Les exportations chinoises ont trébuché en février, avec un repli surprise de 1,3 % sur un an à 120,1 milliards de dollars. Archives AFP
La Chine a enregistré en février un déficit commercial inattendu, pour la première fois depuis trois ans, à la faveur d'une envolée de ses importations et d'un repli des exportations, témoignant des distorsions dues au Nouvel An lunaire. Le commerce extérieur du géant asiatique, au coude-à-coude avec les États-Unis comme première puissance marchande du globe, a accusé le mois dernier un déficit de 9,15 milliards de dollars, ont annoncé hier les douanes, après un excédent de 51,3 milliards en janvier.
En plein essoufflement de la conjoncture de la deuxième économie mondiale, ces statistiques sont attentivement scrutées: malgré son effritement, le commerce extérieur reste un moteur traditionnel du PIB chinois. Or, cet important déficit prend tout le monde de court: les analystes sondés par Bloomberg anticipaient pour février un excédent de 27 milliards de dollars.
De son côté, l'administration du président américain Donald Trump ne désarme pas contre Pékin, qu'elle accuse de manipuler sa devise pour doper artificiellement ses exportations et creuser à dessein son excédent. Certes, le retournement de la balance commerciale s'explique avant tout par la solidité des importations : elles ont bondi de 38,1 % sur un an à 129,2 milliards de dollars. Une saisissante accélération par rapport à janvier (+16,7 %) et bien au-delà de l'anticipation du marché (+20 %). « Mais il faut prendre ces chiffres avec des pincettes, étant donné le décalage du Nouvel An lunaire, lequel perturbe considérablement l'activité des ports et des usines », avertit Julian Evans-Pritchard, du cabinet Capital Economics.
Déficit saisonnier
Le phénomène est habituel: les entreprises tendent à réduire leurs achats et à intensifier les exportations avant le Nouvel An, pour honorer leurs commandes et limiter leurs stocks, rappelle Yang Zhao, analyste de Nomura. De l'avis général, ce déficit purement saisonnier ne devrait donc pas durer. Pour autant, l'envolée des importations traduit aussi « la bonne santé de la demande intérieure, aidée par l'essor des investissements », ainsi que « le renchérissement des matières premières », insiste M. Zhao. Plus circonspect, Li Daokui, professeur de l'Université Tsinghua à Pékin, s'alarme cependant des « fausses importations »: des opérations commerciales n'existant que sur le papier, élaborées pour camoufler des fuites de capitaux à l'étranger, expliquait-il récemment à Bloomberg.
À l'inverse, les exportations ont trébuché en février, avec un repli surprise de 1,3 % sur un an à 120,1 milliards de dollars, selon les douanes, à rebours de la hausse de 14 % attendue par le marché. Ce recul intervient au moment où les exportations de la Chine commençaient tout juste à se remettre d'une vertigineuse dégringolade: elles s'étaient repliées de 7,7 % sur l'ensemble de 2016 et avaient dévissé de 6,1 % sur le seul mois de décembre, avant de rebondir de 7,9 % en janvier.
« Le mieux reste encore d'attendre mars pour y voir plus clair : l'amélioration de l'activité manufacturière aux États-Unis et en zone euro », ainsi que de solides commandes à l'export pour les entreprises chinoises, « augurent de perspectives encourageantes », souligne Betty Wang, analyste de la banque ANZ. « À moins d'une guerre commerciale sino-américaine... » ajoute-t-elle.
L'horizon n'est pas sans nuages: la croissance chinoise est tenue à bout de bras par un endettement alarmant, et surtout les échanges chinois restent hantés par l'ombre de Donald Trump.
(Source : AFP)


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