Surnommé « El Loco » (le fou), Marcelo Bielsa est capable de colères homériques. Sa recette est simple : un foot romantique, spectaculaire, ultra offensif et sans la moindre concession. Denis Charlet/AFP
Un entraîneur adoré par les supporteurs des équipes qu'il a dirigées, mais dévoré par son exigence et moqué pour ses manières excentriques et son faible palmarès : tel est le technicien argentin Marcelo Bielsa, qui va arriver à Lille après avoir présidé aux destinées de Marseille. Dans un communiqué publié hier sur son site officiel, le club de Ligue 1 a officialisé le recrutement de Bielsa à partir du « 1er juillet prochain » ;
une prise de choix pour le nouveau propriétaire de Lille, Gérard Lopez.
Tout Bielsa résumé dans ces mots : l'intransigeance, l'extravagance et la passion que lui ont vouées, chez les Newell Old Boy's (1990-1992), à l'Athletic Bilbao (2011-2013) et à l'Olympique de Marseille (OM, 2014-2015), la plupart des supporteurs. L'Argentin de 61 ans, regard impénétrable, silhouette empesée et désintérêt ostensible quant à sa façon de s'habiller, a une recette simple pour faire chavirer le cœur des supporteurs : son football est romantique, spectaculaire, ultra offensif et sans la moindre concession. En un mot, passionnel. Sa méthode de travail, très exigeante physiquement, permet de tirer le meilleur de ses joueurs, qui n'hésitent pas à se ruer à l'attaque pour marquer encore et toujours plus de buts.
Avec lui, l'OM est sacré champion d'automne en Ligue 1, André-Pierre Gignac concurrence Zlatan Ibrahimovic au classement des buteurs et Dimitri Payet étincelle dans un rôle de génial meneur de jeu. Le Vélodrome est plein à craquer, bouillant comme à la grande époque olympienne. Autre talent : il fait éclore de jeunes joueurs que le club peut ensuite revendre à bon prix (Michy, Mendy, Imbula, Thauvin).
Son personnage, aussi, fascine. Surnommé « El Loco » (le fou), assis sur son éternelle glacière, capable de colères homériques, il s'en prend violemment lors d'une conférence de presse à son président de l'époque, Vincent Labrune, accusé de lui avoir fait des promesses de recrutement non tenues. Mais son intransigeance a une conséquence fâcheuse : ses joueurs sont lessivés par ses exigences de travail et il demande à chacun le même investissement que celui, total, qu'il place dans ses projets.
Il n'est pas enclin aux compromis, d'où des expériences systématiquement très courtes avec en point d'orgue son passage à la Lazio Rome, stoppé à l'été 2016 au bout de... deux jours, faute de garanties sur le recrutement. Seule exception : ses mandats comme sélectionneur de l'Argentine (1998-2004) et du Chili (2007-2011). Avec là aussi, les deux facettes de Bielsa. D'un côté, le football séduisant, les joueurs transcendés et les supporteurs enthousiastes. De l'autre, les résultats pas toujours au rendez-vous. Résultat, le palmarès de ce fils d'une riche famille d'intellectuels et d'hommes politiques se réduit à trois championnats d'Argentine (1991, 1992, 1998), une médaille d'or aux JO (2004) et quatre finales, toutes perdues, en Copa Libertadores avec Newell's (1992), en Copa America avec l'Argentine (2004), en Europa League et Coupe d'Espagne avec Bilbao (2012). Un piètre CV qui lui vaut d'être régulièrement critiqué.
Il peut toutefois se targuer d'avoir inspiré des entraîneurs qui ont, eux, atteint des sommets : Jorge Sampaoli, Diego Simeone, Mauricio Pochettino et surtout Pep Guardiola. Ce dernier, en 2012, avait assuré que Bielsa était tout simplement le « meilleur entraîneur de la planète ». Car chez ses confrères aussi, l'Argentin déchaîne les passions.
(Source : AFP)


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