trente ans. Quand nous avons pensé entamer un début de relecture du patrimoine littéraire et philosophique arabe, où la violence et les genres du hija' (poésie diffamatoire) et du madeh (panégyrique) sont dominants et propagés dans les programmes éducatifs à des millions de jeunes Arabes, ce fut Victor el-Kik le plus habilité à cette relecture pour un monde arabe avide de démocratie.
Victor el-Kik laisse une œuvre monumentale, diverse et en partie éparpillée dans des écrits personnels et collectifs. Je le sollicitais en permanence pour rassembler ce travail, non pour lui, mais pour les autres et pour demain. Des générations lui doivent la générosité dans la quête du savoir, le souci de l'authenticité et de l'humanisme, la spiritualité profonde, débordante et contagieuse.
Sa personne même témoignait de la synthèse libanaise, de l'arabité civilisée et non celle des prisons, et de la dimension internationale du Liban. Sur son lit d'hôpital, avec des yeux presque clos, il lançait un regard lumineux, reflet d'une âme sereine, d'une vocation pleinement assumée et d'une espérance infinie.

Antoine MESSARRA
Membre du Conseil constitutionnel
Titulaire de la chaire Unesco d'étude comparée des religions, de la médiation et du dialogue, USJ

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