On nous a promis un changement, on nous a promis un renouveau, on nous a promis du sang neuf, on nous a promis un espoir – on nous a promis. Nous avons cru au changement, nous avons cru au renouveau, nous avons cru au sang neuf, nous avons espéré, nous avons cru. Mais que dalle! Comment avons-nous pu croire en tout cela? Comment avons-nous pu imaginer que le renouveau arrive et que « cette fois, c'est la bonne » ? Le nouveau gouvernement compte encore pas mal d'anciens ministres. L'échéance des élections arrive a pas de loup et... oups ! On nous dira peut-être en fin de compte que « selon la Constitution » (que personne n'a respectée depuis belle lurette), on n'arrive plus à changer la loi électorale, et on ira encore une fois pour des élections en juin 2017 selon le même décompte, les mêmes têtes (avec quelques variances de noms), le même découpage démographique, social et culturel, et malheureusement le citoyen qui a tant espéré retombera dans le même chaos .
Nous ne demandons pas l'impossible, nous ne demandons pas de l'asphalte aujourd'hui avant demain, nous ne demandons pas une électricité 24h/24 tout de suite, nous ne demandons pas une révision des salaires, de résoudre le déficit de la CNSS, de régulariser la présence des réfugiés, de trouver une solution radicale au problème des déchets, de moderniser le système de l'éducation, d'appliquer un projet relatif aux transports, etc. Nous réclamons un programme clair, net et précis et non pas des paroles encore dans le vide ,car Il semble que ceux qui ont crié victoire en nous leurrant avec leurs promesses sont tombés eux aussi dans le piège de notre système de non-transparence. Combien faut-il encore attendre pour arriver au minimum réclamé par le citoyen ? Combien de temps faut-il pour bien découper le gâteau et s'assurer que personne n'est lésé ? Pourquoi ne pas entendre le cri du peuple et l'associer à la vie politique ? Pourquoi les jeunes ne peuvent-ils pas être compris ? Est-ce par peur de mettre en évidence la non-compétence des faucons, des loups et seigneurs de la guerre (et prétendus de paix) ?
Les Américains ont cru au changement et ont voté pour un outsider venu de nulle part parce qu'ils croient en un changement quelconque, même si les avis sont partagés, les Français eux aussi, dans la primaire de la droite et du centre, ont senti un nouveau vent, les Anglais traditionnels sont sortis de la Vieille Europe, même les Italiens vont lancer un référendum pour un changement, et chez nous, pauvres citoyens/moutons de Panurge, nous n'avons aucun droit à la parole, ni même à l'information. Sur les bancs de l'université, nous avions entendu parler du « miracle japonais » et son rebondissement après la Seconde Guerre mondiale, nous avons ouï parler du rêve américain que chaque jeune fait au moins une fois dans sa vie, nous avons lu et relu des articles, des essais, des romans et même vu des films et documentaires sur le rebondissement de l'Allemagne après la Seconde Guerre mondiale aussi, ce peuple qui ne meurt jamais et qui est devenu la première puissance économique européenne ; même les Russes se sont relevés de Stalingrad détruite, de la guerre froide, et récemment, Cuba, le méchant voisin des États-Unis, est devenu leur pote. Je ne parle pas des pays arabes qui, eux, replongent dans le Moyen Âge avec leur printemps arabe et détruisent leur culture et leur histoire. Nous ne voulons pas nous comparer à ceux-là, nous voulons aspirer à de meilleurs jours, à une politique de transparence, de démocratie réelle et non pas camouflée, de programme clair efficace et faisable, non pas des paroles, des parts de gâteau de la corruption, de l'aveuglement continu.
Nous prétendons être un pays qui se dit civilisé, un pays qui aspire à imiter l'Ouest et même l'Est maintenant, un pays qui veut se comparer à Dubaï, alors que nous sommes toujours en quête de courant électrique, d'eau, d'asphalte et du minimum requis pour vivre « décemment ». Que fait-on ? Nous sommes toujours adeptes du culte de la personne, le culte du moi, le culte des régimes totalitaires, autoritaires qui appauvrissent les citoyens, qui les rend dépendants d'eux en leur promettant monts et merveilles, mais en ne faisant que leurs propres intérêts. Que fait-on pour ne pas tomber dans l'oubli ? Même notre culture, nos traditions, notre histoire deviennent inexistantes dans l'esprit des enfants et des citoyens.
Un livre d'histoire que personne n'arrive à finaliser à cause de frictions de basse politique, un centre-ville témoin de notre existence et des jours glorieux de Beyrouth qu'on a détruit et reconstruit différemment (comme si le but était de faire croire aux nouvelles générations que Beyrouth a toujours existé comme cela) ; des espaces publics qu'on s'approprie pour construire tel ou tel complexe balnéaire ou immeuble de luxe qui restera vide ; des jardins qui disparaissent dans la capitale, une infrastructure qui change, un patrimoine qu'on détruit... Voilà ou nous en sommes actuellement. Sans compter la décentralisation tant réclamée qui ne vient pas. Nos villages libanais traditionnels n'existent plus que dans le livre de lecture arabe des classes primaires. Notre musée national bien que rénové n'attire personne, la bibliothèque municipale de Beyrouth pour laquelle des montants exorbitants ont été dépensés reste vierge, tous nos sites touristiques ne sont plus que commerce pour les notables de telle ou telle autre région.
Fiers de notre tourisme qui en est réduit à exhiber des sirènes sur les plages en été, le luxe des stations balnéaires et hivernales, des soirées de la jet-set qui se terminent Dieu sait où et comment. Mais ce n'est pas seulement cela le Liban, car même le citoyen libanais ne se retrouve pas dans ces publicités retransmises dans la plupart des médias. Nous nous vantons de notre position dans la technologie, les start-up. Les jeunes (ils sont nombreux) croient encore en ce pays et sont prêts à s'investir dans cette technologie et cette nouvelle industrie. Mais combien seront-ils déçus de s'imaginer avoir un réseau de télécommunication rapide et efficace et de retomber dans la réalité avec un Internet lent, des communications obsolètes et des polémiques politiques qui n'en finissent pas de finir.
Oui, le Libanais veut croire en ce pays, il veut rêver et vivre, il veut s'investir, il y a un sentiment d'appartenance exceptionnelle et unique en ce pays que personne ne pourra comprendre. Oui, on peut rêver ; oui, on doit croire ; oui, on doit changer et réagir pour vivre la vraie réalité.


Si tu comprends, les choses sont comme elles sont. Si tu ne comprends pas, les choses sont comme elles sont. (Proverbe Zen)
10 h 09, le 04 février 2017