« Nous sommes prêts à fournir nos matériaux de construction pour tous types de projets d’infrastructures aux États-Unis », a déclaré Eric Olsen, le patron de Lafarge. Thomas Samson/AFP
Lorgnant sur le colossal programme de travaux publics en préparation aux États-Unis, le groupe franco-suisse LafargeHolcim se dit prêt à vendre son ciment pour le mur anticlandestins promis par Donald Trump, assure son PDG. Ce projet à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, évalué à plusieurs dizaines de milliards de dollars, est au centre d'une crise diplomatique entre Mexico et Washington et suscite des critiques à travers le monde.
« Nous sommes prêts à fournir nos matériaux de construction pour tous types de projets d'infrastructures aux États-Unis », déclare Eric Olsen, le patron du géant du ciment, interrogé sur sa possible participation à ce chantier controversé. « Nous sommes le premier cimentier aux États-Unis (...). Nous sommes ici pour soutenir la construction et le développement du pays », justifie le dirigeant.
Questionné sur les conséquences sur la réputation du groupe, Eric Olsen insiste sur le fait que LafargeHolcim ne fait pas de politique. « Nous n'avons pas d'opinion politique », martèle le patron, refusant par ailleurs de s'exprimer sur le financement indirect par Lafarge en 2013 et 2014 de groupes armés en Syrie, pays déchiré par un long conflit, pour maintenir en activité une des ses cimenteries. Mais, hier, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a appelé LafargeHolcim à « bien réfléchir », avant de vendre son ciment pour le mur avec le Mexique, « parce qu'il y a d'autres clients dans le monde qui vont regarder cela avec une certaine stupéfaction ».
À l'abri d'un boycott
Si ces positions sont de nature à valoir au groupe une mauvaise publicité et des remontrances des politiciens, notamment en Europe, l'impact matériel serait, lui, négligeable, car LafargeHolcim ne vend pas directement son ciment aux consommateurs. Il est ainsi à l'abri d'un potentiel boycott populaire.
L'entreprise espère être un des grands gagnants du programme d'investissements de 1 000 milliards de dollars promis par Donald Trump pour rénover les infrastructures américaines. Ce plan devrait inclure la construction du mur frontalier, croit savoir la presse américaine. « Il va y avoir une hausse importante des dépenses d'infrastructures », anticipe d'ores et déjà Eric Olsen, parlant des premiers effets sur les résultats de LafargeHolcim à partir de 2018. « Nous sommes bien placés pour tirer profit de ces investissements. »
Le groupe, qui a renoué avec les bénéfices en 2016, devrait annoncer dans les prochaines semaines aux États-Unis des créations d'emplois. « Je ne peux pas donner de chiffre exact, mais ce sera important », avance Eric Olsen. Autre élément qui pourrait séduire M. Trump, qui martèle depuis des semaines sa stratégie de donner la priorité aux salariés, marchandises et entreprises américains : LafargeHolcim dispose de sites de production au Texas et des opérations dans le Nouveau-Mexique et en Arizona, soit trois des quatre États américains frontaliers du Mexique. Le groupe vient par ailleurs de construire deux nouvelles usines dans le Maryland et l'Oklahoma et a ouvert de nouvelles capacités dans les États de New York et du Missouri, en prévision du redressement en cours du secteur de la construction.
Luc OLINGA/AFP

