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La Dernière

Les regrets, aussi, se ramassent à la pelle

Un peu plus
04/02/2017

Il y a tout ce qu'on aurait voulu faire. Ces occasions ratées, ces rencontres avortées. Il y a les regrets aussi. Quand au crépuscule d'une vie, et même avant, on regarde en arrière, on se dit souvent qu'on aurait dû. Et pourtant, on n'a rien fait. Et pourtant, on aurait pu. Alors au lieu de se laisser prendre par la nostalgie du « et si... », il est (toujours) temps de rectifier le tir pour ne pas avoir dans les mains une trop longue liste de contrariétés.

Ne pas avoir voyagé quand on en avait encore le temps. Ne pas être allé découvrir d'autres contrées, d'autres mondes. D'être allé à la rencontre d'autres peuples. D'avoir appris une autre langue, quelle qu'elle soit. L'arabe, cette langue maternelle qu'on n'a jamais su maîtriser. L'anglais, l'espagnol, le chinois. D'être resté coincé dans un boulot qu'on n'aimait pas et ne pas avoir osé sortir de sa zone de confort. Avoir changé de voie et pris des risques. D'avoir travaillé trop et ne pas avoir assez joué avec ses enfants. Ne pas avoir consacré plus de temps à ceux qu'on aime. Ne pas leur avoir dit qu'on les aimait. Avoir eu peur de dire ces trois mots qui foutent effectivement la frousse. Ne pas avoir assez parlé avec ses grands-parents et ses aînés. Et appris d'eux, justement, qu'on n'a pas le temps. Ne pas avoir écouté les conseils de ses parents. Ne pas s'être accepté tel qu'on était et avoir, bien évidemment, trop attaché d'importance à ce que les autres pensaient de nous.

Bien sûr qu'il y a eu des temps difficiles, des moments où on ne pouvait pas prendre de grandes décisions. Des instants où on n'avait pas la force de sortir de son lit. Bien sûr, on a gardé rancœur envers ceux qu'on aimait le plus. Parce qu'on a eu mal. Mais le temps passe et les griefs n'ont aucun intérêt.
Oui, on regrettera de ne pas avoir demandé pardon et de ne pas avoir pardonné. Mais il est encore possible d'effacer ce cahier de doléances beaucoup trop lourd, ou tout du moins d'en rayer quelques-unes. Il est encore temps quand on en a la possibilité et l'âge de quitter une relation toxique. Une relation amoureuse, amicale ou professionnelle. L'âge de poursuivre ses rêves et de persévérer dans leur quête. Ne pas trop s'inquiéter et de ne pas penser uniquement à l'avenir pour profiter du moment présent. De chaque seconde que la vie nous offre. Parce qu'à force de se dire plus tard, après, de procrastiner sans cesse, on ne réalise pas que demain est arrivé trop vite. Beaucoup trop vite.

Alors, voilà, à l'aube et non plus au crépuscule, on s'assoit par terre et on joue au Monopoly avec ses gamins ; on prend un billet d'avion pour se promener sur la muraille de Chine ; on intègre une association caritative ; on appelle ses tantes et on leur demande de nous raconter les histoires de notre famille ; on règle des conflits stériles ; on apprend à cuisiner ; on prend rendez-vous chez le dentiste ; on s'inscrit dans un club de sport ;
on met de l'écran total ; on reprend la fac ; on éteint son téléphone pour réapprendre à écouter les autres ; on se fait un ciné-club à la maison et on (re)voit tous les Visconti, Fellini, Godard et Kubrick ; on va enfin prendre un cours de chant parce qu'on a toujours caressé le rêve d'interpréter La Tosca ou Like a Prayer de Madonna sans fausses notes ;
on organise une mégafête et on réunit tous ses potes ; on crie son mécontentement ; on demande une augmentation ; on nettoie son réseau de connaissances, et on répète et répète aux gens qu'on aime qu'on les aime.

On ne vit qu'une fois – qu'une demi-fois, en réalité...

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EL CHOUEIFATI Georges

car au moment de la mort, commence (enfin) la vie...

HADDAD Fouad

Vous avez tellement raison...

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