Nicolas Sarkozy, le 28 mars 2012, en pleine campagne présidentielle. Martin Bureau/AFP
Après avoir échoué à revenir au pouvoir, l'ex-président de droite français Nicolas Sarkozy voit son horizon judiciaire s'obscurcir à nouveau, avec son renvoi en procès pour ses dépenses faramineuses lors de la campagne présidentielle de 2012. L'ancien chef d'État, aujourd'hui retiré de la vie politique, va faire appel de son renvoi pour financement illégal de campagne électorale, un délit passible d'un an de prison et de 3 750 euros d'amende.
C'est la deuxième fois qu'un ancien président est renvoyé en procès dans une affaire politico-financière depuis 1958, après Jacques Chirac (1995-2007), condamné en 2011 à deux ans de prison avec sursis dans une affaire d'emplois fictifs à la mairie de Paris. La décision du juge Serge Tournaire était attendue depuis quelques semaines. Le parquet de Paris avait également requis un procès pour M. Sarkozy, qui a été sèchement éliminé en novembre à la primaire de son camp pour la présidentielle cette année.
L'ancien président se voit reprocher d'avoir dépassé le plafond des dépenses autorisées, « en engageant sans tenir compte des deux alertes adressées par les experts comptables de sa campagne (...) des dépenses électorales pour un montant d'au moins 42,8 millions d'euros », a expliqué une source judiciaire. Un chiffre bien au-dessus du plafond légal, alors fixé à 22,5 millions. Les images de certains meetings du président sortant avaient impressionné par la débauche de moyens déployés. De réunions supplémentaires en meetings géants organisés dans l'urgence par la filiale d'une société, Bygmalion, la campagne avait pris des allures de « train qui filait à toute vitesse », avait lancé l'un des responsables de la campagne, Jérôme Lavrilleux.
Fausses factures
M. Sarkozy peut encore s'accrocher à l'espoir de voir la procédure contestée devant la chambre de l'instruction, car seul l'un des deux juges saisis, Serge Tournaire, a signé l'ordonnance. Des sources proches du dossier ont expliqué que l'autre juge saisi, Renaud van Ruymbeke, ne partageait par la même analyse sur une implication de l'ancien président. « Ce désaccord manifeste entre ces deux magistrats, saisis d'une même information (judiciaire), fait rarissime pour être souligné, illustre l'inanité de cette décision », a estimé hier l'avocat de M. Sarkozy, Thierry Herzog.
Cadres de son parti UMP (aujourd'hui baptisé Les Républicains), responsables de l'équipe de campagne, dirigeants de la société Bygmalion, experts-comptables : le juge a ordonné le renvoi en procès de 13 autres personnes pour faux ou usage de faux, escroquerie ou complicité d'escroquerie, abus de confiance ou recel et complicité de financement illégal de campagne. Car l'affaire porte avant tout sur un système de fausses factures à grande échelle pour masquer le dépassement du plafond, en profitant des faiblesses des contrôles.
Le scandale avait éclaté en 2014, quand des cadres de Bygmalion et Jérôme Lavrilleux avaient révélé l'existence de ce système au profit de la campagne de M. Sarkozy, alors qu'ils étaient eux-mêmes accusés de malversations, mais en faveur d'un autre ténor du parti, Jean-François Copé, finalement mis hors de cause. L'enquête n'a pas permis de déterminer qui a donné l'ordre. Plusieurs protagonistes ont prêté un rôle-clé à Jérôme Lavrilleux, mais ce dernier a toujours affirmé n'avoir été mis au courant qu'après la campagne. Personne n'a mis en cause Nicolas Sarkozy pour les fausses factures.
M. Sarkozy est par ailleurs menacé d'un autre procès, dans une affaire d'écoutes téléphoniques pour laquelle il a été mis en examen (inculpé) en juillet 2014 pour corruption et trafic d'influence. Il est également cité dans plusieurs autres enquêtes, en particulier concernant des accusations de financement libyen pour sa campagne présidentielle de 2007.
(Source : AFP)



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