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Moyen Orient et Monde

Frappe de nuit sur Raqqa

Reportage

L'armée de l'air française a déjà réalisé plus de 3 300 sorties aériennes et 700 frappes depuis l'automne 2014 à partir de la base jordanienne.

OLJ
31/01/2017

« Mission 153, cible au nord-ouest de Raqqa, à 15 nautiques : c'est un pont » : les deux équipages de Rafale qui s'apprêtent à décoller vers le fief du groupe État islamique en Syrie sont briefés une dernière fois sur la météo, la situation au sol et leur objectif.
Si l'heure est à la bataille de Mossoul, rue par rue, du côté irakien, celle de Raqqa, prochain objectif de la coalition anti-EI, est déjà réelle dans les airs à défaut d'être engagée au sol.
À Raqqa, « pour l'instant c'est la pause. Les Kurdes en profitent pour renforcer leurs positions. Daech aussi » (acronyme arabe de l'EI), résume l'officier de renseignements devant les trois aviateurs français prêts à partir en mission, depuis une base jordanienne.
« Les Russes aussi nous ont prévenus de frappes possibles dans le secteur. Donc c'est pas impossible d'en croiser », ajoute-t-il pour compléter le tableau.
Ce soir-là, huit avions de la coalition – américains, anglais et français – vont mener un raid sur une vingtaine d'infrastructures afin de perturber les flux de combattants jihadistes à l'entrée et la sortie de Raqqa.
Depuis deux jours, les deux équipages français sont totalement concentrés sur leur mission : ils vont larguer une bombe de 1 000 kg chacun – la plus puissante de l'arsenal français – afin de détruire le pont à ses deux extrémités. Ces munitions rejoignent leur cible par guidage laser, une manœuvre délicate si les nuages s'en mêlent.

« Dans la bulle »
« On est dans la bulle depuis hier soir. Mais on part confiants, motivés. On fait tout notre entraînement pour avoir ces missions-là », résume « Passepartout » – les pilotes ont tous un surnom et ne donnent jamais leur nom.
Les attentats meurtriers planifiés à partir de Raqqa qui ont endeuillé la France ces dernières années sont dans tous les esprits. « On a perdu plus de 200 des nôtres (à Paris et à Nice). Les gens sont motivés, n'ont pas d'état d'âme », souligne le commandant de la base, le colonel Jean-Luc qui ne donne pas son nom pour des raisons de sécurité.
Dans un ultime jeu de rôles, « Chouf », « Angela » et « Passepartout » qui volent sur un Rafale biplace et un monoplace passent en revue la mission et tout ce qui pourrait venir la contrarier.
Consigne numéro un : éviter tout dommage collatéral. « Toi tu restes sur "target" à 19 000 (6 000 mètres). Tu nous préviens si jamais il y a des bagnoles ou quoi », lance « Passepartout », qui doit frapper en premier, au pilote du monoplace.
La cible, repérée par un des multiples capteurs de renseignements qui écument la zone – chasseurs, drones, avions de reconnaissance et d'écoute électronique –, a été validée trois jours plus tôt par la coalition anti-EI dirigée par les États-Unis au Koweït.
À J-2, la France, deuxième contributeur de la coalition derrière les Américains – qui eux seuls font 90 % des frappes –, a donné son feu vert aux Rafale basés en Jordanie, à moins de 40 minutes de vol de Raqqa.
À J-1 le détail de la mission est arrivé.

« Merci man »
Avec 14 Rafale stationnés en Jordanie et aux Émirats arabes unis, l'armée de l'air française mène l'une des campagnes aériennes les plus intenses depuis la Seconde Guerre mondiale.
Plus de 3 300 sorties aériennes et 700 frappes ont été réalisées depuis l'automne 2014 à partir de la base jordanienne, soit 60 % de l'effort aérien français contre l'EI (qui comprend aussi les engagements du porte-avions Charles-de-Gaulle). Les avions y décollent jour et nuit, sans relâche.
Ce jour-là, à 21h00 heure locale, les Rafale de la mission 153 prennent leur envol pour Raqqa dans un rugissement de réacteurs qui déchire la nuit noire du désert jordanien. À 23h50, ils reviennent au bercail, délestés de leur bombe.
« La météo c'était la grosse inquiétude. Finalement les nuages n'étaient pas sur zone, ils étaient décalés d'une vingtaine de kilomètres (...) C'est toujours satisfaisant ce genre de mission », confie « Angela », tout juste redescendu de son cockpit.
« C'était une mission particulière, c'est un soulagement d'avoir réussi à faire cela. Avec les Anglais, les Américains, il y a eu des interactions (...) Tout s'est très bien passé », renchérit « Passepartout ».
Les deux coéquipiers peuvent enfin souffler et se congratuler. « Passepartout, merci man ! » lance le pilote à son navigateur dans une solide poignée de main.
(Source : AFP)

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