Agop Manut, jeune Sud-Soudanais souffrant de malnutrition et de troubles respiratoires, le 11 octobre 2016. Albert Gonzalez Farran/AFP
Pour la première fois, le gouvernement sud-soudanais a déclaré l'état de famine dans plusieurs zones du pays, une situation que les agences humanitaires déplorent d'autant plus qu'elle est « causée par l'homme », à savoir par la guerre qui ravage le pays depuis plus de trois ans.
Plusieurs zones de la région d'Unité (Nord) sont désormais « classées comme étant en famine (...) ou courant le risque d'être en famine », a déclaré à la presse Isaiah Chol Aruai, président du Bureau national des statistiques, se fondant sur l'échelle IPC, le critère le plus utilisé pour classifier la sécurité alimentaire. « Les effets à long terme du conflit, couplés aux prix élevés de la nourriture, à la crise économique, à une production agricole réduite et à un accès réduit aux moyens de subsistance » ont pour conséquence que 4,9 millions de Sud-Soudanais (sur un total de 11 millions d'habitants) sont désormais classés dans les trois niveaux supérieurs de l'échelle IPC, selon Isaiah Chol Aruai.
Hier, trois organisations des Nations unies, le Fonds pour l'enfance (Unicef), le Fonds pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM), ont indiqué que 100 000 Sud-Soudanais de la région d'Unité souffraient de famine, le niveau le plus élevé de l'échelle IPC. Environ 1 million de Sud-Soudanais risquent par ailleurs la famine dans les prochains mois, selon la même source. « Lorsqu'on déclare officiellement l'état de famine, cela veut dire que les gens ont déjà commencé à mourir de faim », ont indiqué ces trois organisations dans un communiqué commun. « Cette situation alimentaire est la pire depuis le début des combats (de la guerre civile) il y a plus de trois ans. »
Causée par l'homme
La famine déclarée hier est la première qui l'est dans la région depuis celle qui a tué 260 000 personnes en Somalie en 2011. Indépendant depuis 2011, le Soudan du Sud a plongé en décembre 2013 dans une guerre civile ayant fait des dizaines de milliers de morts et plus de 3 millions de déplacés, malgré le déploiement de quelque 12 000 Casques bleus.
Cette guerre, dans laquelle des atrocités ont été attribuées aux diverses parties du conflit, oppose principalement les troupes du président Salva Kiir, d'ethnie dinka, aux hommes de l'ancien vice-président Riek Machar, issu de l'ethnie nuer. Les Nations unies ont mis en garde contre un risque de génocide. La région pétrolière d'Unité, une région nuer d'où est originaire Riek Machar, est une des plus touchées par le conflit.
« La plus grande tragédie du rapport publié aujourd'hui... c'est que le problème a été causé par l'homme », a déploré Eugene Owusu, coordonnateur des affaires humanitaires de l'ONU pour le Soudan du Sud, regrettant par ailleurs que le travail des agences humanitaires soit compliqué par le conflit (réserves pillées, travailleurs humanitaires attaqués...). M. Owusu a appelé « le gouvernement, les belligérants et tous les acteurs à soutenir les humanitaires et leur fournir l'accès nécessaire pour qu'ils puissent continuer à fournir les services vitaux à la survie de ceux qui sont dans le besoin ».
« La population est constituée principalement de fermiers et la guerre a perturbé l'agriculture. Les gens ont perdu leur bétail, même leurs outils agricoles. Depuis des mois, les gens dépendent entièrement des plantes et des poissons qu'ils peuvent trouver », a expliqué Serge Tissot, représentant de la FAO au Soudan du Sud.
(Source : AFP)

